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Cet album, qui succède au très encensé "Aenima", constitue pour moi le sommet de la carrière de ce groupe ô combien atypique qu'est Tool. Plus difficile d'accès que son prédécesseur, il est aussi plus complet, plus maîtrisé, car il ne s'égare jamais de sa ligne directrice et vous tient en haleine tout au long de ses soixante-dix minutes. "Lateralus" est un album très long, au son froid et assez synthétique, qui s'articule autour de pièces musicales allant de six à dix minutes et séparées par de courtes plages de transition. Les schémas qui sous-tendent les compositions échappent à toute analyse logique, rendant la mémorisation des structures et des morceaux des plus ardues. Autrement dit, on n'aborde pas ce disque comme un album de punk; ici, rien n'est immédiat, et ce n'est qu'au fil des écoutes que l'on finit par apprécier pleinement toutes les richesses de cette oeuvre. L'auditeur attentif et curieux, qui fera l'effort de prendre quelques heures de son temps pour se passer "Lateralus" au casque, dans le calme le plus absolu, sera récompensé au centuple car il découvrira une oeuvre d'art finement ciselée, où rien n'est laissé au hasard, où chaque élément trouve sa place dans un foisonnement parfois incroyable mais toujours cohérent. Cet album est un grand huit musical, servi par des musiciens en état de grâce, qui couvre quasiment l'intégralité du spectre métal. Tour à tour extrêmement violent ("Ticks & Leeches") ou d'une touchante fragilité ("The Patient), accrocheur ("Schism") ou hermétique ("Lateralis"), voire franchement barré et incompréhensible ("Triad"), rarement un disque aura exploré autant de facettes différentes sans pour autant dévier de son propos. Attention, je ne parle pas de violence tel qu'un fan de death pourrait l'entendre, mais d'une violence retenue, maîtrisée, sourde, et donc extrêmement inquiétante, qui résonne au plus profond de nous sans jamais exploser. Et lorsque la voix se fait caresse ou murmure, la tension ne baisse pas pour autant puisqu'il est impossible de prévoir ce qui nous attend dans quelques secondes... A ce titre, l'enchaînement "Parabol"/"Parabola" est le point d'orgue de l'ensemble; le premier morceau n'est qu'une lancinante montée en puissance, tendue vers un seul but: l'explosion qui arrive avec la seconde partie, qui vous prend aux tripes et vous laisse pantelant. "Lateralus" est une boule noire, constamment en mouvement, qui se dérobe à chaque fois que vous croyiez pouvoir la saisir totalement; et loin de frustrer son auditeur, ce caractère changeant et versatile ne fait qu'attiser le désir de s'y plonger à nouveau pour retenter une expérience toujours nouvelle et enrichissante. Rarement le terme trop souvent galvaudé de chef-d'oeuvre aura été à ce point mérité. Pour conclure, permettez-moi de citer le chroniqueur de Kerrang (UK) qui avait eu la lourde tâche de chroniquer ce disque lors de sa sortie, ce qui est toujours difficile lorsqu'il s'agit d'albums nécessitant de nombreuses écoutes avant de se dévoiler: "Lateralus is not just one of the greatest records you'll listen this year, it's one of the greatest records you'll listen in your lifetime". Tout est dit.
Ne connaissant rien au côté technique de la musique en général, je vais vous décrire le ressenti que j'ai pu (et que je peux toujours) avoir lors de l'écoute de ce disque... et ce n'est pas une mince affaire car aucune musique ne m'aura autant marqué que ce "Lateralus". Cet album est tout simplement unique, au sens propre du terme, il est une de ces rares oeuvres (réellement) artistiques à posséder une ambiance, une personnalité... une âme. Il parvient a dégager des émotions, des sentiments extrêmement forts qui vous arrivent en pleine face et qui font ressortir des souvenirs que vous aviez tenté d'enfouir au plus profond de vous pour ne plus en souffrir. La fameuse "Lachrymologie", même si elle n'est pas un philosophie reconnue, est ici parfaitement représentée. L'auditeur ne ressort pas indemne d'une écoute attentive de cette musique. Il en ressort l'esprit brouillé, la tête pleine de questions mais le coeur vide, avec cette impression d'avoir visité une monde étrange, tantôt réconfortant, tantôt effrayant. Le voyage aura été unique et étrangement satisfaisant, et ce à chaque écoute. Tout ceci peut paraitre très exagérer mais celles et ceux qui ont déjà vécu cette expérience me comprendront, quand aux autres je ne peux que vivement leur conseiller de tenter ce voyage. Je vais donc conclure cette chronique en paraphrasant Mercury Shadow car, en effet, on peut attribuer a "Lateralus" le titre de chef-d'oeuvre. Cet album est l'un des plus grands albums (si ce n'est LE plus grand) qu'il vous sera donné d'entendre dans toute votre vie.
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