CHAOSTAR
CHAOSTAR (CD)
2000 chez Holy Records


1. Project Atom Traveller
2. An Electric Storm Of Thoughts
3. No Gravity
4. The Field Of Ante Cun
5. The Accident In Ambere
6. Time Was Running Out
7. The First Meeting
8. Finale


LaBalafre : 17/20
« Chaostar » : premières notes, première œuvre, inaugurant en l’an 2000, un triptyque symphonique des frères Antoniou, Christos (compositeur) et Spiros /Set’h (graphiste).

En réalité, Chaostar peut être considéré comme une émanation de SEPTIC FLESH, ou plutôt sa scission musicale. De fait, le groupe grec dans son entier participe à ce projet parallèle, puisque Sotiris Vayenas en a écrit les paroles, et que Natalie Rassoulis y chante les voix solistes féminines.

Cet album de musique classique contemporaine constitue à l’origine le mémoire de fin d’étude de Christos Antoniou, étudiant au « London College of Music for Composition ». Il lui a valu le « First Composition Award of London College of Music ». Rien de moins.

Il faut prévenir que cette musique classique, orchestrale, non électrique, est agrémentée et mélangée, en permanence ou presque, de samples des plus hétéroclites.

Deux caractères stylistiques distinguent « Chaostar » des œuvres de ce style (ELEND, PAZUZU, etc.).

Première analyse architecturale : la rhétorique de cette œuvre est au premier abord très classique dans son architecture harmonique, - je dirais de façon plus littéraire, dans sa syntaxe, son vocabulaire, sa grammaire, son orthographe. Et cependant, le compositeur unique s’autorise de manière impromptue, des écarts, des passages harmoniques inattendus, inouïs. Ainsi, de violoncelles (instruments très aigus et plus fins, plus fragiles que les violons) enchaînés ou mixés de cors et de tubas, cuivres des plus graves. Ainsi de harpes aux sons voilés par des hautbois, tous deux striés délicatement de flûtes et violons grinçants. Les tons se découvrent ainsi unis dans une anarchie apparente, dont l’Ordre général, le plan générique, le « logos » apparaît immédiatement. Nous sommes donc en présence d’un esprit qui nous invite à un regard supérieur, et étranger à l’action, - en spectateur éternel.

La seconde caractéristique, que j’avais déjà signalée, et une fois pour toutes, dans ma chronique de « Mystic places of dawn » de SEPTIC FLESH, est l’influence de WAGNER sur l’ordonnance des mélodies. Je le répète ici. WAGNER est le musicien dont l’influence est la plus ostensible sur Chaostar. Ainsi de sa méthode des leitmotivs musicaux. De même que WAGNER, avant que le leitmotiv d’un personnage éclate dans toute sa précision, pur de tout alliage, avant que le personnage apparaisse, nous l’introduit musicalement, fondu dans d’autres leitmotivs ; de même, Chaostar avance une mélodie timide, la désharmonise en la rendant hésitante, hoquetante, la place sous le patronage d’autres notes plus sûres, enfin nous la découvre dans un refrain auguste, impérieux, mélodie épurée et brasiée de tous feux. Toutefois, il faut reconnaître que la maturité aidant, l’influence du compositeur allemand se fait plus allégée et subtile. Sept années ont passée depuis le premier SEPTIC FLESH. Toutefois, cette influence de la rhétorique wagnérienne disparaîtra complètement dans les albums suivants.


Mais quel est le caractère propre, l’âme de Chaostar sur ce premier album ?

Une musique étrangement limpide, mais très pudique, ne se dévoilant qu’avec peine ou regret. Comme si nous ne constituions que des visiteurs ou des témoins indiscrets. Une musique non pas noire, mais cyan, et d’un bleu très sombre. Avec de brusques éclats lactés qui respirent la fin de tout. Les envolées lyriques sont de l’ordre d’un chant religieux, très ancien, d’une tristesse majestueuse.

Par là même, cette musique, très avant-gardiste dans son ton et sa structure, semble parfois si antique. Appartient-elle à une culture disparue, dont nous serions les descendants inconscients. Comme si notre sang, notre âme par lui constituée, découvrait sa substance…Étrange voyage !

Étrange musique, aussi. Composée d’instruments si puissants, si charnels, elle se révèle si éthérée. Les personnage, non racontés, mais invoqués par les chants, passent dans leur vérité, semblables à des hologrammes, des fantômes trop réels…Ectoplasmes inconnus et fascinants, un peu effrayants par leur irréalité trop matérielle. Ils nous hantent et glissent sur notre champ de vision…comme si nous ne les observions jamais que du coin de la prunelle.

La scène est cosmologique. La fresque se déroule à travers l’univers. Une immensité noire sur fond d’étoile. Toute la symphonie possède la grandeur d’un univers. Pourtant, « le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » (Pascal).

Est-il besoin de rappeler la voix doucement écorchée de Sotiris (chant clair), ou celle d’un guttural reptilien, « dragonnesque » de Spiros (voix death), ni celle d’une beauté cristalline, non pas angélique, mais archangélique, de Natalie Rassoulis, et de la gravité que cette soprano sait aussi amener par un chaud velouté ?

La musique est en outre jouée par de véritables musiciens professionnels, tous grecs, d’orchestres classiques. Sans oublier quelques chœurs d’enfants, dont la voix hésite encore, par leur jeune âge, entre le féminin et le masculin. Splendeur asexuée des voix castrats.

Les paroles sont anglaises et latines : la langue sacrée, la langue vulgaire.

En conclusion, Chaostar rassemble et unit à travers son âme, la musique la plus moderne à la plus antique. Chaostar : l’Étoile du Chaos. Tous ces sons, ces mélodies, ne sont-ils pas en effet les débris de notre monde rassemblés dans une nébuleuse génésique ou génésiaque ! Une genèse à rebours. Car c’est à la naissance du divin que nous convie Chaostar. À un Big Bang gigantesque.

La voix du Logos, de notre univers, de notre âme.

2007-05-08