CHAOSTAR
THRENODY (CD)
2001 chez Holy Records


1. Threnody
2. Day Of Anger
3. Lamentation
4. Canticles
5. Let Them Free
6. Miasma
7. Whose God?
8. Exaudi
9. Epitaphium
10. Mantis


LaBalafre : 10/20
La nébuleuse Chaostar a implosé. Une immense déception m’accable.

Non que l’album se révèle avarié ou médiocre. Comment pourrait-il en être ainsi d’un compositeur tel que Christos Antoniou ? Trouvez m’en un équivalent !

Mais l’originalité de Chaostar tenait en ce génie de créer, par la sensibilité et l’intelligence, une fusion symphonique de débris culturels épars. En art graphique, des collages.

Il en résultait une vision rare, inouïe, de notre réalité, tant sur le plan spirituel que matériel.

Or, qu’en est-il ici ?

Chaostar innove comme jamais sur le plan de l’architecture harmonique.

Mais c’est sur ce point que se fonde le reproche : il a trop déstructuré sa musique. Que son frère Spiros /Set’h, envers lequel je professe la plus grande admiration, moi qui ne suis pourtant pas fan d’art moderne, que son frère, dis-je, dont l’art graphique illustre l’esprit Chaostar, s’autorise aux expériences les plus avant-gardistes, les plus cubistes, expressionnistes, surréalistes, abstraites, que sais-je encore ?, cela lui est autorisé. L’art plastique, comme l’exposait Nietzsche, est un art apollinien, ce qui signifie de la forme consciente, ensoleillée.

Mais la musique, toujours selon le même Nietzsche, est un art dionysien, nocturne, inconscient. Elle agit sur le sang. Aussi, la musique nécessite-t-elle une logique terrible, permanente. Il lui faut guider l’auditeur vers la transcendance. Si elle lâche sa main à la suite d’un carrefour trop serré, dans un couloir trop étroit, elle échoue dans son but.

Or, c’est bien ce qui se révèle ici. Certaines mélodies sont merveilleuses de tristesse, de majesté, de splendeur oubliée : du grand Christos. Mais elles se révèlent toujours trop courtes (quelques secondes, quelques mesures). Ou bien, pire, et le plus souvent, hélas !, elles s’entrecoupent de samples ou d’autres instruments orchestraux absolument inopportuns. Ainsi d’un piano dont le clavier est lacéré, d’un accordéon cascadant…Une musique dite « de film », créée à seule fin de décrire, tel une peinture musicale, les geste les plus quotidiens, les plus mesquins, les plus inintelligibles, les plus brutaux. Et cela en enchaînement d’un développement des plus majestueux, des plus célestes.

Et je n’évoque pas encore les paroles ! Natalie Rassoulis, voix unique de l’album, à de rares chœurs féminins ou masculins près, chante la liturgie catholique du Requiem, traduite en langue anglaise par les bons soins parodiques de Christos Antoniou. Un art parodique ? Ainsi s’en vante-t-il. Mais, des paroles d’une beauté aussi grave, ne peuvent se contenter d’une ironie musicale. Chanter la mort sur un ton joyeux…cela ridiculise la musique. Non le texte, qui demeure dans sa splendeur apollinienne.

Christos Antoniou a ainsi fait montre de son talent ; mais il y a perdu son génie. Car il a égaré son Logos. Autrement dit, à travers des thèmes divers et souvent contradictoires, Chaostar savait organiser une symphonie par l’unité d’un grand style et d’un haut accent. Tel n’est plus le cas.

Je crois que Christos Antoniou a désiré cet album comme une aventure musicale, harmonique. Il en a certes retiré une belle expérience, il n’est qu’à voir le dernier SEPTIC FLESH ou le dernier Chaostar en date.

Mais « Threnody » demeure quant à lui un album à ne recommander qu’aux fans inconditionnels des deux groupes cités. Ou aux amateurs du genre.

2007-05-12