ArchEvil : 19/20 | L’immense Schizophrenia méritait d’enfanter. Le thrash death de Sepultura si puissant pourtant résumé uniquement à cette œuvre était prédestiné à perdurer, peu importent les circonstances. Car Schizophrenia eu des répercussions assez intense au niveau business : Il permit au groupe de déposer sa signature chez Roadrunner qui leur offrit les services de Scott Burns des studios Morrisound, personnage logé à la bonne enseigne afin d’enregistrer Beneath The Remains dans de meilleures conditions. Cet avantage combiné à un groupe armé d’un nouveau line-up, d’une plus grande motivation, d’une expérience plus robuste et d’un registre de compositions clairvoyant leur promettait un accès direct vers la sortie de l’underground. Il serait dès lors le premier groupe brésilien à disposer d’une reconnaissance interNationale et cette idée aura sûrement ajouté une bonne dose de volonté supplémentaire au quartette.
C’est donc un an et 5 mois après la sortie de Schizophrenia que les 4 compères enregistrent le nouveau rejeton, Beneath The Remains. La superbe pochette du nouvel arrivant fut dessinée par Michael Whelan. Sepultura vient à nouveau de gagner en fraîcheur. Le groupe sur le chemin de la réussite s’est trouvé un style et une empreinte.
Et cette empreinte ne peut être que celle d’un titan…
Ils sont si nombreux les groupes voulant à tout prix se dépasser l’un l’autre, que se soit dans la brutalité, la technique ou la lourdeur. Et ils sont si rares pour finir ces albums qui font l’effet d’une masse de 50 tonnes en chute libre direction votre boîte crânienne, vous pulvérisant cellules grises, lobes et tronc cérébral par leur onde de choc. Multipliez ce constat par 10 et vous obtiendrez un effet proche de celui que m’a procuré Beneath The Remains. Pour résumer la liste kilométrique de superlatifs en une phrase, Beneath The Remains est l’ogre du thrash death le plus terrifiant qui n’ait jamais existé.
Ce rouleau compresseur jouit non seulement d’un professionnalisme irréprochable mais aussi d’un perfectionnement de la composition hallucinant en comparaison avec son prédécesseur. La production de Burns rend l’album bien plus puissant sans en lisser les contours, l’ingénieur aura pris soin de conserver une distorsion virulente et agressive pour les guitares, aiguisées comme des rasoirs dans un registre de fréquences hi-mid.
Cette production est un ring parfait pour les musiciens jouant de la manière la plus carrée, la plus précise qui soit. Je soupçonne même le régisseur d’avoir apporté un soutien technique à Igor, cette éventualité n’influant heureusement pas le moins du monde sur sa technique d’une diversité et d’une cohérence à toute épreuve.
Démarrant sur une intro acoustique du plus bel effet, la relancée sur les chapeaux de roues est une révélation. Ce premier titre éponyme jette directement la teinte du disque sur la toile : Un fauve d’une bestialité sans équivoque pourvu d’une fourrure éclatante dont la brillance pourrait presque faire contraste avec la rudesse générale.
C’est sur ce plan magnifique que le groupe exécutera une série de titres inoubliables. L’éponyme qui donnera la couleur et la terrible assise rythmique du petit orchestre n’est qu’un diamant dans la caverne d’Ali Baba. A lui succède Inner Self, à l’image de la virtuosité de Inquisition Symphony, il rassemble à lui seul toute prouesse dont le groupe est capable : Sa montée en vitesse grâce à un Igor aussi précis qu’inventif, son interlude acoustique très sombre, le solo d’un Kisser atteint de démence pour clôturer sur une rythmique débordante d’énergie. Stronger than Hate et ses innombrables échelons guitaristiques tirés du meilleur répertoire de leur exécutant, clôturés par un solo de basse à l’apparition brutale. Mass Hypnosis où Kisser touche le firmament de sa musicalité sur un solo méritant sa place au panthéon du metal. Slave of Pain, son refrain si typique, facilement imprimable en la matière grise et le phrasé saccadé de Max dont les performances vocales se sont encore améliorées, jamais forcées, jamais criardes, juste déclamatoires comme il faut, traduisant une émotion colérique offrant un atout supplémentaire au disque. Celui-ci se termine sur ce Primitive Future, un titre encore plus poussé dans son agressivité, ses accords diaboliques et la célérité d’un Igor infatigable en sont le centre de la masse propulsée à plein tube que représente Beneath The Remains.
Accentuant la montée vertigineuse de Sepultura vers le succès, Beneath The Remains est arrivé dans les bacs comme un bloc de béton dans la marre. Ici, le combo chevelu dépassa le stade de l’espoir. Il conçut un chef d’œuvre imperfectible et définitivement immunisé de l’usure provoquée par le temps. Sa renommée ayant traversé les frontières de l’Amérique du sud, il en devint un dangereux concurrent pour les légendes du thrash US, au point de diviser les thrashers en deux clans, ceux qui resteront fidèles aux monuments de groupes comme Slayer et ceux qui verront en Sepultura leur plus digne héritier, prêt à surpasser ses sources d’inspirations. Mais si les années ne viendront pas à bout de Beneath The Remains, il en sera tout autre pour le groupe qui ne pondra plus jamais d’œuvres aussi percutantes et qui finira par s’enliser au cœur d’un metal semi-hardcore teinté de tribalisme musical fort contesté. Mais ceci est une autre histoire. Il est de notre bonne volonté de garder un œil sur ce passé on ne peut plus glorieux, de cette époque durant laquelle Sepultura s’imposa comme un leader de la scène thrash death en mettant au monde cet œuvre gigantissime pour laquelle un 19/20 en resterai modeste.
Eternals Hails
2008-08-29
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