Fabien : 19/20 | Peu après l’enregistrement de Scream Bloody Gore en Californie, Chuck Schuldiner prend de mal du pays, désireux de regagner sa Floride natale. Avant de partir, il propose le voyage à Chris Reifert qui, préférant rester sur ses terres, fonde dans la foulée Autopsy aux côtés d’Eric Cutler. De retour à Tampa, Chuck débauche la quasi intégralité des membres de Massacre, Rick Rozz, Bill Andrews & Terry Butler, laissant alors Kam Lee et son groupe sur la touche, pendant près de trois années.
Rompant avec son habitude de composer seul, le jeune leader signe alors cinq nouveaux titres avec Rick, ainsi que deux en solitaire, tandis que son acolyte apporte un tout dernier morceau. Fin prêt, le quatuor rejoint les Morrisound Studios en été 1988, sous la houlette de Dan Johnson, assisté du jeune Scott Burns, pour les sessions de son second album. Leprosy sort ainsi en novembre de la même année (en même temps que Blood Fire Death de Bathory), brillamment illustré par le maître Ed Repka, qui signe l’un de ses travaux les plus remarquables. En outre, le disque est impeccablement couvert par Combat Records, dont le passage sous la coupe de Relativity permet une distribution mondiale, notamment en Europe grâce au renouvellement précieux de l’association avec Under One Flag.
Les moyens mis en oeuvre valent largement la chandelle, Leprosy surpasse en effet son aîné en terme de puissance et de maturité, affichant des titres désormais plus longs et plus travaillés. L’album subjugue dès son premier titre, l’intemporel Leprosy, servi par les rythmiques de Bill, d’une lourdeur encore inédite, et par les lignes de basse fouillées de Chuck (en lieu et place de Terry), servant de véritable moteur à des rafales de riffs imparables. Le guttural effroyable de Chuck, encore plus imposant qu’auparavant, ainsi que les duels de soli entre Chuck et Rizz, aux jeux très différents, épaississent alors considérablement les compositions, décuplant littéralement leur puissance.
Ainsi, depuis les riffs redoutables de Pull the Plug & Choke On It, jusqu’aux tempos percutants de Born Dead & Forgotten Past, en passant par les soli somptueux de Left to Die et les rythmiques écrasantes d’Open Casket, Leprosy impressionne autant par sa brutalité pure et son côté gore, que par sa finesse et son étonnante variété. La production de Dan Johnson enfonce alors le clou, offrant une profondeur et une clarté incroyables pour l’époque. Rien ne vient décidément tenir ce joyau, exception faite de Primitive Ways, la seule composition 100% Rozz, certes quelques peu en retrait.
Plus mature et plus massif que son prédécesseur, culte à en mourir, Leprosy rencontre un succès retentissant, apportant au deathmetal toutes ses lettres de noblesse. Il confirme ainsi la force et l’avenir de ce style désormais incontournable, offrant une véritable alternative au thrash Bay Area maintes fois rabâché à cette époque. Grâce aux étonnants moyens déployés par son label, bénéficiant alors d’interview et de chroniques sur les grands magazines metal du moment, ainsi que d’une insertion remarquée sur la terrible compilation Speed Kills Vol.IV d’Under One Flag, aux côtés d’Exodus, Nuclear Assault, Possessed, Forbidden, Dark Angel ou Bathory, Death connaît dès lors une consécration planétaire, parfaitement justifiée.
Fabien. 2008-02-26
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