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N’y a-t-il pas d’injustice plus notoire que celle qui consiste, fardée d’une subjectivité suintante de mauvaise foi, d’accorder une indulgence aveugle et fanatique à certains qui, sous prétexte qu’ils surent s’illustrer en d’autres temps, sont l’objet d’un culte aussi outrageusement déplacé que pas tout à fait fondé ? N’est-ce pas proprement scandaleux alors que dans le même temps nous exigeons d’autres une perfection quasi inaccessible ?
Déifié aujourd’hui comme une relique sacrée, Timo Tolkki du bout de ces doigts divins voulut bien, autrefois, dans son infini et bienfaisante sagesse, recouvrir le monde d’offrande aussi essentiel que novatrice, qu’il déversa sur le monde ébahis dans les versets d’un excellent Visions et d’un non-moins essentiel Infinite. Au-delà de ces deux cantiques sincèrement bons et émouvants, définissant les fondements d’une dévotion assez légitime, il convient de noter que l’aveuglement inhérent à ce genre de fanatisme deviendra aussi flagrant que ridiculement grandiose. Ainsi des albums aussi moyen que Destiny, ou le très dispensable album éponyme ou encore le très surestimé diptyque Element Parts, œuvres où le messie finlandais ne su rien faire d'autre que la plus merveilleuse, la plus talentueuse et la plus belle variation sur un même thème, son propre thème, n’entacha en rien le génie immaculé de Timo auprès de fan de plus en plus sourd et de plus en plus aveugle. Même les déboires mystico-délirant du Dieu Tolkki n’y purent rien.
Si l’engouement me parait aujourd’hui quelque peu démesuré, il apparait comme une évidence nécessaire, emmitouflé dans le costume d’une certaine objectivité, de regarder les choses au travers d’une vision plus mesurée. Il est, certes, difficile de nier les aptitudes et le talent de l’homme pour les compositions dont l’inepte technicité assommante est étalée au long et au large d’albums où les redondances et l’emphase démonstratives s’enchevêtrent pour laisser l’auditeur aguerris épuisé, essoufflé, meurtris. Sans jamais, ou si peu, offrir un souffle neuf, véritable renouveau enthousiasmant, le virtuose s’acharne à nous noyer sous un déluge de complexité beau, mais souvent dénué d’émotions. Or il n’en a pas toujours été ainsi, en effet, il fut un temps ou l’homme défendait son propos au son d’un Heavy Speed Mélodique inspiré et intéressant. Si ce Dreamspace n’est pas exactement la quintessence de cette tendance, il est en assurément les prémices qui marquent le début d’une juste reconnaissance dont l’essor n’en est qu’a ces balbutiements.
Dans cet opus éminemment plus captivant que certains de ces successeurs on peut déjà sentir les effluves fugaces de ce que sera Stratovarius plus tard…bientôt…
Si les similitudes sont évidentes, il existe des différences qui, à mon sens, donne une saveur très particulière à ce disque. Tout d’abord, une complexité presque disparue, laissant place à une efficacité fraiche et directe. Ensuite, une absence quasi-totale de synthé, piano et surtout clavecin dont le sempiternel systématisme d’aujourd’hui a tendance à alourdir les morceaux et à provoquer chez l’auditeur amateur avisé un certain ennui. Pour finir, un chant de Timo Tolkki dont l’étendue ne peut, à l’évidence, pas rivaliser avec bon nombres d’autres ; mais qui offre, tout de même, une certaine tenue dont les seules limites restent, parfois, les aigus et aussi, peut-être, une certaine linéarité dans un registre où plus de nuance auraient été souhaitables. Au-delà de ça les titres démontrent déjà, et encore puisque ça n’est plus le cas aujourd’hui, très nettement un savoir faire incontestable, nous proposant les plaisirs variés de titres rapides tel Chasing Shadow dont seul le refrain est sans doute un peu trop évident, ou We Are the Future, mais aussi ceux de titres aux rythmes Heavy plus lourd dans une atmosphère quelque peu naïve de l’oppressant 4th Reich, ou ceux encore de sonorités plus Hard Rock d’un Eyes of the World ressemblant à s’y méprendre à un Eyes of the Tiger de Survivor, ou ceux également de titres plus inhabituellement sombres pour le groupe tel l’accablant Reign of Terror et son Heavy pesant. Il est intéressant, d'ailleurs, de noter que dans l’ensemble ce Dreamspace propose une certaine agressivité qui aujourd’hui à laisser place à un lyrisme mièvre dégoulinant. Si l’on excepte des morceaux assurément trop candide te le moyen Wing of Tommorow et son Hard Rock Mélodique sirupeux, ou le très étrange Thin Ice dont on ne sait que penser tant l’ambiance d’effroi qu’il semble devoir dégager est ratée, ou encore un Tear of Ice, ballade typiquement « Tolkkienne » pas totalement négligeable mais pas réellement indispensable et les quelques autres défauts déjà énoncés, on obtient, tout de même, un album plutôt plus intéressant que certains autres sortis par le groupe plus récemment.
Pour être tout à fait franc, si la démesure qui entoure notre Timo aujourd’hui est, somme toute, très excessivement agaçante, elle n’est pas totalement usurpé à l’écoute de certaine de ces œuvres, dont ce Dreamspace aux vertus plutôt agréables. Auréolé de défauts de jeunesses indéniables, ce disque n’en offre pas moins les qualités d’une efficacité directe aujourd’hui oublié au profit d’une surenchère symphonico-lyrique irritante. La simplicité ne peut avoir que des mauvais aspects. Si le compositeur finlandais pouvait s’en souvenir et revenir avec de la musique bien moins technique, bien moins démonstrative, bien moins emphatique, nul doute que son propos n’en serait que meilleur. Mais ça c’est une autre histoire…
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