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L’oracle onirique ! Mystic Places of Dawn, premier album de SEPTIC FLESH, vaut en effet non tant pour ce qu’il est que pour ce qu’il présage.
Certes, il manque un peu de chair ; celle-ci nous semble étendue, étirée dans une élasticité presque déchirée. Mais l’avantage est de rendre plus saillante la rhétorique dont les Grecs useront dans leurs albums suivants. Non que le groupe présente toujours ses mélodies dans le même ordre : l’originalité tant stratégique que tactique, structurale que technique, de leur art, est d’ores et déjà légendaire. Mais il est des influences, des racines, des thématiques, dont nous ne nous départissons jamais. Leur exposition donne toute sa valeur à Mystic Places of Dawn, qui sans cela paraitrait terne face au poli et au brillant fabuleux, sombre ou pourpre, pourpre et sombre, de tous les albums postérieur du groupe.
WAGNER est le musicien dont l’influence est la plus ostensible sur SEPTIC FLESH. Ainsi de sa méthodes des leitmotivs musicaux. De même que WAGNER, avant que le leitmotiv d’un personnage éclate dans toute sa précision, pur de tout alliage, avant que le personnage apparaisse, nous l’introduit musicalement, fondu dans d’autres leitmotivs, de même SEPTIC FLESH avance une mélodie timide, la désharmonise en la rendant hésitante, hoquetante, la place sous le patronage d’autres notes plus sûres, enfin nous la découvre dans un refrain auguste, impérieux, épurée et brasiée de tous feux.
Mais un tel éclat pyrotechnique résulte du caractère intellectualiste de la musique de SEPTIC FLESH. En effet, celle-ci ne vise pas à l’expression immédiate de la sensation, mais à celle de tout ce que la sensation peut éveiller en l’auditeur de plus profond, d’essentiel. Toutefois, le refus est absolu de s’enfuir dans des schèmes abstraits, dénués. La pensée, par la nature même de la musique, demeure d’une réalité charnelle. C’est en ce sens que l’art de SEPTIC FLESH peut être défini comme l’onirisme, et le groupe surnommé THE DREAMLORD. Voici l’explication de l’amour de Spiros, Chris et Sotiris pour l’oxymore, seule expression fiable de l’union salvatrice entre le rêve et la réalité. Tel est le secret, enfin, d’une puissance d’évocation qui s’impose à l’auditeur.
Les textes ressortent de la même ambition et d’une technicité identique. Ils traitent de la mélancolie face aux visions du Passé, de l’Histoire la plus majestueuse, des visions de la Science la plus ésotérique, celle de la philosophie alexandrine la plus antique (qui a évoqué les Stromates de Clément d’Alexandrie ?), puisque d’Alexandrie rayonna le dernier feu spirituel grec antique. Mais, comme sur la pochette, dans le livret, sur les photos du groupe, toute cette poésie demeure baignée d’un nimbe doré, plus précisément de ce fond doré comme issu des catacombes, à proprement parler cryptique, qui distingue l’art chrétien byzantin de l’art gothique, et dont l’Islam ne constitue qu’une décadence rationaliste.
La vitalité de la recherche poétique, et cette mélancolie infinie, sont purement occidentales. Mais la Gnose recherchée se révèle d’une substance orientale. Ces Hellènes ont découvert le secret d’un syncrétisme merveilleux : ce ne sont pas des Occidentaux d’Orient, mais des Orientaux d’Occident. Puisse la Grèce consacrer l’avenir le plus sain du Metal extrême.
13 /20 pour ceux qui ignorent encore SEPTIC FLESH
17 /20 pour les fans
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