barback : 12/20 | En cette année 1996 le Thrash ne va pas fort et c'est le moins qu'on puisse dire. Metallica nous sort un Load fadasse, Megadeth s'apprête à sortir un Cryptic Writings peu convaincant et Anthrax nous a pondu un Stomp 442 pour le moins insipide. Voilà à peu près où en est le carré d'as en cette seconde moitié des 90's. On est loin du rutilant Big Four quelques dix années auparavant. En à peine 5 ans, le colosse US s'est doucement effrité sous les coups de boutoirs répétés des rouleaux compresseurs du Death Metal, du Rock alternatif et bien d'autres, à en être dans une position très inconfortable. Panne d'inspiration ? Complexe d'infériorité ?
Mais Slayer alors ? Vont-ils suivre cette marche forcée ? Ralentir la cadence et nous sortir du Thrash mou du genou ? Que nennni, les gars d'Huntington Beach ont bien compris qu'une bonne cure de jouvence passait obligatoirement par un retour aux racines. Et quelles sont-elles ces racines ? le Punk Hardcore tout simplement (j'omets volontairement le Heavy Metal car ce n'est pas au menu du jour). L'Assassin a décidé de nous servir de la galette qui mosh, le tout dans un emballage bien "ruff".
"Disintegration bastaaaaaaaaaaard!!!"
Voilà le genre de discours que j'apprécie. Pas de courbettes ni de gentilles politesses. La messe est dite. On est fin prêt à s'en prendre plein la tronche pendant trente minutes. Car c'est bien là le but de cet album, ovni dans la longue discographie de Slayer, nous faire bondir jusqu'à l'éreintement total tel des though guys à un concert d'Agnostic'.
Mais voilà, que vont penser les hordes de fans de ce retour en arrière, bien que temporaire ? Crise de la trentaine ?
Lointains souvenirs de jeunesse refoulés ?
Araya et sa bande auraient-ils cédé aux chants des sirènes du mercantilisme ? Mmm... Regardons de plus près.
Nous sommes en 1996 et le revival Hardcore bat son plein. Dès lors, il parait assez évident que le groupe a voulu rendre un hommage punk, bien dans la mouvance de l'époque. En un mot : séduire, voire rapatrier quelques fans qui avaient déserté la mère patrie Thrash. D'ailleurs, la perspective du mélange des deux styles pouvait s'avérer fort attrayante.
Mais malgré le choc frontal des décibels et la vitesse incroyable des morceaux, l'ensemble reste très uniforme, presque ennuyeux. D'une trax à l'autre, peu de véritables différences, pas de breaks qui déboulonnent (et pourtant Bostaph aux fûts...), pas de solos non plus, reprise oblige. Mine de rien, ça manquerait presque leurs fameux solos complètement déstructurés... J'ai dit presque... Quant à Araya, il manque cruellement de souffle. Malgré un débit AK-47 et une méchante hargne, son chant est tristement monocorde.
Et que dire de la reprise de "I Wanna Be Your Dog" rebaptisé pour l'occasion "I Wanna Be Your God" qui n'est qu'une pâle copie, voire pire… Une parodie des Stooges ? Elle perd tout son charme. Bref, la mayonnaise ne prend pas.
Bon, cela dit il ne faut pas que blâmer. Cet album recèle tout de même quelques bonnes surprises, comme par exemple "Can't Stand You" et "Ddamn", 2 titres tout droit sortis des juvénilités Hardcore de Hanneman (qui se rappelle de son beau T-shirt Discharge, qu'il arborait fièrement sur les premières tournées ?).
"Sick Boy", une reprise des Cultissimes GBH. "Violent Pacification", morceau des D.R.I, blasté et passé à la moulinette "Slayerienne" ou encore "Mr Freeze" de Dr. Know, complètement "thrashisée".
Le groupe s'en donne à coeur-joie et insuffle à ces morceaux une sacrée patate. Seul titre qui se démarque nettement (normal c'est de leur cru), Gemini, lointaine réminiscence d'un "Seasons In The Abyss". Un morceau Heavy Thrash massif, teinté d'une noirceur hypnotique, qui débute en mid tempo… avant que la colère ne l'emporte et que Bostaph n'écrase ses pédales pour propulser le morceau vers des contrées plus familières. Autrement dit, un bon gros Thrash des familles. Ce titre représente indéniablement le point culminant de l'album, parmi un bon nombre de morceaux malheureusement dispensables (ah, cette reprise des Stooges, je m'y ferai jamais).
Bref, un opus loin d'être totalement mauvais mais qui manque au final d'implication. Peut-être que si la bande à Tom avait été plus entreprenante, en composant eux mêmes les morceaux et non pas se contenter de reprises, le résultat aurait été plus réussi et l'album aurait reçu un accueil plus favorable. Avec des "si"... Fort dommage en tout cas car malgré l'aspect opportuniste, l'idée était bonne et cet album déborde d'énergie et donne une furieuse envie de pogoter. Mais après tout, n'est ce pas la seule prétention de ce disque ?
Barback 2008-09-12
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