BipolarDisorder : 20/20 | C'est étrange ces galettes que l'on fait tourner une fois tous les six mois, et qui procurent toujours autant de plaisir. "Filosofem" est un de ces albums impérissables comme on n'en fait plus que trop rarement. Après six chroniques, et il est rarissime qu'un album en suscite autant (et même deux du même auteur), quel besoin donc d'ajouter la mienne ? Aucune a priori. Pourtant, s'il y a tant de chroniques, c'est que "Filosofem" nous fait nous poser des questions, d'innombrables questions. Disons, en ce qui me concerne, parce que l'on peut tout aussi bien l'écouter sans s'en poser, mais l'écoute ne pourra jamais pour autant se faire d'une oreille distraite. Je précise tout de suite que j'ai mis 20/20 à cet album.
Varg n'a que dix-neuf ans quand il compose ces soixante-quatre minutes si denses de musique glaciale, sombre et depressive. Dix-neuf ans, et il produit une musique d'une maturité incroyable. "Glacial", "sombre", "depressif" : voilà les adjectifs qui reviennent le plus souvent quand on parle de cet opus. C'est vrai, il y a de tout cela. On y ajoute parfois qu'il est malsain. Je le dirais plutôt purement mystique. On voit aussi ce que les Xasthur et autres Shining lui doivent, ce qui n'enlève rien à leur talent.
"Rundgang um die transzendentale Säule der Singularität" s'écoule paisiblement de mes enceintes au moment où j'écris et m'invite à la méditation. La magie opère toujours. Si j'écris cette chronique, c'est avant tout parce que dans les précédentes, il y a un mot que je n'ai pas lu une seule fois, c'est le mot "émotion". Alors je ne vais pas me lancer dans une critique musicale morceau par morceau, ce serait inutile, car toute personne s'étant penchée sur "Filosofem" sait qu'il recèle des joyaux magnifiques tels que "Dunkelheit" ou "Jesus Tod". Saturation extrême, voix écorchée, simplicité et efficacité absolue. En un mot, il y a du génie dans ces compositions. De l'émotion et du génie.
"Dunkelheit" qui ouvre l'album est un morceau qui m'a tiré plus d'une fois les larmes à des periodes où j'étais plus "receptif", c'est à dire plus dépressif. Ces périodes où l'on a envie d'en finir, et il est vrai que l'album constitue la bande-son idéale d'un suicide. Je n'en déconseillerais pas pour autant l'écoute à un auditeur en détresse, car ce qui s'en dégage peut aussi inviter à la reflexion et au recul. Ce n'est que mon humble avis, et mon expérience. De toutes manières, le Black Metal n'a jamais été une musique à vocation ludique ou distrayante, et Burzum moins que tous les autres.
[Parenthèse]
La seule question que je me pose encore à propos de "Filosofem" est la suivante, et elle est en lien avec son auteur : comment un musicien capable de mettre en notes et en mots un tel condensé d'émotion pure et de sublime a pu devenir ce qu'il est aujourd'hui et developper des idées aussi nauséabondes et purulentes. Comment, et pourquoi ? Cela m'a amené recemment à une redécouverte des racines du Black Metal. Chacun, même les plus réfractaires, ne peuvent nier l'impact qu'on eu des groupes tels que Sarcofago, Mystifier ou Vulcano sur la scène BM, des groupes d'Amérique Latine de milieu/fin des années 80, des groupes de "nègres" comme dirait le sieur Vikernes, qui a renié le metal, sous pretexte que le metal, justement, venait des "nègres". Je lisais récemment sur un forum (pourtant pas vraiment orienté à gauche, si vous voyez ce que je veux dire) le raisonnement suivant: Pas de groupes sud-americains >>> pas de Burzum >>> pas de NSBM. C'est réducteur et concis, mais c'est tellement juste (et agréable à lire). En effet, que personne n'oublie d'où vient cette musique, et à chacun de s'en souvenir avant de prôner l'éradication de ces "non-blancs inférieurs"...
[/Parenthèse]
Pour en revenir à "Filosofem", et conclure, je dirais qu'il faut s'abstraire de l'idéologie pour apprécier l'oeuvre, mais aussi que l'oeuvre elle-même, de par sa transcendance, permet de s'abstraire de l'idéologie. Cet album est une lente agonie, un souffle morbide, la fin d'une époque, la fin d'un grand groupe, et d'un point de vue musical, c'est une expérience unique. Fermez les yeux et laissez vous simplement transporter.
Replay.
2007-01-15
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