NAPALM DEATH
SCUM (CD)
1987 chez Earache Records


1. Multinational Corporations
2. Instinct of Survival
3. The Kill
4. Scum
5. Caught... In a Dream
6. Polluted Minds
7. Sacrificed
8. Siege of Power
9. Control
10. Born on your Knees
11. Human Garbage
12. You Suffer
13. Life?
14. Prison Without Walls
15. Point of No Return
16. Negative Approach
17. Success?
18. Deceiver
19. C-S
20. Parasites
21. Pseudo Youth
22. Divine Death
23. As the Machine Rolls On
24. Common Enemy
25. Moral Crusade
26. Stigmatized
27. M.A.D.
28. Dragnet


Fabien : 15/20
Vers la fin de l’année 1979, dans la cité ouvrière de Birmingham, Nick Bullen forme un groupe hardcore punk contestataire avec Miles Rattlehead. C’est au début 1982, directement influencé par la rapidité et l’agressivité de Discharge, que le duo trouve plus précisément son orientation, mais aussi son patronyme Napalm Death, en référence au film Apocalypse Now. Toutefois, le manque de motivation contraint le groupe à végéter pendant plusieurs années, jusqu’à la rencontre en 1985 avec Justin Broadrick, qui apporte une nouvelle source d’inspiration, muni de ses cassettes de DRI, Siege et Celtic Frost, avec leur vitesse incroyable et leurs sonorités métalliques.

Cette même année, Napalm Death rencontre Mick Harris, dont la rapidité reste inégalable à l’époque. Le groupe se sépare ainsi de Miles, et accélère alors considérablement ses morceaux, grâce à la puissance de feu de leur nouvelle recrue. Le batteur qualifie lui-même ses rythmes mitraillettes de blast-beats, initiés quelques années auparavant par Eric Brecht de DRI sur le Dirty Rotten LP, et invente le terme grindcore pour définir l’extrême brutalité de son style.

Connaissant un succès local croissant dû à la multiplicité de ses concerts, Napalm Death rentre alors aux Rich Bitch Studios durant deux journées d'août 86, pour un budget de 120 livres, afin de boucler 12 morceaux d’une durée de 20 minutes, dont les mémorables Scum, Instinct Of Survival, ou encore Siege Of Power, la terrible reprise de Siege. Peu de temps après l’enregistrement, le trio recrute Jim Witheley à la basse, mais subit le départ de Nick et Justin, marquant leur désintérêt pour la formation. Le quatuor se sépare sur ces faits, et Justin, ayant rejoint les rangs de Head Of David, rétrocède gratuitement les bandes à Dig Pearson, qui n’a toutefois sorti aucun disque à cette époque, se limitant à organiser quelques concerts sous la bannière d’Earache.

Mais, fort d’une détermination sans faille, Mick remonte rapidement Napalm Death avec Jim, et recrute Bill Steer à la guitare, essuyant le refus de Shane Embury, puis Lee Dorrian en tant qu’hurleur attitré. Sans réelle répétition à son actif, le groupe rentre de nouveau aux studios Rich Bitch en mai 1987, alignant en une nuit 16 morceaux, d’une brutalité manifeste, à l’image des déboulonnants MAD ou Dragnet.

Mais entre temps, la situation d’Earache a considérablement évolué, Dig ayant produit un LP de The Accused et un split de Concrete Sox & Heresy, et s’étant parallèlement associé avec le distributeur anglais Rough Trade. Le boss ressort alors les bandes que Justin lui avaient confiées, et les réunit avec ce nouvel enregistrement, commercialisant un LP de 28 titres regroupant les deux sessions. Scum est né, tiré à 2000 exemplaires, avec l’étiquette : "l’album du groupe le plus rapide du monde".

Vitesse et brutalité restent effectivement les mots d’ordre. Bien que les faces A et B de Scum alignent des compositeurs et interprètes différents, leur césure n’est donc pas si évidente, bénéficiant de cette ligne directrice cohérente, grâce aux rythmes surhumains de Mick Harris, et à la production commune aux studios Rich Bitch.

La face A impose The Kill, Instinct Of Survival, Scum, ou l’incroyable You Suffer de deux secondes, qui résonnent immédiatement comme des classiques, repris dès lors à tous les concerts Napalmiens. Leur côté brut et spontané, associé à un niveau de violence inédit, les hissent effectivement en tant que références incontournables du grindcore, grâce au talent de Mick, désarmant par sa puissance et sa précision. Moins marquante, faute à l’extrême brutalité de ses riffs et à son rythme cataclysmique, la face B enfonce toutefois le clou à coups de Moral Crusade & Deceiver, sur le jeu de Mick, encore plus rapide et gagnant parallèlement en précision, les riffs brutaux de Bill, et le guttural effroyable de Lee Dorrian, détachant littéralement la tapisserie des murs.

Grâce au soutien d’Earache, mais aussi de l’infatigable tape-trader Shane Embury, Scum se répand comme une traînée de poudre aux quatre coins de la planète, subjuguant l’underground hardcore et métal par sa vitesse effrénée et son extrême brutalité. Toutefois, vite enregistré et parfois mis en place de manière superficielle, l'album ne constitue pas le meilleur de Napalm Death, maîtrisant par exemple mieux son sujet sur l’incroyable FETO, malheureusement très mal mis en valeur par la faiblesse et la confusion de son enregistrement. Scum balance en revanche cette musique spontanée, d’une violence aussi inédite qu’impitoyable, sous une avalanche de blast-beats et de riffs meurtriers, représentant non seulement la première pierre du grindcore, mais constituant encore toute l'essence du mouvement, brutale, hardcore et revendicatrice, deux décennies après son enregistrement.

Fabien.

2008-04-14