ArchEvil : 18/20 | La plupart des metalheads de l’époque ont dû croire au miracle lorsque Schizophrenia atterrit dans les bacs. Même après l’apparition du prophète Andreas Kisser, il fut probablement difficile d’attribuer une telle évolution à la venue d’un seul homme.
Visiblement résolu à tracer le tournant de Sepultura, le jeune homme releva Jairo T. de ses fonctions pour imposer sa guitare au sein du combo. En ces dernières années, l’allure proto-death de celui-ci, en dépit de sa sincérité et de son statut de référence parmi les précurseurs de la scène Death Metal, faisait pâle figure en comparaison aux formations plus ou moins concrétisées de l’époque ; citons leurs compatriotes Sarcofago qui, un an plus tard Morbid Visions, sortaient INRI. Et après avoir officié pendant 2 ans et demi les commandes d’un art minimaliste sur tous les points, l’écoute de Schizophrenia pourrait même pousser l’auditeur interdit à en vérifier le line-up pour s’assurer qu’il s’agit bien du quatuor brésilien.
Tout à fait, nous sommes bien en présence des jeunes frères Cavalera et de Paulo Junior, bassiste fidèle au groupe depuis ses débuts. Seul Kisser vient de faire son intrusion et on sent qu’on ne s’en plaindra pas.
Tout laisse penser que le groupe vient de se faire entièrement recycler ; retirez le logo de la couverture, elle en paraîtrait étrangère au combo.
Cette introduction vraiment inquiétante ne présage cependant rien, sinon d’être cette fois ci affranchie de tout cliché. Tout se produit dès les premières mesures de From the Past comes the Storms, Sepultura nous offre un nouveau portrait : Un animal racé, prompt à déployer de nouvelles ailes impérieuses, puissantes et issues d’une inspiration bien plus mûre.
Sepultura a tout d’abord appris à manier deux éléments qui en deviendront son empreinte décisive jusqu’en 93 : Une série de plans bourrés d’accélérations à s’en décrocher la mâchoire propres au thrash, un rendu lourd, bourru et inerte typique au death. Le mariage en est sidérant de justesse et ne montre aucune faiblesse grimaçante tant il est exécuté avec méticulosité. Parlons-en justement : A défaut de reproduire un jeu millimétré, le riffing dégage un grain se voulant âcre, brumeux, pesant et poisseux, ce bien sûr mis extraordinairement en valeur par la production sèche et difficile de l’alliance Shark et Cogumelo. Sepultura n’a en rien perdu son soufre des débuts qui était, il faut le dire, la seule cerise sur le gâteau plus que moyen qu’était Morbid Vision. On en bénira cette production approximative qui donne tout pouvoir de conviction à ce véritable brûlot.
Ensuite Max a non seulement dû prendre pas mal de leçon de guitare pour parvenir à tripler son niveau antérieur, mais il est aussi épaulé par Kisser, la clef de voûte guitaristique de ce disque. Chaque riff, qu’il soit névrosé ou pachydermique, est une preuve indiscutable d’un énorme potentiel assimilé, parvenant enfin à atteindre ce côté incisif et carré tellement jouissif, preuve en est sur To The Wall ou les changements de rythmes ne troublent en rien la machine de guerre passant ses rapports les yeux fermés. Chacun d’entre eux garde les oreilles de l’auditeur fermement scotchées à la galette.
Et ceci constitue le terrain de jeu de Kisser, s’amusant à explorer les tréfonds d’un registre de soli à la musicalité aussi belle que surprenante. Il parvient à sur-développer les bases harmoniques des accords principaux, à donner la parole à son instrument de telle manière que chacune de ses interventions rend chaque morceau pratiquement unique, même ses petits commentaires mélodiques sur Rest In Pain que l’on bave de réécouter avec concentration, morceau « coup de grâce » de l’œuvre, concluant en toute perfection la dimension infernale de la galette. Mais son jeu imparable atteint ses sommets sur l’instrumental Inquisition Symphony, répertoire prodigieux du savoir faire du groupe tant au niveau de la composition que de l’exécution, il en est sur le point de secouer vigoureusement les rameaux de The Call of Ktulu.
Quant à Igor, excellente charpente de la totalité de l’œuvre, fait preuve lui aussi d’un talent remarquable. Aussi prompt à frapper avec précision et à altérer le tempo efficacement qu’à complexifier ses plans. L’orchestre est ainsi construit sur la solidité et la richesse et permet à Max de s’exprimer d’un ton rauque et hargneux sur un registre de textes qui achèveront de prouver la nouvelle face bien plus mature de Sepultura.
Il leur a fallu 1 ans pour réaliser ce que bon nombre de groupes ne seraient capables d’obtenir qu’en 5 bonnes années. Et si Andreas Kisser y est certainement pour beaucoup, Schizophrenia a été avant tout le fruit de cet ensemble de musiciens fougueux. La renaissance et le début d’une nouvelle histoire pour ce groupe réellement talentueux. Le canon de la volonté et de la persévérance qui les poussera à réaliser 1 an plus tard le chef d’œuvre absolu, l’œuvre éternelle et imperfectible Beneath The Remains, un disque sur lequel ils se surpasseront davantage pour en concurrencer dangereusement les divinités metal de l’époque.
Un disque ultra-culte qui forme aussi une élégante passerelle entre un Reign in Blood et un Leprosy.
2008-08-27
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