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Liste des groupes Metal Progressif Steven Wilson Insurgentes
CD paru le 09 Mars 2009 - KScope
Steven Wilson : Insurgentes, chronique, tracklist, mp3, paroles

NOTE : 17/20
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Tracklist
1. Harmony Korine 5.08
2. Abandoner 4.48
3. Salvaging 8.17
4. Veneno para las Hadas 5.57
5. No Twilight within the Courts of the Sun 8.37
6. Significant Other 4.31
7. Only Child 4.24
8. Twilight Coda 3.25
9. Get all You Deserve 6.17
10. Insurgentes 3.55

Total playing time 55.19

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7,76 €
Chronique
19 / 20
    Eternalis, le Mardi 24 Mars 2009 parlez-en à vos amis  
Construire à travers la destruction. Dévoiler la beauté de la noirceur. Une expressivité toujours plus grande malgré un minimalisme de plus en plus présent. Un talent se renouvelant sans cesse, non sans une certaine impertinence, presque un affront à une scène cherchant en vain une issue de secours…le premier album de Steven Wilson vient de provoquer une décharge d’adrénaline et de frissons comme nous étions en droit de nous attendre, mais sans doute pas de la même manière.

Toute sa vie, à travers les expérimentations de Porcupine Tree, No-Man ou Blackfield, Steven Wilson n’aura cessé de repousser toujours plus loin des limites qui nous paraissent bien obscures. Dépasser ce que les autres font, aller plus loin que ce que la scène peut offrir, c’est ainsi que l’on peut ressentir ce très mélancolique Insurgentes, s’offrant le luxe d’entrer dans un univers que son fondateur n’avait qu’à peine effleuré sur le dernier opus en date du porc-épic, le fabuleux "Fear of a Blank Planet".
Car si les précédents projets gardaient presque tous un socle hybride entre pop et metal, il n’en est presque rien ici, mis à part quelques sporadiques interventions bien plus lumineuses que le reste du disque ("Harmony Korine", "Signifiant Other"). Tout en étant infiniment noire, la musique dépeinte sur ce disque ne se voudra à aucun moment violente, mais plutôt l’expression de la plus infinie des tristesses, la douleur intérieure qui nous arrache littéralement les boyaux, la sincérité qui nous paraît si juste qu’elle refoule en nous les périodes les plus sombres de notre vie.

D’un point de vue musical, jamais le spectre sonore n’aura été aussi décharné, laissant à peine apparaître la forme fantomatique de quelques guitares, souvent effacées au profit de nappes ambiantes et effrayantes de claviers et de samples inspirées par le drone que ne renierait pas l’inhumain SunnO))).
Il n’y a qu’à plonger dans l’horrifique "Abandoner" pour s’en convaincre. Au détour d’une boucle électronique aussi simple qu’aliénante, le chant si précieux et désabusé de Steven Wilson nous confronte à ce sentiment, non pas de réel désespoir, mais de fatigue, comme s’il était au bout du rouleau face à ce monde qui ne lui ressemble plus. Aucune guitare ne viendra sur ce titre, mais une épaisse masse de samples emplira l’espace sonore, nous étouffera et broiera ce qu’il restait encore de beau en nous, pour nous plonger définitivement dans cette noirceur dont on ne peut ressortir, une noirceur qui nous imprègne, nous traverse et nous hante, une noirceur qui nous semble étrangement personnelle car d’une incroyable sincérité.

La teneur minimaliste de l’album n’empêchera pas la musique d’être foncièrement expérimentale et très difficile d’accès.
L’exceptionnel "Salvaging", multipliant les subtilités d’interprétation et voyant le génial claviériste de Dream Theater Jordan Rudess faire une apparition, est un voyage à lui seul. Les guitares lourdes et très rock, le chant habité de Steven et les solos psychédéliques au possible de Rudess (quel musicien incroyable !) tranchent votre esprit et vous balancent au visage le ridicule de votre existence ainsi que son inutilité. Et pourtant, qu’entend-on ? L’orchestre de Londres poser une atmosphère idyllique et pleine de paix dans ce monde infiniment sombre. Un passage symphonique qui nous emmène, le temps de deux infimes minutes dans les confins de la beauté de l’art, avant de se faire inexorablement rattraper par la sentence de ces influences drone suffocantes qui, petit à petit, étouffe l’orchestre et la beauté pour imposer les ténèbres.
Un morceau incroyable de variation, autant musicale qu’émotionnelle, nous baladant en quelques huit minutes.

On retrouve Rudess sur le non moins génial "No Twilight Within The Courts Of The Sun", où l’influence de Pink Floyd se fait plus présente que jamais. Les solos de guitares saturés et psychédéliques, hurlant un déséquilibre mental contagieux, se marient avec les vocaux d’un Wilson plus éreinté que jamais, proche de la narration.
Quand à "Vereno Para Las Hadas", l’on n’aura jamais tant ressenti une sensation de vide que sur cette composition. Les quelques notes de piano, mises en valeur par des nappes de claviers étranges et planantes, servent de support au chant enivrant et splendide du prodige (les larmes coulent…). Son chant, semblant être une torture à son auteur, comme arraché de ses lèvres, dévoile une mélancolie dans son sens le plus noble du terme, proche du spleen le plus pur. Fermer les yeux, voyager dans les ténèbres, dans le vide et l’espace…sans espoir de retour, le titre le plus éprouvant, original et beau d’"Insurgentes".

Steven Wilson offre un disque là où on ne l’attendait pas du tout, car personne ne pouvait s’attendre à une telle dose de vide dans son album. "Get All You Deserve" est, avec "Vereno Para Las Hadas", le morceau le plus effrayant de par sa sensation d’être plongé dans un immense trou noir sans fond, notamment grâce au chant de Steven qui offre l’impression de n’être que le témoin, et non la victime, de sa propre chute. Mais comparé à l’autre titre, uniforme, ce dernier subit une tension latente grandissant avec le temps. A l’instar d’"Abandoner", les influences bruitistes et expérimentales du drone prennent peu à peu le pas sur les chœurs subtiles et gracieux pour semer un chaos sans souffrance ni haine.

"Insurgentes", en plus de la singularité de sa musique, se livre de plus sous un packaging des plus travaillés, et offre un livret d’une rare beauté, où il ne manquera que les textes pour que l’on puisse le nommer parfait. Au détour de splendides illustrations de poupées momifiées, des décors époustouflants d’une cathédrale ou des plaines désertiques de notre belle planète, le livret, respirant ce vide au travers de la grandeur de ses images, se veut le parfait complément visuel de la musique.
Une très grande œuvre, que les admirateurs de Porcupine Tree auront peut-être du mal à accepter de prime, mais qui a bien plus à offrir qu’un simple album de musique.
A l’égal du jugement dernier, "Insurgentes" évoque le vide et la non-existence d’une civilisation mettant tout en œuvre à sa propre autodestruction. Prions pour ne jamais vivre ce que nous ressentons à l’écoute de ce disque, sous peine de l’irrémédiable…


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