SLAYER
REIGN IN BLOOD (CD)
1986 chez American Recordings


1. Angel of Death 4.51
2. Piece by Piece 2.02
3. Necrophobic 1.41
4. Altar of Sacrifice 2.50
5. Jesus Saves 2.55
6. Criminally Insane 2.22
7. Reborn 2.12
8. Epidemic 2.23
9. Postmortem 3.27
10. Raining Blood 4.16

Bonustracks
11. Aggressive Perfector (Remix)
12. Criminally Insane (Remix)

Total playing time 28.25


LaBalafre : 19/20
Un rite initiatique du Metal extrême ! Depuis sa parution en décembre 1986, sur une scène mondiale traumatisée par une telle offrande, Reign in Blood est le sacre qui confère la dignité de vrai fan de Metal. De Metal fier et viril, sauvage et sans mièvrerie, entendons-nous…

De fait, Reign in Blood a coupé l’Histoire du Metal en deux comme…disons Jésus-Christ a coupé celle de l’Humanité, ou la Révolution de 1789 celle de la France.

C’est donc une balafre de sang, une entaille inexpiable que cet album opère à travers l’âme et l’esprit de l’auditeur. Quelle est donc cette musique ?

Est-ce cette basse obsessionnelle, cette batterie enfin usée comme d’un instrument riche en nuances ? Sont-ce ces riffs de guitare en murailles, ces airs impérieux, martiaux et souverains ? Certes non. Cela suffirait à inscrire SLAYER comme une légende ; mais non comme un mythe. Or, un mythe est créateur. Créateur d’un nouvel Ordre. Quel est ce nouvel Ordre SLAYERien, celui de la Slaytanic Wehrmacht ?

Peut-être ces guitares solistes aux tons si aigus ou étrangement rauques, qui déchirent l’atmosphère compressée des riffs rythmiques ? Ces solos cascadants, déstructurés, cubistes…Oui, je crois que là se situe l’originalité de SLAYER : d’avoir introduit en musique ce qu’en peinture l’on nommerait l’art moderne. Personne ne se détachait auparavant des architectures harmoniques classiques, pluriséculaires, héritées du jazz (dont est né le rock, rock dont est issu le metal) ou d’autres musiques (classique…). SLAYER a emprunté au punk sa volonté de destruction, de négation, par delà les convenances, mais a su, a osé créer un style propre, en affirmant. C’est donc avec Reign in Blood que le Metal se sépare définitivement du rock et de la pop, non plus seulement par les mots.

Et c’est cet art que je nomme « déstructuré », que SLAYER a su évoquer dans ses textes, - textes toujours pleins d’une introspection morbide. Il a su pénétrer à travers l’horreur moderne. Il n’est qu’à citer le célébrissime « Angel Of Death », qui ose mettre en musique le quotidien des camps de concentration. Donc l’analyser. Nous sommes à l’époque du machinisme, dont nous avons hérité la Culture par naissance : elle est notre substance. Mais dès lors, si nous en adorons des aspects, il faut savoir en supporter et prévenir les autres. C’est à cette seule condition que nous saurons, nous autres hommes modernes, diriger notre Destin commun. Autrement, nous le subirons perpétuellement, pleurant ensuite ; jusqu’à ce qu’une autre Culture nous délivre de nous-même en nous brisant.

SLAYER a donc osé aller en avant dans notre destinée, non s’enfuir dans des rêves réactionnaires d’un Moyen-Âge perdu (type certains groupes de Black Metal), de trivialités alcooliques et sordides (Pantera et System of a Down) ou d’exotisme ridicule agrémenté du mythe du bon sauvage, faussement révolutionnaire (Sepultura et encore System of a Down). Que l’on puisse accuser SLAYER de nazisme à la suite de ce morceau prouve bien le plaisir vulgaire du scandale, tant de ses détracteurs que de ses fans. Et leur imbécillité. La force de SLAYER est d’aller jusqu’au bout de la décadence.

Citons au passage « Reborn », hymne de rébellion éternelle, ressuscitée, de l’Idéal contre toute morale, même issue de l’Idéal ! Ainsi que l’enchaînement « Postmortem-Raining Blood », invocation magique et rebelle de l’homme solitaire, ayant renié de gré ou de force tout lien social, sociable, et d’amitié humaine.

Car, au final, c’est ici que se situe le mesmérisme étonnant de Reign in Blood : SLAYER, dans les rangs de sa Slaytanic Wehrmacht, n’instaure pas une amitié : nous ne sommes pas « potes », au sens trivial. Non, mais des camarades et des frères. Une camaraderie virile et fraternelle : voici ce que SLAYER a su créer à travers la violence inouïe de Reign in Blood. Et c’est à la guerre que se forme la fraternité du front…par le règne du sang.

P.S. : Je crois tout de même que le seul défaut de cet album est de n’avoir pas su développer le jeu de la basse, alors qu’il est un des rares à l’époque à posséder un chanteur bassiste. C’est ce qui lui interdit le 20 /20. Je renvoie donc, afin de compléter cette épopée du Thrash Metal, à ma chronique du "Cliff’Em All" de Metallica.

2007-04-13