Svartolycka : 17/20 | Certains peuvent se demander, ce que je fais ici à chroniquer un album de grind. Et je leur réponds : Nan, je n’ai pas changé de cheval, si je fais cette chronique, c’est tout simplement que "Anomalies", troisième album de Cephalic Carnage, m’a plu et m’a montré que le grindcore ne se résume pas à des grognements sur des blasts de trente secondes.
Déjà, lorsque l’on observe la pochette, il n’en faut pas plus pour remarquer que l’on est en face d’un album d’un autre type. Pas d’images gores d’autopsies et encore moins un aspect de misogynie avancée et puérile que je reproche à 98 % des groupes de grind, soit quand l’image en dit plus que la musique (pourquoi en faire dans ce cas-là ?). Bref, une image spectrale, lugubre loin du délire des premiers albums et que l’on verrait même plus sur un album de doom.
Il m’en faut encore moins pour écouter ce disque. Et là, pour être franc, j’ai été scié !!!
Bien que gardant son appellation grindcore, le groupe en explose repères et principes pour accoucher de cette pièce hybride mais parfaitement contrôlée. Et même si l’album s’ouvre sur un passage hyper-sonique et hachuré de deux minutes, une foule d’innovations pointent à la première écoute. Pour tout dire, chaque titre de "Anomalies" est composé comme une pièce d’un puzzle. Un puzzle peut-être complètement déglingué mais d’une cohérence interne indéniable, d’un sens de la technique aiguë et d’une sérialité irréprochable. Ovni, sans l’être, "Anomalies" cumule les breaks cassants et inventifs dignes de Dillinger Escape Plan et les incursions étrangères au style. En vrac : solos alambiqués, mélodies, voix interchangeable et novatrice (se permettant même un chant clair sidérant sur "Dying Will Be the Death of Me"), passages hardcore, heavy ou trash, intonations funky (ce qui ne veut pas dire jovial), samples vocaux, violons inquiétants virant à l’abstraction se disputent une place sur cet objet. Véritable melting-pot d’influences diverses sortant du registre codifié du grind, Cephalic Carnage parvient même à devenir angoissant sans pour autant ralentir sa frénésie en tout point maîtrisée.
Et lorsque l’album se clôture sur un titre de presque dix minutes ("Ontogeny of Behavior") où se mélangent chant clair, chuchotements, breaks distordus, un final, limite, indus (étonnant) et une atmosphère fantomatique, bien que servie par une production puissante et claire, on se rend compte que "Anomalies" est un petit bijou à la fois barré, compact et intelligent. On pourrait supposer que ce disque soit un bordel hallucinant et indigeste, et bien non, il est d’une clarté époustouflante et chaque écoute impose une nouvelle saveur.
Dynamitant les préceptes d’un genre (que je n’affectionne pas vraiment), Cephalic Carnage signe là l’album grind de l’année. Communicatif, ultra-brutal, varié et d’une aura apocalyptique d’où se détache un souffle sépulcral et inquiétant (une première !!) "Anomalies" est une pièce inédite et imparable.
2005-04-21
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