Vrael : 19/20 | Apocalyptica est un groupe qui a commencé en 1996 avec des reprises originales de Metallica, et l’album qui d’après les fans lui a permis de se faire remarquer est le suivant, Cult. Mais qu’est-ce qui rend ce groupe si particulier ? Autre question qu’on peut se poser, plus classique : ah tiens c’est un groupe de métal symphonique, mais… ils n’ont pas de chanteur(euse) ?
Observons son line-up : trois violoncellistes, dont un jouant du violoncelle électrique et un batteur, rien de plus. Les habitués du métal font souvent la grimace quand ils lisent ça. Pourtant, ses reprises suivent pratiquement le morceau d’origine : ceux qui connaissent bien ‘Enter Sandman’ ou ‘Fade to Black’ reconnaîtront bien les chansons de Metallica, les paroles en moins, remplacées par le violoncelle.
Mais je m’égare (^^), revenons à Reflections. Bon, la première chose que j’ai à dire sur l’album c’est que sa construction a un sens : à voir les titres, on dirait des noms de chapitres pour un livre, et ça se tient… presque. J’y reviendrai. Deuxième chose : Reflections s’encastre en deux parties distinctes, que l’on peut séparer grâce à « Conclusion », le morceau ‘charnière’.
Reflections est un album qui s’écoute comme on regarde un film sans les dialogues : la musique et les titres nous suggèrent une histoire, mais nous devons imaginer nous-mêmes le reste, à savoir l’intrigue, ect.
Et franchement, Reflections pourrait facilement faire une soundtrack.
Tout commence par une introduction au titre sobre : ‘Prologue [Apprehension]’. Dans les livres, le prologue est un passage court, un peu en dehors de l’œuvre, qui nous donne des infos parallèles à l’histoire pour nous donner un aspect différent de l’intrigue et y mettre du relief. Et l’appréhension d’un problème, c’est son observation avec pour but de l’identifier.
La conclusion est habituellement la fin d’une rédaction, où l’on récapitule les arguments avec un plus, l’élargissement. Mais ici ce n’est pas la fin, puisque l’album se poursuit dans une deuxième partie (plus entraînante) jusqu’à l’épilogue. L’épilogue est, toujours dans les livres comme dans les films, une ultime séquence rattachée à l’histoire qui se passe plus tard, pour nous donner une espèce de suite pour définitivement clore l’œuvre, en bien comme en mal. Et ‘Relief’ en anglais signifie ‘solution’.
Pour rentrer dans les détails, je dirai qu’Apocalyptica est fait d’artistes à part entière. Rares sont les groupes qui font de la musique un art plus qu’une machine à sous. Ils sont parvenus à rendre possible le mélange improbable de la musique classique et du métal, et c'est impécable. On arrive à un résultat presque ‘grand public’ : les mordus de musique classique adoreront les balades magnifiques de l’album, parce qu’elles respectent les règles de la musique classique. A savoir que ce genre musical vise avant tout à dépeindre une scène, une situation, une impression… et tout cela avec des instruments et un maximum de précision. Les vrais métalleux apprécieront également, parce que le groupe sait aussi gérer le lourd, le puissant comme le speed. Les riffs au violoncelle électrique sont parfois violents (voir ‘Heat’ ou Toreador II’ par exemple), les solos sont incroyables, le batteur est franchement balèze niveau enchaînement. Mes respects pour chaque performance.
Apocalyptica sait comment exprimer beaucoup avec peu : un titre et une mélodie de quelques minutes, souvent soutenue par un arrière fond métal. Rien de plus (dans Reflections en tout cas). Les plus sensibles à la musique arriveront facilement à reconnaître ce que le groupe a voulu exprimer. Regrets, trahison, majesté, tristesse… tout est joué avec tant de talent que même ces sentiments sont accompagnés d’un tableau. Si je prends Conclusion par exemple, les poètes en écoutant le morceau verront la brise d’automne transportant lascivement les feuilles mortes.
J’aurai quelques questions à éclaircir : pourquoi choisir le violoncelle ? Indice, cet instrument remplace le chant. Oui, parce que d’après des études – et vos propres oreilles, on a constaté que le violoncelle est l’instrument qui se rapproche le plus de la voix humaine. Certains mystiques disent qu’il permet de laisser s’exprimer son âme.
Cet album est sublime, et mérite largement le 19/20. Je n’ai pas mis 20/20 (j’aurai voulu mettre 19,5 mais je n’ai pas pu ^^’) parce que je trouve les tracks ‘Pandemonium’ et ‘Toreador II’ mal placées, elles cassent le rythme de l’album à cause de ça malgré leur excellence. Sinon, chaque morceau est un régal. Un bémol cependant, parce qu’il est vrai que Reflections n’est pas un album que l’on peut écouter en boucle : on s’en lasse. C’est pour ça qu’il faut le conserver au frais pour des moments de dégustation : il est des choses qu’il vaut mieux se garder de consommer trop souvent, pour que subsiste toute leur saveur. 2008-11-04
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