Novembre 1998, Zénith de Paris.
Slayer est tête d'affiche en compagnie d'un
Sepultura au nouveau frontman, et d'un jeune groupe de peinturlurés - alors peu populaires - nommé
System Of A Down. Une soirée assez emblématique de cette fin de 90's, période de changement pour le monde du metal, où mêmes les grands pontes du Thrash/Death cèdaient aux sirènes des mid-tempos et des accordages dropés.
Retour arrière.
Quelques mois plus tôt sort
Diabolus in Musica, successeur du cover album que l'on sait. Si
Undisputed Attitude faisait clairement office de règlement de compte à la scène punk-rock de l'époque (celle de Green Day et de The Offspring), il est difficile d'affirmer là si l'objet de ce nouvel opus, plutôt orienté hardcore vous l'aurez compris, est également de remettre à sa place cette vague de groupes de Neo qui pullulent depuis l'explosion des
Korn et autres
Deftones. Nonobstant il s'agit bien là du 8è LP studio de
Slayer.
2 coups de charley pour la mise en bouche, et l'album s'ouvre sur un gros riff hardcore, simple et bien lourd, digne de la Marche des SOD. La production clean et stéroïdée envoie sacrément (c'était à la mode dans ces années-là, tout l'opposé de
World Painted Blood en somme), et notamment celle de la batterie de Bostaph, au jeu carré mais plus aéré que celui du Drum
God.
Fin de l'intro. Bitter Peace nous explose à la tronche, et se déroule façon Thrash moderne. Ca transpire le bon
Slayer jusque-là.
La suite, disons-le clairement, sera non-pas fade mais nettement plus simple et directe. Au menu une bonne dose de mid-tempos (Screaming From The Sky, Love To
Hate,
Stain of Mind), agrémentés d'effluves punk-hardcore (Death's
Head, Scrum), péché mignon du sieur Hanneman comme chacun sait. Ca dégoulinerait presque le nü-metal (c'était à la mode aussi...), mais c'est diablement efficace, efficacité garantie (surtout) en live.
Hormis
Desire, ersatz de
Dead Skin Mask, cette galette nous réserve quelques bonnes surprises. Notamment un Overt Enemy à la sauce street-core façon
Body Count, qui ravira les fans de l'album
Born Dead. Une track assez unique dans toute la disco du combo de LA. On se pourlèchera aussi avec
In the Name of God : ambiance torturée limite oppressante, wah jouissive sur les soli, riff qui déboîte pour conclure, bref du tout bon.
La tuerie de cette livrée de 1998 se nomme Wicked (avec supplément édition limitée pour pouvoir y goûter...), un morceau qui n'a pas pris un micron de ride.
Slayer nous offre là une pépite heavy quasi-prog (6 minutes), se scindant en deux parties aux structures différentes (binaire puis ternaire), et basées sur des riffs lancinants donnant la cohérence à l'ensemble. Cela évoque de nos jours du
Mastodon, alors inconnu à cette période.
Enfin, en guise de digeo, les californiens parachèvent le job par...un morceau bien speed comme à l'accoutumée, ce Point final ne peut décevoir quelque thrasheur que ce soit.
En résumé un album de bonne facture, aux sonorités hardcore totalement assumées, et pas franchement surprenantes quand on connaît le groupe et le contexte du moment.
Diabolus in Musica divisa pas mal de fans à sa sortie, l'empreinte slayerienne reste toutefois parfaitement indéniable, et se prolongera sur
God Hates Us All...Avant un retour aux sources - peu inspiré - sur
Christ Illusion.
14/20