dark_omens : 16/20 | Lorsque le groupe Behind exhale son dernier souffle, il donne alors naissance à deux voix distinctes. D'un côté Post Mortem et son Death Metal et de l'autre Karelia et son Heavy Melodique. Si Post Mortem sera le premier à se tenir debout, Karelia restera, quant à lui, un certain temps infirme, incapable de trouver les membres qui lui permettrait de s'épanouir et de s'exprimer pleinement. Palliant, tant bien que mal ce handicap en utilisant la programmation et en usant au mieux des talents de chacun, Karelia parviendra tout de même à sortir une première démo. Quatre titres où chacun mesurera , au delà de ces imperfections, quel sont les qualités incontestables de composition de ce groupe. Fort heureusement après quelques déboires et l'audition de quelques musiciens pas toujours très talentueux (dont votre humble serviteur), Karelia finira par se relever, retrouvant l'intégrité complète d'un nouveau-né et ce grâce à l'arrivée d'un bassiste, d'un guitariste et d'un batteur rescapé de l'explosion de Jerican.
Définir le style musical de Karelia n'est pas forcement chose aisée, il va sans dire qu'il est difficile de ne pas évoquer des influences aussi flagrantes que Rhapsody, Nightwish cependant Karelia possède aussi une dimension propre, une certaine mélancolie et, dans une moindre mesure, une simplicité plus évidente; ces éléments le rapprochant aussi, sans aucun doute, de groupe tel qu' Artrosis (Ce qui n'est pas étonnant lorsqu'on sait quelle estime Lionel Vest, un des fondateurs du groupe, a pour le groupe Polonais). On peut aussi sentir dans sa musique l'importance des claviers qui ajoute souvent cette nappe sombre caractéristique de musique plus gothique, voir même Black Metal. (Ce qui n'est pas plus étonnant lorsqu'on sait quelle estime Bertrand Maillot, au clavier, l'autre compositeur du groupe avec Matthieu Kleiber, a pour Dimmu Borgir).
Dès les premières mesure de "Letter for an Angel" on se délecte, à nouveau, de ce chant si particulier de Matthieu qui alterne admirablement un chant grave et profond dans les parties plus calmes et intimistes, et un chant plus aigus dans les partis plus Heavy. Son chant aigu loin d'être un modèle du genre a le mérite d'être juste et placé avec intelligence. Ce premier titre est jalonné d'orchestration qui lui confère un certaine théâtralité lugubre du plus bel effet. Si ce titre reste très bon, il n'est pas exempt de tout reproche, en écoutant la partition clavier on a parfois le sentiment que Bertrand peine à suivre.
D'autre titres tels que "Torn of Dress" ou encore "Usual Tragedy", "Blind" et ses chœurs féminins sont construis de la même manière. Ils constituent un socle impressionnant pour cette première pierre de l'édifice, qu'est ce disque.
Là où les influences les plus sombres de Karelia sont le plus visible, et donc là où il se démarque le plus et est, de ce fait, le plus intéressant, c'est à l'écoute de titre comme "Slaves of Time". On y sent, dans les parties lentes, une acuité qui n'est pas sans rappeler le froid qui souffle dans les contrées enneigées du nord si chère à Bertrand.
Mais ce disque n'a pas que des qualités et parfois on sent qu'a vouloir trop bien faire, on en fait trop. "The Deserter" est une de mes plus grandes déception. Ce morceau démarre sur une interprétation toute en nuance ou le chant de Matthieu est accompagné simplement d'un piano. L'émotion est à son comble. La chanson finis par enchainer ses différentes partis construite sur la marque de fabrique du groupe, alternant Heavy à tendance double grosse-caisse, orchestration, partis plus lentes pour se terminer sur un fiasco, mélodie de synthé étrange au son étrange qui relègue ce qui s'annonçait comme la meilleur chanson de l'album au rang de chanson moyenne.
Il convient aussi de noter la perfection des textes de ce groupe. Tout au long de ce concept-album Karelia nous narre les affres d'un homme face aux imbécilités de la guerre.
Ce disque, sans être exempt de tout défaut, est donc un premier disque d'une maturité exemplaire, ou le groupe a su affirmé d'emblée sa personnalité propre et imposer une volonté de perfection dans tout ce qui compose cette œuvre la hissant à force d'application et de travail parmi les plus représentatives des genres apparentés; offrant de ce fait une place de choix, largement mérité, dans l'élite de leurs ainées à ces petits français.
2008-10-02
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