CHAOSTAR
THE SCARLET QUEEN (CD)
2004 chez Holy Records


1. Birth Of A Vampire - Lullaby
2. The Scarlet Queen
3. Crimson Order
4. Embrace
5. I Am... The Assassin Of God
6. The Soul Of The Dephts
7. Vampire Renegades
8. The Pleasure Dome
9. The Arab Merchant
10. Rex Mundi
11. Vampire's Illusions
12. When Death Dies


LaBalafre : 19/20
« The Scarlet Queen » : « La Reine Écarlate ». Le sous-titre en est « And the Huntress embraced the Night… » : « Et la Chasseresse étreignit la Nuit… ». Voici la thématique exposée !

Christos Antoniou est le compositeur unique et chef d’orchestre de ce troisième album de Chaostar. Il use commesur les précédents albums de samples, et d’instrumentalistes d’orchestres classiques.

Toutefois, il faut préciser que les paroles sont dues à Magus Wampyr Daoloth, surnommé « The Magus ». Ce dernier fut le compositeur de certains des meilleurs albums de ROTTING CHRIST, et de l’étrange et regretté NECROMANTIA. Je ne crois pas inutile de préciser que poésie et musique, d’une égale beauté, se confondent. Pourtant, les vers sont rarement chantés, ou plutôt épelés. Mais la musique en expose la fresque. Aussi les traiterai-je sans les distinguer.

Chaostar demeure fidèle à sa méthode de composition. « The Scarlet Queen » se présente telle une symphonie composite, aux thèmes très variés, à travers l’unicité d’un grand style, aux tons nobles et racés. Une âme riche.

Le premier thème, très littéraire, est celui de la couleur rouge. La Reine Écarlate est symbole d’une païennie. Elle se dresse contre la pétrification solaire des cultes religieux monothéistes, notamment l’Islam et le Christianisme. Cette païennie reptilienne vit dans le culte nocturne du Sang et de la Chair. Non dans des orgies vulgaires, cela s’entend. Mais dans un culte du Corps reconquis dans sa noblesse. La chair est mollesse et passivité ; le corps est actif, fort, orgueilleux. Aussi est-ce un magma incandescent, un feu antique et puissant qui brûle dans ces prunelles mortes, à travers cette musique d’outre-terre.

L’écarlate se teinte en vermeil, lorsqu’il exalte son Graal précieux, évangile vivant d’un « Ordre cramoisi » (Crimson Order).

Cet Ordre nouveau écrase de sa pourpre impériale, couleur magique et obsessionnelle de la Méditerranée antique. Majesté d’un divin héroïque et impérial.

Le deuxième thème est celui de l’Orient. La musique de Chaostar s’en inspire amplement. Mais Christos Antoniou la mélange de chants grégoriens, de Carmina Burana (ceux de Carl Orff), de musique classique occidentale (essentiellement wagnérienne), et de musique électronique des plus moderne.

Ainsi, l’harmonie créée par ces mélodies semble d’autant plus antique qu’atemporelle. Et si religieuse. Les textes ne parlent qu’au prétérit ou au futur, sauf dans les descriptions, où un présent éternel s’impose. La langue est sacrée ( Thy, Thou, lieth, dreamth, etc.) ( l’usage du latin).

Chaostar semble remonter à un Passé onirique, afin d’explorer les profondeurs de notre âme, plus encore de notre inconscient issu de la génétique, de l’éducation et de l’expérience.

« The Scarlet Queen » est donc une œuvre surréaliste au sens artistique (celui d’André Breton). Elle tente le syncrétisme du rêve et de la réalité, afin de comprendre la substance de notre vie humaine, son âme, sa destinée dans la Nature.

Aussi la douceur mélancolique de l’accordéon peut-elle se mélanger ou succéder aux cors et trompettes les plus violents, aux contrebasses les plus graves. Les « descentes » de violons modernistes à la Stravinsky, s’accorder aux chœurs moyen-âgeux et aux airs les plus orientaux.

La musique est aussi parfois descriptive, semblable à une musique de film. Puis repasse ou superpose une harmonie cosmique, « étoilée ».

Que cette musique sait être alternativement sombre et joyeuse, mélancolique et insouciante !

À noter que Chaostar a remplacé Natalie Rassoulis sur cet album, par une autre soprano grecque, d’un chant aux aigus plus développés, plus purs, mais à la richesse mélodique et à la chaleur moins intense, notamment dans les graves : Sapfo Stravidou. Elle sait faire honneur par sa voix à l’âme de notre Reine Écarlate.

Ah ! Christos Antoniou sait retrouver la prunelle brasiée des Anciens, leur puissance d’âme, leur vitalité corporelle, en un mot : leur Sagesse. Quelle richesse possède cet homme !

Mais surtout, il sait l’exprimer dans une langue que nous puissions comprendre, nous autres hommes modernes, face à cet antique si…antique !

Très peu d’albums présentent une telle richesse mélodique et harmonique à ma connaissance. Peut-être un ou deux, et encore. Un album au-dessus des clivages musicaux. Une expérience magnifique pour mélomanes.

2007-05-20