TRIVIUM
THE CRUSADE (CD)
2006 chez Roadrunner Records


1. Ignition
2. Detonation
3. Entrance Of The Conflagration
4. Anthem (We Are The Fire)
5. Unrepentant
6. And Sadness Will Sear
7. Becoming The Dragon
8. To The Rats
9. This World Can't Tear Us Apart
10. Tread The Floods
11. Contempt Breeds Contamination
12. The Rising
13. The Crusade


Eternalis : 16/20
Trivium a rapidement décroché la timbale du groupe le plus populaire des jeunes metalleux en 2005, grâce à ce "The Crusade". L’essor et le bond en avant qu’à fait leur carrière en quelques mois est assez impressionnant, que l’on aime ou pas leur musique.
Passer du statut d’inconnu à celui d’incontournable de la scène, en ouvrant notamment sur toute la dernière tournée d’Iron Maiden, les quatres floridiens de Trivium ont vu leur vie changé en un rien de temps.
Loin de la superficialité d’un Bullet For My Valentine (auxquels ils sont si souvent outrageusement comparés), la puissance et l’énergie qui émane de ce disque aura été la première à me surprendre, car la baffe est assez énorme, oui.

Sur une base résolument thrash technique, les jeunots balancent boulets sur boulets et nous en fait manger à toutes les sauces, en prenant un malin plaisir à varier les parties old school à des passages bien plus modernes et core sans pour autant occulter l’intérêt musical, ces éléments apportant une fraicheur fort bienvenue dans un style en berne depuis bien longtemps.
Un titre comme "Detonation" passe en revue presque tous les éléments que distille Trivium tout au long de ce disque bien plus mature qu’"Ascendancy". S’ouvrant sur un rythme très lourd et écrasant, malmené par un chanteur furieusement puissant et une batterie écrasante, nous sommes de prime plongé dans un univers relativement conformiste, en proie à l’ombre incessante du grand Metallica. Puis arrive les éléments hardcore avec le chant hurlé si efficace de Matt et Corey (Beaulieu, guitare) avant de se prendre en pleine tronche une rasade de solos tous aussi hallucinants les uns que les autres, démontrant tout le savoir faire technique de ce gosses d’à peine vingt ans. Mais ce n’est qu’une porte pour nous engouffrer dans une fin de morceau très mélodique, très actuelle et agréable, et qui se paie le luxe (pour un groupe si jeune de cette mouvance, j’appelle ça un exploit) d’être réellement belle et planante.
Un titre en trois temps qui dévoile beaucoup de talent de composition, un talent souvent occulté au profit d’une mauvaise fois caractéristique de ce genre de groupe récoltant du succès aussi rapidement qu’étrangement (la chance me direz-vous !).
Car loin de s’afficher en combo à single, "The Crusade" est un album solide, fort, ne souffrant de presque aucune approximation ni faiblesses, et décollant le papier peint pendant un peu plus d’une heure sans s’essouffler (mis à part sur le très peu inspiré Becoming The Dragon).

Nous pourrons évoquer les très grands riffs de "Entrance of the Conflagration", d’une rapidité affollante et provoquant un headbanging d’une intensité faisant plaisir à entendre, de plus mis en valeur par une double pédale omniprésente mais pas le moins du monde handicapante ni même lassante.
D’une manière générale, j’avoue que énormément aimé la grande intéraction des chants, entre le puissant de Matt, le hurlé core de Corey ou les interventions plus rares mais très claires de Paulo Gregoletto (basse), créant une dynamique très forte et broyant la linéarité de groupes comme BFMV, Still Remains et consorts.
La production en béton armé mixée par Colin Richardson (le maitre d’œuvre de Machine Head !) ne pourra que faire ressortir ce sentiment incroyable de puissance et de technique, en raison de gratte tellement mise en valeur mais si bonne à entendre, car finalement peu de groupes disposent de guitaristes jouant tant dans cet esprit années 80 sans pour autant sentir le revival facile et sans âme.

Ecouter "To The Rats" et c’est le risque de voir son crâne se détacher tant le tempo est hystérique et jouissif, que ce soit dans les riffs ultra rapides, cette batterie défonçant tout, ces intermèdes très violents au chant (les hurlés jusqu’à la mort « This is to the rats ! ») ou encore ces solos au moins aussi difficile à jouer qu’ils ne sont triturés et malsains (énormément de vibratos).
Les futurs titres cultes du groupe se comptent à foison sur cet album. Le génial "Tread The Floods", à la mélodie pure et au refrain ultra rapide et narratif surmonté de solis succulents ou le, d’abord saccadé (à la Machine Head) "Contempt Breeds Contamination", puis très mélodique, au refrain magnifique et entêtant, démontrant que les floridiens savent aussi créer de savant alliage entre beauté et agression sans hurler comme des chiens galeux comme ils l’avaient malheureusement fait par le passé (par manque d’expérience).

Nous pourrons aussi évoquer le lourd "Unrepentant", dont l’entame n’est pas sans rapeler le cultissime "Take No Prisoners" de Megadeth ou encore le splendide "And Sadness Will Sear", qui, tout en étant le titre le plus lent, se voudra peut-être le plus accrocheur en raison de son riff très original dans son placement mélodique et son refrain aussi inattendu que simple à retenir.
Enfin, le morceau éponyme, long de huit minutes pour un instrumental (fait qui ne manquera pas les réflexions visant directement la comparaison avec Orion pour ne citer que lui !) qui se perdra dans des rythmiques complexes, fouillées et très intéressantes (et très techniques !) mais qui feront penser un tant soi peu un croisement hybride entre le "Losfer Words" de Maiden (l’intrumental de "Powerslave") et du Dark Suns (doom allemand pour ceux ne connaissant pas), le tout avec l’approche moderne de Trivium.
Et même si on ne peut nier que "The Crusade" (chanson portant très bien son nom au passage) est très ambitieux, on ne peut que regretter cette trop grande ressemblance à la vierge de fer, nous laissant sur un léger point noir en cette fin d’album.

Mais globalement, force est d’admettre que Trivium a beaucoup plus à proposer qu’un simple groupe de poseurs sans talent ni inspiration. Ils sont finalement rare ces jeunes groupes vivant à fond leur passion et leur rêve et ayant la chance d’en récolter les fruits si jeunes. Qu’ils en profitent tant que la jeunesse leur permet un maximum de fougue et d’entrain, car on sait où en sont les vieux maintenant…place aux jeunes !

2009-03-27