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Liste des groupes Gothic Doom Type O Negative Bloody Kisses
CD paru en1993 - Roadrunner Records
Type O Negative : Bloody Kisses, chronique, tracklist, mp3, paroles

NOTE : 16/20
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Tracklist
1. Machine Screw
2. Christian Woman
3. Black N°1
4. Fay Wray Come Out And Play
5. Kill All The White People
6. Summer Breeze
7. Set Me On Fire
8. Dark Side Of The Womb
9. We Hate Everyone
10. Bloody Kisses
11. 3.0.I.F.
12. Too Late : Frozen
13. Blood And Fire
14. Can't Lose You

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NEUF
Chronique
16 / 20
    dark_omens, le Jeudi 17 Septembre 2009 parlez-en à vos amis  
Aborder le cas Type O Negative sans insister sur l’aspect curieux de son leader charismatique, Peter Steele, serait nécessairement une erreur. Car incontestablement l’homme est atypique, pour ne pas dire insensé. Il cultive, avec talent, l’image d’un agitateur perturbé et dépressif, à coup de frasques souvent farfelues, parfois de mauvais goût, mais toujours d’une sincérité déconcertante. Incontestablement c’est subtil, d’autant que le Metal Gothique ne se prête pas seulement formidablement à cette introspection de la douce instabilité, il est aussi le plus parfait théâtre de ce voyage intérieur au milieu de ses propres névroses. Pourtant, si les errements de cet homme n’étaient pas aussi révélateurs d’un talent assez captivant, ils n’en seraient que plus ridiculement anecdotiques.

Un aspect non négligeables de l’essence de la musique de ce groupe réside dans cette capacité à puiser son inspiration à d’autres sources que celles étroites de l’unique Metal. Du Doom au Post-Punk, en passant par le Thrash et même par le Pop/Rock (Peter n’ayant jamais caché son amour pour les Beatles, le groupe allant même jusqu’à se présenter comme "The Drab Four" (les quatre "ternes")en référence au surnom "The Fab Four" des quatre de Liverpool), Type O Negative aura su définir dans une vision, à la fois très personnelle et à la fois très précise, des paysages vastes et riches et, quoiqu’on en dise, uniques.

Si ses deux premiers albums offrent l’évocation d’artistes qui se cherchent musicalement dans un propos influencé essentiellement par des rythmes et un esprit Punk/Rock/Thrash, aux guitares froides et mécaniques sous-accordées, véritable être hybride où les passages Doom ne sont que des intermèdes délicieusement glauque et où le Gothique n’est pas primordial mais sous-jacent, c’est incontestablement avec Bloody Kisses que le groupe change, assez radicalement, de visage pour devenir un être principalement Doom/Gothique au charmes sensuels. L’album, qui marque véritablement un tournant important dans la carrière du groupe, va incontestablement marqué les esprits car, outre ces titres envoûtants, là où certains autres, à cette époque, instrumentalisent leur musique au travers de thèmes récurrents tel la mort, le désespoir, la poésie, la littérature, ou encore les quelconques autres vicissitudes souvent douloureusement imaginées dans un spectacle symbolique ou un certain romantisme suranné, et quelque peu surjoué, prend tout son sens, Type O Negative, quant à lui, privilégie, toujours encore, une certaine authenticité, certes souvent de manière insolente, mais assurément plus légitime. Il est largement aidé en cela par son chanteur, son humour et ses humeurs dépressives. Peter ne compose pas uniquement ce qu’il ressent, mais aussi ce qu’il vit et en quelque sorte ce qu’il est.

Si ce Bloody Kisses est dans son ensemble une synthèse d’émotions délicieuses et ensorcelantes qui caressent l’esprit au son de la voix suave, grave et charnelle de son chanteur, magnifiquement mise en avant par ces guitares profondes perdues, souvent, dans une lenteur infiniment mélancolique, c’est assurément avec les morceaux Christian Woman et Black N1 (Little Miss Scare-All) que le groupe offre la quintessence de son art. Retraçant avec une dérision sarcastique les souffrances d'une chrétienne déchirée entre son dévouement à Dieu et ses désirs les plus inavouables pour l’un et de la futilité face aux angoisses existentielles d’une femme gothique dont les soucis d’apparence sont ridiculisés pour l’autre, ils constituent l’ossature vertébrale la plus caractéristique de cette œuvre réussie. Dans une danse de séduction de plus de vingt minutes, le chant de Peter érotise les sens de l’auditoire, accompagné de riffs profonds. Les titres Summer Breeze, reprise du groupe Seals And Crofts, et Bloody Kisses (A Death in the Family), sont deux autres chapitres aux mélopées alanguies, qui, un peu moins bouleversant de cette Bible, s’inscrivent eux aussi dans cette page d’histoire comme d’excellents morceaux.

Parler d’autres titres tel que Set Me On Fire, To Late : Frozen ou Blood And Fire pour leur aspect plus "énergique", plus "sauvage", plus "rapide" sans évoquer que cette "énergie", cette "sauvagerie", cette "rapidité", ne venant certainement pas nuire à l'ambiance de cette romance charmeuse que constitue cet album, est somme toute, assez relative, serait trompeur. En vérité seuls certains passages de We Hate Everyone, et surtout un Kill All the White People véloce, dernier relents Punk-Rock/Thrashy, viennent quelque peu déséquilibrer cette aubade. Ce dernier, ultime crachat aux visages de ceux qui accusèrent le groupe de sympathie fasciste, tente de discréditer ces accusations en prenant l’apostolat inverse, défendant un extrémisme prônant la suprématie du peuple noir.

L’atmosphère chargée de morceaux aux climats pesants de ce Bloody Kisses donne naissance à de profondes impressions délicieuses. Ces émois délectables se mêlent à ceux déstabilisant où l’étrangeté d’une folie douce n’est pas très loin. Peter Steele, en maître de cérémonie habile, vient semer ce trouble en complétant son œuvre par de petits instrumentaux aussi déroutants qu’incompréhensibles, aussi déstabilisants qu’inaccoutumés. Ces morceaux tels Machine Screw, Fay Wray Come Out and Play, Dark Side of the Womb, 3.O.I.F, qui donnent à entendre des machines ronflantes, des bébés hurlants et des femmes soit en mauvaises postures, soit en plein orgasme, sont autant de petites pièces qui viennent s’insérer parfaitement dans un puzzle aliénant, porte ouverte sur l’esprit troublé du chanteur. Imprégnant son auditoire de toutes ses émotions (romance, folie, mélancolie, …), l’homme peint ici un tableau complexe qui lui ressemble et, pour peu qu’on se laisse séduire, dans lequel on retrouvera forcément un peu de soi.

Cette lenteur, maintes fois évoquée, de mélodies lascives aux chants dramatiques sur fond de riffs indolents, marque sans conteste la moëlle naissante d’un style, faisant de ces particularités identitaires propres à Type O Negative, les références d’une frange de musiciens non négligeables. Si on peut parler d’inspiration évidente, on peut aussi évoquer bien plus que cela tant l’empreinte du groupe New Yorkais est, aujourd’hui encore, bien présente, telles des stigmates obligatoires, dans nombre d’œuvres. Ainsi on ne peut écouter The 69 Eyes, Him, Michelle Darkness, et d’autres encore sans immédiatement penser aux quatre de Brooklyn. Preuve en est que si Type O Negative n’est pas tout à fait une légende, en faisant de ce Bloody Kisses une œuvre historique incontournable, il pourrait bien le devenir.

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