Ótta

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Nom du groupe Sólstafir
Nom de l'album Ótta
Type Album
Date de parution 29 Août 2014
Style MusicalMetal Atmosphérique
Membres possèdant cet album78

Tracklist

1. Lágnætti 08:44
2. Ótta 09:38
3. Rismál 04:24
4. Dagmál 05:39
5. Miðdegi 04:18
6. Nón 07:47
7. Miðaftann 05:39
8. Náttmál 11:15
Bonustracks Deluxe Edition
9. Tiberi 06:31
10. Till Valhalar 05:41
11. Otta "Elevator Mix" 08:56
Total playing time 1:17:15

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Sólstafir


Chronique @ AlonewithL

22 Septembre 2014

Solstafir n’est plus l’être fou que l’on connait.

Le maniaque est un fou du rangement, de la propreté. Au fin fond de sa conscience la moindre petite chose doit être à sa place, étincelant. C’est plus qu’une coutume, c’est un véritable tic nerveux, qui peut offusquer ses semblables. Au sein des metalleux, il existe d’autres phénomènes de la même espèce ; peut-être moins habiles avec un balai et un seau, mais des acharnés du classement des genres et des sous-genres. Il s’évertuera à classer tel ou tel groupe, jusqu’à se retrouver face à une pièce de « Solstafir ». Là, il sera confronté à un véritable dilemme. On trouve des genres divers est variés pour cataloguer ce groupe islandais, bien connu pour son metal excentrique, barré et expérimental explorant des contrées vikings. Or, cet afflux d’énergie incontrôlé est en passe de se discipliner, de s’assagir. L’album de 2011 « Svartir Sandar » donnait déjà des signes de changement de comportement, des signes de dépression. « Solstafir » n’est plus l’être fou que l’on connait.

Quelques années plus tard, on ne parle plus de signes, mais bien d’état, transparaissant d’ailleurs sur la couverture du nouvel album, « Ótta », illustrée par une belle photo de Ragnar Axelsson, spécialiste de la photographie en noir et blanc, et en milieu polaire. Le titre du volume en question est aussi là pour nous aiguiller, signifiant « craintes », « peurs » en islandais. Ne soyez donc pas étonnés de l’univers morose que vous y trouverez. « Solstafir » a mué. Sa peau est devenue lisse et froide. Curieux de son environnement, il se tourne désormais sur sa propre personne. Il nous inquiète, nous interroge. Le schizophrène s’étant débattu contre les forces naturelles, se laisse pour ainsi dire mourir, vaincu par les réalités.

On évoquait le froid, mais il est clair que la mise en route du volume, à commencer par « Lágnætti », va jeter illico un froid chez l’auditeur, et plus certainement encore chez l’inconditionnel de « Solstafir ». Dans cette musique lente, atmosphérique, attristée, il pourra y percevoir une sorte de croisement entre « Anathema » et « Porcupine Tree ». Le contenu se révèle très éthéré, sujet à la sinistrose. Le chant d’Aðalbjörn Tryggvason fait également preuve de cette étrange résolution, qui bâtit de pierres grises et tendres le dit ouvrage, sous l’éclairage sommaire du piano et de violons, sous une forme classique. Cette musique vaporeuse, légère et envoutante, montrera toutefois quelques signes de nervosité par un grondement vibrant, ce qui permettra une forme d’évasion par la suite par des mélodies plus constantes et prononcées. Nous nous accordons vite autour du sentiment de fragilité pour décrire notre écoute de l’œuvre. « Lágnætti » est un extrait éloquent, mais « Miðaftann » l’est plus encore. Il n’y a aucune variante, aucune sorte de révolte dans celui-là. Tout n’est que frissonnement et extrême sensibilité. Le chant lent est pour ainsi dire balloté par les notes ténues de piano.

Comme on peut le remarquer, le piano, mais aussi les violons en fond sonore, jouent un rôle de premier ordre sur « Ótta ». Ce sont des instruments appropriés pour représenter la tristesse, la dépression. On perçoit bien le lointain frottement des violons sur le titre éponyme, mais il se singularisera par l’irruption d’un tout autre instrument, pas des plus communs. En effet, sur « Otta » on entend émerger le banjo. Pas un banjo joyeux et rassurant, mais totalement sous la maîtrise des brumes de ces lieux. Pour peu on croirait avoir affaire à du « A Pale Horse Named Death », mêlant cette illusion de total abandon et folklore américain. Nous nous rendons compte tout le long de l’écoute de notre éloignement des bastions de la mer du nord. C’est un parcours sentimental, tortueux auquel ils nous convient. « Náttmál » illustre parfaitement ce qui semble être une dérive, tout d’abord par son entame grinçante, pour ses changements de rythme, l’apparition subtile de l’orgue aussi. Le tiers fin de la piste précipite tout. Cela s’affole, puis ça bascule dans le néant.

La déprime, la désolation, sont éminemment présentes sur certains morceaux. C’est le cas du très grave « Rismál ». Le chant, parfois écarté des instruments, mis en léger écho, les riffs résonnants et placides des guitares renforcent l’impression de solitude, de se retrouver démuni. La même opération est effectuée par les guitares sur « Nón ». On y retient cette même résonnance, mais les intervenants sont beaucoup plus investis, et vivants. Mis à part de petites pauses atmosphériques tout en délicatesse, le jeu se révèle intense et particulièrement réactif. Le dernier tiers est en quelque sorte une apothéose, inspiré du rock psychédélique des années 70. Du moins juste avant de se laisser charmer par la douceur du piano. Nous pouvons retenir « Nón » comme un extrait parmi les plus motivés de l’album, tout comme « Dagmál», titre emballant qui privilégie d’une rythmique constante et d’un chant plus affermi. Il ne va pas sans dire que « Miðdegi » montre le meilleur exemple par un post rock grésillant et déterminé, mettant bien en avant la basse.

Fini les rêves délirants, les excès, les tournis à vous faire choper la nausée. « Solstafir » a fait une croix sur son passé. Son présent est dévoré par le calme, les incertitudes, les doutes, la mélancolie. « Ótta » marque assurément un tournant dans leur carrière. Il apparait comme une suite quasi-logique à « Svartir Sandar », qui laissait déjà entrevoir une musique plus pesante, néanmoins il est fort peu probable que le contenu d’« Ótta » ait pu être prévisible. Le virement est radical. L’originalité de « Solstafir », son impétuosité, tout ce qui le rendait imprévisible, en prennent un coup. Cependant, bien qu’interloquante, la mutation opérée s’avère on ne peut plus convaincante. Sa musique désormais déprimante, naviguant entre post rock, rock atmosphérique, prog, est un réceptacle idéal de toutes nos idées noires. Le maniaque a le cafard.

15/20

9 Commentaires

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fred13 - 23 Septembre 2014: la musique ressemble à la pochette ou inversement. tout nous emporte dans ce pays calme ,pluvieux, venteux. laissons nous emporter mais pas déprimer. ceci étant c'est un pays ou il fait nuit six mois par an
lycaon - 27 Septembre 2014: Personnellement,je suis déçu. Pas de problème,le groupe peut évoluer et/ou lever le pied mais c'est surtout une grosse panne d'inspiration qui fait défaut par rapport au magnifique "Svartir Sandar".
Mourvairdre - 11 Octobre 2014: Pareil, je suis assez déçu et j'ai eu nettement mois de frissons avec cet album. Les ayant vu au hellfest je ne m'attendais pas à ça. Dommage, ça reste évidemment écoutable mais l'inspiration et les grandes envolées ne sont plus là.
qlaim - 05 Décembre 2014: Merci pour cette belle chronique. Pour ma part je suis sous le charme de cet album. J'ai décidé de me faire la discographie complète, en une journée. Oui ils ont évolué, clairement. Pour ma part, je préfère de loin les deux derniers albums aux premiers. Les deux sont exceptionnels à mes yeux, et suscitent des émotions bien différentes.
Je n'ai jeté aucune chanson de Otta.
J'aime tout simplement.
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Chronique @ tigrex_noir

29 Septembre 2016

Otta est la voie de la peur et du désespoir - Solstafir inaugure ainsi sa nouvelle aube

Lorsqu’un esprit avance sur son chemin, sans s’abandonner, sans chuter, sans se remettre en question malgré les incessants obstacles jonchant le sol de la tortueuse route de la vie, il évolue indubitablement. Murir n’a jamais été une vérité psychologique, mais seulement l’aboutissement d’un Voyage Initiatique Spirituel avant tout personnel. Dans le monde des arts - surtout ceux de la musique, de la création plastique (sous toutes formes) et de la littérature – on ne peut fermer les yeux sur l’évolution de tous artistes confondus. Et Solstafir a atteint ce stade d’évolution où sa propre mue l’a transformé en une autre entité spirituelle. L’intimisme d’un leader dans un groupe aide grandement à sa richesse musicale, chose que Nightwish a bien comprise. Mais qu’en est-il de l’intimisme de tous les membres d’un groupe réunis en une œuvre musicale ?

Solstafir faisait partie de ces groupes qui nous peignaient dans leur passé des fabuleux paysages vikings, mais qui, avec leur dernier opus « Otta », regarde vers l’avant sous une atmosphère nouvelle. La folie d’antan n’est plus, laissant place aux questionnements des limbes du temps écorchant la vie de tous êtres. Ainsi, la mélancolie, la peur, l’évasion prennent place au sein de Solstafir. Dans ce dernier opus, tous les éléments traités sur les morceaux sont liés à un même mot maître du jeu : « Otta » qui signifie en islandais « La peur », « La crainte », le tout mêlé à un ancien système de mesure du temps constituant une journée en huit étapes – Un album en huit morceaux.

Dès le début, « Lagnaetti » démarre au plus calme, nous laissant le temps de nous immerger dans cette nouvelle atmosphère, ambiance glaciale. Car oui, « Lagnaetti » est un morceau glacial, évoquant la solitude, mais aussi la fraîcheur matinale. Ce moment où la journée se réveille tout en restant sous le ciel nocturne. Pourtant, « Lagnaetti » s’accélère pour devenir une sorte d’apothéose, il finit par nous réchauffer, pour mieux nous introduire dans ce nouveau paysage musical islandais. Arrive la deuxième partie de la journée islandaise, « Otta », titre éponyme de l’album, mais aussi celui qui lie le désespoir évoqué sur les autres morceaux, et pour définir cela, les instruments jouent parfaitement leur rôle, entre un chant puissant tout en restant calme, exprimant la mélancolie, avec les échos lointains de violons accablant la tristesse, jusqu’à dessiner les brumes islandaises de la tristesse.

Mais, le jour se lève enfin avec « Rismal », morceau très grave tout comme la désolation spirituelle, la dépression exprimée en ce morceau. « Rismal » hurle sa ruine par des sonorités puissantes, étouffées et agressives. Pourtant « Rismal » s’introduit dans un murmure silencieux, presque étouffé. Non, ce qui est agressif dans « Rismal » c’est la hurlante solitude interprétée par les puissants riffs de guitares faisant écho et réponse aux chants mélancoliques d’Addi. Le chanteur murmure, se lamente, et les guitares hurlent, et se lamentent aussi. Cette solitude se maintient avec la quatrième étape de la journée, « Dagmal », qui réchauffe l’île d’Islande par des sonorités plus rapides, puissantes, et un chant qui ne murmure plus, mais qui s’exclame en haut de la falaise bercée par la brume. La cinquième étape de la journée, « Middegi », s’assume encore plus, Addi hurle, et les instruments aussi. Tout se marie pour hurler la peine, les craintes et la souffrance. On veut se battre contre Otta. On veut continuer à avancer, et l’agressivité sonore de ce titre Post-rock fait trembler le chemin. « Non » annonce la fin de la journée islandaise. Le titre est plus long et plus soutenu, et la mélancolie perdure, la résonance des précédents morceaux se tient mais elle s’adoucit.

Puis, lentement, la nuit tombe, la journée islandaise arrive bientôt à la fin, « Midaftann » nous l’illustre fabuleusement avec son introduction apaisante, nous laissant contempler le crépuscule islandais. Le soleil se couche, la bataille contre la mélancolie s’apaise. On murmure à nouveau, car on a pris conscience de certaines choses en nous. Et pourtant, la mélancolie perdure, encore et toujours, comme s’il s’agissait du reflet de notre ombre, ou alors, notre ombre elle-même. Le piano reflète cette sinistre mélancolie, mais il dessine une mélancolie plus adoucie, moins violente. Puisqu’Addi chante avec la mélancolie, est-il devenu lui-même la mélancolie ? Possible, son chant lointain est si puissant et calme qu’il exprime une tristesse assumée, intimiste, et cette fois-ci, les violons s’assument bien plus. Ils ne se cachent plus, ils sont en première ligne afin de nous affirmer qu’Otta règne encore en maître, et a pris possession de sa proie, à moins que cela ne soit l’inverse ?

Enfin, la nuit est tombée… « Nattmal » nous plonge dans l’aveuglement de la nuit. On se sent encore plus perdu, et pourtant, on ne panique pas, on reste calme, posé, mais quelque chose a changé en nous. Ce morceau est le plus long de l’album, et le tout dernier, son apothéose. Il assemble tout ce qui a été évoqué, travaillé, traité tout au long de la journée. Le groupe s’assume enfin sur un chemin brumeux, au milieu de l’île. Quittant sa folie d’antan, il fixe l’horizon, à la recherche d’un but lui étant propre.

« Otta » reste ainsi l’aboutissement d’une carrière sans en être sa fin. L’album tourne définitivement une nouvelle page pour le groupe, un nouveau chemin se dresse devant lui. A présent, les paysages de son Voyage Initiatique Spirituel lui permettent de vagabonder vers les contrées silencieuses où leurs hurlements de peines s’étoufferont dans les secrets de l’atmosphère mélancolique de l’île. Solstafir a su évoluer avec Otta, dans une voie remplie de mélancolie, de désespoir, de peurs et d’incertitudes. Qui donc peut savoir où ce chemin mènera le groupe ? Personne ni même Solstafir ne peut le savoir. Le groupe avait besoin de paysages où hurler sa peine, il ne nous reste alors qu’à le suivre au bout de ce voyage sinistre.

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Commentaire @ MetalAssBender

12 Septembre 2014

Solstafir, le volcan islandais en permanente éruption

Si je devais résumer cet album en un mot, je dirais "parfait". Certains diront que je ne suis pas objectif, certes, que Solstafir faisait du Black Metal et qu'aujourd'hui, il fait n'importe quoi. N'en déplaise aux fans du Solstafir de la première heure, si l'on sait ce qu'on veut écouter, qu'on aime ce post-rock atmosphérique teinté de folk, alors, on ne peut que tomber sous le charme du dernier né du groupe islandais.

Après l'exceptionnel Svartir Sandar, je pensais que le groupe nous sortirait un album un ton en deçà, et bien non. Force est de constater que les Islandais se sont appliqués à nous livrer un album dans la continuité mais d'un sacré niveau. Aux ambiances déjà vécues dans le précédent opus, s'ajoutent ici de nouvelles sonorités, plus folk, plus douces, mais qui n'entament pas le moins du monde la puissance éruptive du combo. On y croisera des lignes de piano bien mélodiques, du banjo, instruments traditionnel islandais s'il en est (c'est une joke au cas où...). Bref, on garde la même ambiance un peu apocalyptique cauchemardesque, teintée d'une mélancolie sans limite et on y laisse cette touche d'agressivité et de puissance qui faisait le bonheur de Svartir Sandar.

Le magnifique Otta est un condensé de ce nouvel élan, de cette nouvelle éruption que nous livre le groupe. Tout ici est pesé, ressenti et pourtant, tout laisse penser qu'on navigue vers l'inconnu, que tout est joué sans partition tellement les sonorités et les mélodies s'enchainent avec régal. J'ai beau chercher, je ne vois rien de négatif à en dire. Tout comme son prédécesseur, Svartir Sandar, Otta installe Solstafir sur un piédestal. Alors oui, certains pourront trouver que l'approche est plus directe, que le son est plus "accessible". Et alors ? Faut-il automatiquement que la musique soit compliquée, inaccessible, pour qu'elle soit grandiose ?

Solstafir, à mon avis, s'installe durablement dans les groupes qui comptent sur la scène mondiale. Quand on sait la qualité de leurs prestations live, on ne peut qu'espérer que les Islandais continueront sur cette voie.

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mechandemonkilltoulmonde - 24 Mars 2016: Excellente chronique. Tout est dit: cet album est sublime et frise la perfection.
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