Guardians of the Flame

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Nom du groupe Virgin Steele
Nom de l'album Guardians of the Flame
Type Album
Date de parution 08 Juin 1983
Style MusicalHeavy Metal
Membres possèdant cet album56

Tracklist

1. Don't Say Goodbye (Tonight)
2. Burn the Sun
3. Life of Crime
4. The Redeemer
5. Birth Through Fire
6. Guardians of the Flame
7. Metal City
8. Hell or High Water
9. Go All the Way
10. A Cry in the Night

Chronique @ Hibernatus

27 Juin 2016

...Bien avant celui des Cieux et de l'Enfer, le mariage de la carpe et du lapin...

Virgin Steele est un groupe improvisé issu d'une rencontre inopinée. Il enregistre en 1982 un premier ensemble de titres destiné initialement à être une démo, et qui se voit propulsé au rang d'opus à part entière par la grâce d'un inespéré succès. Rien d'étonnant, donc, à ce que ce disque, fort honorable au demeurant, s'avère avec le recul un peu hétéroclite et brouillon. L'année suivante, le groupe remet le couvert et nous sort un album quasiment parfait, mais pourtant écartelé entre deux styles puissamment différents, pour ne pas dire opposés. On a là la parfaite illustration musicale de la scolastique médiévale : le triptyque « thèse-antithèse-synthèse ».

Laissez-moi être plus concret. À ma droite, le franco-américain Jack Starr, guitariste autodidacte émérite, qui après avoir traîné ses guêtres en France (notamment avec les futurs membres d'un certain « Trust »), vient tenter sa chance aux States. À ma gauche, le new-yorkais David DeFeis, claviériste et chanteur écœurant, qui se balade avec une aisance parfaite sur trois octaves et demi : pour le fan de base, toute tentative de le suivre vocalement débouche sur un irrémédiable désastre. Croyez-moi. Ça a l'air facile, mais... J'ai testé pour vous. Ces deux champions partagent la composition des titres de l'album, et le moins que l'on puisse dire est qu'ils n'ont pas la même vision des choses.

Ainsi, cet opus met en scène, bien avant celui des Cieux et de l'Enfer, le mariage de la carpe et du lapin. Mariage improbable, mais fructueux, car les deux forces en présence s'enrichissent mutuellement pour délivrer une fusion fondatrice. Divorce annoncé, aussi, dans la mesure où ne vont pas se côtoyer longtemps dans un même marigot deux crocodiles de cette envergure (voilà une métaphore animalière plus respectueuse des deux artistes que mon histoire de carpe et de lapin). De fait, Jack Starr ira voler de ses propres ailes (ça vole, un crocodile?) peu de temps après.

N'en déplaisent à l'immense ego de DeFeis et à l'amitié sincère qui l'unit à son guitariste suivant, Ed Pursino, je ne peux m'empêcher de penser que l'avenir de la musique de Virgin Steele doit beaucoup au passage de Starr. Les morceaux qu'il signe seul sur ce « Guardians of the Flame » ne sont pas les plus originaux, on sent l'influence de la NWOBHM qui dominait de manière écrasante la scène européenne de l'époque. En faisant abstraction de la voix bien sûr, je ne peux m'empêcher de trouver à « Burn the Sun » ou « Life for Crime » un petit air du Maiden première période. Mais ils insufflent dans ce disque une puissance et une énergie qui ne seront pas oubliées. Sur « Metal City », on est dans un Speed affirmé que viennent trompeusement tempérer les lignes vocales de DeFeis, plus amples que la rythmique sauvage qui anime le titre. « Hell or High Water » et « Go all the Way » sont pareillement survitaminés, et pareillement transcendés par les vocaux dominateurs et mélodieux du frontman.

DeFeis ne réclame exclusivement que trois titres, qui laissent tous une large place aux claviers. Pour quelqu'un qui a été initié au piano à l'âge de huit ans, ils tiennent dans son expression musicale une part incontournable. Leur est entièrement consacré, sous forme d'orgues, l'instrumental de 40 secondes qu'est « Birth trough Fire ». Un piano plein de délicatesse ouvre et ponctue le dernier morceau, « A Cry in the Night », dont le ton très bluesy et le rythme modéré se trouvent musclés par la guitare de Starr. Nettement plus énergique, mais non moins éloquent et sensible, pénétré de la voix enthousiaste et puissante de DeFeis, « Don't Say Goodbye (Tonight) » ouvre cet album sur une note vibrante et représente, hum, sans doute le troisième meilleur titre. Là encore avec l'indéfectible complicité de Starr.

On le voit, les contraires se provoquent et s'attirent, se confrontent et se renforcent. En serait-on resté là que la mission eût été largement remplie : laisser à la postérité un disque de Heavy tour à tour (et souvent tout ensemble) puissant, théâtral et lyrique. N'en déduisez pas toutefois que j'oppose de façon binaire Jack-le-Bourrin et David-le-Délicat. DeFeis est parfaitement capable de se lancer dans une compo sauvage, et Starr est bien loin de manquer de subtilité, on y reviendra. Disons que leurs conceptions respectives de la nuance et de l'énergie ne sont pas en phase.

Mais il leur arrive d'entrer en résonance, de s'épauler mutuellement. Deux titres portent la signature commune de Starr et DeFeis. Ce sont les sommets de l'album. Ils expriment fondamentalement l'ambition de « romantisme barbare » avouée sur le site officiel du groupe.

L'ésotérique « Guardians of the Flame » démarre sur une entame majestueuse, que vient aérer une arabesque de guitare. Une voix solennelle nous conduit vers un refrain conquérant, lumineux et plein d'orgueil. Suivant la même ligne mélodique et rythmique, Starr nous illumine d'un solo aérien et tortueux, flamboyant de gloire ; une courte pause, et DeFeis embraye sur un solo de claviers fulgurant de vélocité, bientôt relayé par la guitare et rehaussé par une fière et enthousiaste ligne vocale. Un bref et dernier solo de guitare, puis retour à l'imposant tempo du début et fin sur une voix alanguie et des claviers qui expirent sur une longue note basse. Ouf ! Magnifique.

Autant l'éponyme est plein de lumière, autant « The Redeemer » est noir et désespéré. Le riff est lourd, l'ambiance tragique. Une sombre, lente et inexorable cavalcade anime les deux couplets-refrains qui débouchent sur cette implorante supplication : « Redeemer, save our souls ! Redeemer, grant us peace ! ». On en est pourtant à peine à la moitié. Une respiration, puis un long solo de guitare enlevé déchire la nuit de ses lumineuses contorsions : l'espoir, peut-être ? Mais non, on finit par retomber sur le pesant riffing du début accompagné d'un solo de clavier aussi fluide que funèbre. À nouveau, la voix, avec la reprise du sinistre second couplet, et on termine sur un cri déchirant et un doux lamento des divers instruments. La rédemption, ce ne sera pas pour cette fois. Mais on tient là un morceau digne de figurer au panthéon du Heavy Metal.

Avec ces deux titres, Virgin Steele s'impose impérialement dans cette veine épique qui inspire alors une bonne partie du Heavy Metal américain. 1983, c'est l'année ou Manilla Road sort « Crystal Logic ». Qu'on ne cherche nulle influence mutuelle entre les arrogants New-Yorkais et les bouseux du Kansas : on doit plutôt y voir une évolution parallèle, une commune participation à l'esprit d'une époque. Il y a, aussi, du Dio dans la puissante et évocatrice voix de DeFeis.

On ne manquera pas de souligner le formidable travail de la section rythmique, avec Joe O'Reilly à la basse et Joey Ayvazian à la batterie. Ils soutiennent avec efficacité, sensibilité et talent le travail du guitariste et du chanteur-claviériste, et font plus que pallier la tendance de Starr à délaisser les parties de guitare rythmique. Bien souvent, ce dernier oublie le riffing au profit de courtes et délicates efflorescences qui accompagnent les couplets.

En 2001, Virgin Steele sortira « The Book of Burning » (considéré à tort sur SOM comme une compilation), dans lequel tous les titres signés ici en partie ou en totalité par DeFeis seront repris (ai-je déjà évoqué son ego?) ; la nouvelle version de « The Redeemer » voit justement remplacées par un riffing plein et entier ces délicates et subtiles volutes musicales. Le titre gagne en puissance, oui, mais il perd lourdement sur le plan de la magie noire...

On l'aura compris, ce « Guardians of the Flame » est un jalon majeur dans l'histoire du groupe, et au delà, dans celle du Metal. Une voix originale, unique (je parle ici du groupe, même si cela peut s'appliquer aussi à celle du frontman) se fait entendre et laisse présager d'heureuses réjouissances futures. Selon moi, cet album est bien supérieur au très (trop?) encensé « Noble Savage » de 1985 ; et à dire vrai, il me faudra attendre « The Marriage of Heaven and Hell » pour retrouver autant de plaisir à l'écoute d'un Virgin Steele. Décidément, louées soient les galipettes de la carpe et du lapin !

6 Commentaires

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Elevator - 01 Juillet 2016: Merci pour la tirade, et en plus, c'est un des rares albums du groupe que je ne connais pas, honte à moi.
MarkoFromMars - 05 Août 2016: Acquéreur très récent du "House of machin Part I" comme le dit notre ami, un groupe que je ne connais très mal également.
Après écoute des titres cités par J-L, à savoir "Guardians of the Flame" et l'incroyable "The Redeemer" je ne trouve pas la comparaison avec Dio si incongrue que ça. Comment ai-je pu passer à côté de cette formation ?
Merci J-L pour ta description et le texte de qualité, un vrai régal à lire.
Hibernatus - 05 Août 2016: Content que "Redeemer" te plaise, Marko !

Pour Dio, content aussi que tu y voies des similitudes. Il faut dire aussi que DeFeis a été fortement marqué par le chant de Ronnie, qui figure en bonne place parmi ses inspirateurs. D'ailleurs, lorsqu'il s'est pointé pour poser sa candidature dans le groupe (eh oui, il n'est pas complètement à l'origine de la formation, même s'il se l'est vite accaparée), parmi les chants qui ont emporté la décision figure "Catch the Rainbow".
ZazPanzer - 03 Septembre 2016: Mais pourquoi vous commencez tous par House of Machin ??? C'est justement celui-là qui m'a fait arrêter VS : qu'il est chiant !!! Plus eu le courage d'aller plus loin, déjà qu'Invictus m'avait un peu déçu à sa sortie...
Sam et Marko, si vous voulez vraiment découvrir VS, écoutez les titres We rule the Night, On the Wings of the Night et surtout Lion In Winter, des tueries magiques ! J'avais découvert VS en achetant à une convention les quatre premiers LPs d'un coup, Noble Savage et Age of Consent ont éclipsé très vite les deux premiers que j'ai finalement très peu écoutés.
Me concernant, la période bénie de VS, c'est 1985-1995, du génial Noble Savage au grandiose Heaven and Hell Part II; je me suis donc entruché en voyant que Jean-Luc préférait ce Guardians of the Flame au Noble Sauvage...
Je suis en train de le réécouter, l'hoorrrrible pochette bleue clair (pressage français Bernett Records) est de sortie et ça faisait longtemps !
C'est vrai qu'il est quand même meilleur que dans mes souvenirs, mais merde, il n'y a pas de titre aussi puissant et génial que "We Rule The Night" ! Après, c'est vrai que la prod' et l'ambiance sont fortes, et évoquent comme tu dis si bien cette époque que nous chérissons tant, ce qui fait qu'il passe tout seul. Il manque pour moi quelques titres sortant du lot.
Bonne redécouverte donc, merci poto ! La carpe, le lapin et le canard font bon ménage. ;-)
Curieux d'avoir ton avis sur le premier, ça me permettra de le ressortir aussi !
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