Fabien : 18/20 | Après Reek of Putrefaction, posant certes les bases de la musique de Carcass et annonçant un renouveau dans la scène extrême, mais également servi par des titres manquant encore d’une certaine consistance, et par une production de surcroît très moyenne, le trio britannique revient en cette fin 1989 avec son second méfait et une toute autre ambition. Toujours accompagné de ses amis Jeff Walker et Ken Owen, Bill Steer décide cette fois de se concentrer à fond dans Carcass, quittant dès lors définitivement Mick Harris et les incontournables Napalm Death.
Symphonies of Sickness représente un pas de géant effectué en seulement une année et demie. Encore assimilé dans la mouvance grind anglaise, le groupe s'eloigne pourtant nettement du hardcore grind typiquement british d’Extreme Noise Terror, évoluant dans un registre unique que l’on pourrait qualifier de grind-gore carcassien. Fini les 22 titres expédiés en 39 minutes, Carcass prend désormais le temps d’étoffer ses compositions (qui avoisinent de fait les quatre minutes), reprenant l'assise structurée et puissante du death metal à son compte.
Dès le premier titre débutant sur une ambiance d’horreur, la batterie millimétrée d’Owen particulièrement précise dans ses roulements, et les guitares lourdes de Steer, prennent place dans une intensité incroyable, divinement mise en valeur par la production très claire du grand Colin Richardson aux mythiques Slaughterhouse studios. Se mêlant à cet assaut de brutalité, la voix éraillée de Walker et celle hémoglobineuse de Steer, sur des paroles riches en nécropathologies diverses, créent alors un malaise indescriptible.
Pourtant, au-delà d’une telle violence sonore, chaque morceau prend rapidement forme et révèle alors toute son épaisseur, parvenant au final à hanter irrémédiablement l’auditeur attentionné. Du refrain terrible de Exhume To Consume à l’intro redoutable de Ruptured in Purulence, en passant par les soli uniques de Steer, chaque titre possède plusieurs lectures, conférant au final toute la richesse et la complexité de ce formidable Symphonies of Sickness. L’apogée est alors atteint lors des terrifiants EmPathological Necroticism et Embryonic Necropsy, se plaçant incontestablement parmi les meilleurs titres de death metal jamais composés.
Bouleversant le paysage métallique au même titre qu’Altars of Madness, World Downfall, From Enslavement ou Leprosy, Symphonies of Sickness s’impose dès lors comme une référence du métal de la fin des années 80. A cette époque, entre les hordes de fans hurlant au génie et les métalleux horrifiés devant ce brouhaha sonore apparent, Carcass ne laisse dès lors personne indifférent.
Fabien. 2007-08-30
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