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Esoptron (transposé ici dans la calligraphie latine) signifie en grec ancien "miroir de l’âme". L’exergue en est "Dark Romanticism and Ancient Memories" : Romantisme noir et Souvenirs antiques. Mais ce qui importe est de savoir la valeur nominative, c’est-à-dire le sens exact, que les Grecs de SEPTIC FLESH prêtent à ces termes.
Or, l’originalité doublée de la qualité y sont inouïes !
Cette musique, en effet, appartient à l’Orient orthodoxe, civilisation que les érudits nomment "magique", par différentiation de la nôtre, dite "gothique".
Esoptron dans son essence luit donc de ces fonds dorés des icônes byzantines, mais dont la révélation, issue des catacombes, a conservé ce caractère cryptique, qui offre aux nimbes des reflets mordorés. Un Dieu, une divinité qui parle comme d’un infini caverneux, brun, rouge et or. Ce sont aussi ces catacombes qui conservent ces images, ces visions d’un passé lointain, mais présent dans ces cadavres pourrissants qu’on y croise.
Et pourtant, quelle vitalité charnelle dans ce souffle divin d’outre-terre. Tout l’art de SEPTIC FLESH est ainsi résumé.
Une musique mid tempo, profondément doom, agrémentée de quelques rares accélérations, humide, aqueuse et d’une résonnance sourde, une voix death monstrueusement caverneuse, des chants clairs et des chœurs d’une respiration infinie, sans haleine, qui rappellent ces interminables messes orthodoxes. Oui, un art musical cryptique justement ! mais plein d’arabesques fabuleuses, d’une polyphonie horizontale, c’est-à-dire sans hiérarchie, et ordonnée. Seul le dernier morceau, le plus original par ailleurs, - alliance simultanée de musiques grecques archaïques, eschyléennes, antiques, de death metal mélodique, et de chant grégorien gothique, - révèle par sa nature le syncrétisme étrange et étonnant, merveilleux aussi, des civilisations magique et gothique.
Les paroles sont des poèmes métaphoriques et surtout oxymoriques. De fait, le goût de l’oxymore ne fera que s’accroître dans les albums suivants (The Ophidian Wheel en est un gigantesque). À quoi bon détailler leurs richesses infinies, lorsque chacun mériterait une chronique ? Ce serait une insulte. Évoquons seulement que, fidèles au titre de l’album, ils désirent nous inviter à une introspection, un voyage en notre for, afin d’y déceler notre âme contre le vide des objets, des choses extérieures. Seconde étape, "inner view, inner mirror", SEPTIC FLESH désire nous apprendre à échanger une morale plébéienne de grenouille voulant à tout prix éliminer les aspérités de la vie, contre une morale aristocratique, une perspective souveraine. Celle-ci nous permet alors de comprendre le poids de l’être pour le supporter dans un orgueil terrible. En un mot, il ne s’agit plus d’esquiver le Destin, ce qui est impossible, dès lors ridicule, mais de le prendre à pleines mains, de l’accepter. Ce sera le seul chemin afin un jour de l’ordonner quelque peu. Mais l’Ordre du Destin supporté est à lui seul un titre de noblesse.
L’ordonner quelque peu : ici est le Romantisme. Sa noirceur est cryptique. L’acceptation lucide et heureuse du Destin : là se révèle les souvenirs antiques, une Sagesse plurimillénaire.
En compagnie de Kostas (session) à la batterie, le groupe, sur ce deuxième album, est uniquement composé de Spiros au chant guttural (death) et à la basse, et de Sotiris au chant clair, aux guitares et au synthé. Exceptionnellement, Sotiris est l’unique auteur et compositeur d’Esoptron. Mais Spiros est un peintre et artiste de même envergure. Il a créé la pochette de l’album, et toutes sa plastique. Autant dire qu’elle se lie à la perfection à l’architecture musicale et poétique de Sotiris : vous ne la quitterez plus des yeux lors de l’écoute. Elle est abyssale, une spirale…
Je vous souhaite la fraîcheur d’Esoptron ; je vous souhaite de connaître SEPTIC FLESH.
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