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Peste Noire La Sanie des Siècles - Panégyrique de la Dégénérescence |  |
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| CD paru le 02 Aout 2006 - De Profundis Editions |

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1. Nous Sommes Fanés 2.18
2. Le Mort Joyeux 4.40
3. Laus Tibi Domine 6.57
4. Spleen 5.48
5. Phalènes et Pestilence - Salvatrice Averse 11.46
6. Retour de Flamme (Hooligan Black Metal) 4.18
7. Dueil Angoisseus (Christine de Pisan, 1362-1431) 7.02
8. Des Médecins Malades et des Saints Séquestrés 9.09
Total playing time 51.58 |
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| Chronique |
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Le moins qu'on puisse dire, c'est que Peste Noire n'est pas n'importe quel groupe, et que cette galette n'est pas n'importe laquelle non plus. A ses débuts, PN jouait un raw black metal underground, mais déjà marqué par ce qui allait devenir la marque de fabrique du groupe, c'est-à-dire une influence médiévale bien particulière. PN joue un "black metal vieil et vil", où les paroles écrites en alexandrins et les parties acoustiques se mêlent à d'autres ingrédients plus BM (grattes et chants hurlés) pour former une alchimie bien spéciale. Cet album, La Sanie des Siècles, marque le passage de PN d'une qualité de son pourrie à un son de meilleure facture. Certains trves-uber-elite ont dénoncé le manque de trveitude de ce choix. Il n'empêche, c'est La Sanie qui a fait de PN le chouchou du black metal français depuis deux ans !
Sur les interviews et certains forums, on parle davantage des histoires entre musiciens. En particulier une certaine embrouille entre Famine, le chanteur-guitariste, Neige, le batteur, et quelques inconnus qui semblent en vouloir à l'un ou à l'autre sans qu'on ne sache très bien pourquoi. Mais l'essentiel, en musique, se situe dans la musique elle-même et non dans des ragots de comptoir. Qu'est-ce qui fait de la Sanie un album si spécial, et qui a eu un tel retentissement dans le microcosme du BM français ?
Un black metal médiéval, ce n'est pas courant. Bien qu'on retrouve parfois une imagerie sataniste et moyenâgeuse dans certains groupes, ce n'est pas vraiment le cas ici, ou du moins pas de la même façon. Famine, l'homme à la tête de PN, est davantage un lettré qu'un sataniste. Cela se voit dans ses interviews, qu'il émaille de citations ou de grands mots toutes les cinq minutes, mais aussi dans la musique. Si on lit les lyrics, on tombe ici sur du Baudelaire, des écrits du XVIIème siècle ou des poèmes de Famine influencés par cette manière d'écrire. Le moins qu'on puisse dire, c'est que ça change d'autres écrits plus basiques ou plus anglophones. On retrouve le français, celui de la vraie France, resscuscitée dans les errements musicaux de PN...
Car la musique colle aux lyrics. Même si cela ne se ressent pas forcément à la première écoute, l'auditeur attentif finit par accrocher totalement à l'alchimie paroles-guitares-voix. PN se complaît dans un BM ultra-malsain, donnant du Moyen-Âge, époque fétiche, un point de vue glauque et morbide. Mais, comme disait Boileau, "Il n'est pas de serpent ou de monstre odieux/Qui par l'art imité ne puisse plaire aux yeux". L'escatologie malsaine de PN se répand en l'auditeur par différents moyens, jusqu'à ce que l'univers qu'elle exalte devienne plaisant ! La voix de Famine donne une impression étrange : quelquefois, elle ressemble à un jet de mottes de terre, d'autres fois elle est plus portée vers le haut. La plupart du temps, elle colle bien au texte. Même lors des mises en musique de Baudelaire, où elle substitue à la musicalité interne du poème sa propre mélodie. PN donne sa propre patte, sa propre interprétation, à ces textes... Et pourquoi pas ? Musicalement, on est gâtés : les parties de guitare lead sont d'influence heavy. Ca sonne un peu décalé, mais ce décalage même créée des envolées étranges et assonnantes. Elles s'élèvent du marasme pestiféré jusqu'aux plus hauts accords, quand elles ne viennent pas prolonger ou soutenir le chant... Sans oublier les parties acoustiques, dans un style un peu troubadour, ou encore le jeu de batterie de Neige dont certains éléments (par exemple, l'utilisation d'une grosse caisse au son proche d'un tambour) font tout à fait penser aux percussionnistes médiévaux.
Après un long voyage dans une histoire européenne revue par Famine, hantée par le morbide, le fascinant et l'ancien français, l'album se termine sur un très beau titre, "Des médecins malades et des saints séquestrés". La voix de Famine y monte vers les aïgus ; on passe de l'histoire médiévale à des évènements contemporains et sulfureux, dont les paroles et les titres donnent une interprétation à la fois brutale et raffinée mais sans pathos, chose rare quand on évoque de tels sujets. On finit sur des notes heavy, qui viennent terminer la curée, comme un ver conquérant montant de l'esprit des 40's pour contaminer les prudes hommes modernes que nous sommes...
La Sanie des Siècles est un album particulier de PN. Comme beaucoup de bons albums, il est d'une écoute difficile la première fois, mais par la suite on ne peut plus le lâcher pendant un moment. Au risque de choquer, je dirais que c'est le seul véritable bon album de PN ! Avant La Sanie, il n'y avait que des morceaux dont la qualité de son était si mauvaise qu'elle se situait entre l'inécoutable et les parasites radiophoniques. Après La Sanie, il y a Folkfuck Folie, un album beaucoup plus mou, où le punch médiéval de La Sanie est remplacé par une espèce de vantardise permanente de Famine. Dans Folkfuck, la moitié des chansons sont écrites par Famine en son propre honneur, et les cris du pestiféré musicien deviennent simplement glaireux. Profitons donc de La Sanie, qui prouve que PN est malgré tout un groupe de talent et qu'il a su réaliser une galette largement digne d'intérêt.
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| Chronique |
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L’écoute d’un disque se veut parfois éprouvante, parfois difficile, mais l’insoutenable est très rarement atteint.
Nous évoquons une frontière où la souffrance psychologique infligée par les sonorités d’un cercle de miroir devient néfaste pour la santé mental de celui qui se prête à ce jeu meurtrier, un point de non-retour, celui qui séparera à jamais l’avant et l’après de l’expérience.
En cela, la torture symbolisée par "La Sanie des Siècles" atteint une morbidité sans doute inégalable à jamais.
Tel un messager de la vision apocalyptique de ce que fus la démence du nazisme, Peste Noire délivre avec ce premier essai une trace indélébile de la cruauté et l’inhumanité de l’homme, de ce qui le ravale au rang de la bête sauvage, charognards et misanthropes, les compositions de ce disque se feront l’écho d’une vérité que l’on ne peut qu’espérer à jamais enfoui dans un passé définitivement derrière nous…et pourtant…
Dire que Peste Noire véhicule la haine des camps de concentration serait un euphémisme que je ne souhaite pas développer, car il s’agit de bien plus que de la haine.
A travers des rythmes lents, hypnotiques, aliénants et scarificateurs, Peste Noire nous isole totalement du monde réel, telle une chute inexorable vers l’infini néant, l’oubli collectif d’une scène d’histoire figée dans un espace temps désespérément réel.
Les nombreux solos au tapping (d’une technicité déroutante pour le genre pratiqué) de l’infâme "Laus Tibi Domine" rendent le personnage de Neige encore plus déséquilibré, à l’ultime limite d’une santé mentale semblant lui échappée, comme l’évocation de vers trop ignobles à conter.
Continuellement au bord du gouffre, proche de l’irrémédiable, les vocaux complètement déshumanisés transpirent la puanteur des crématoires, le terme « écorché » prenant tous son sens ici, chaque syllabe apparaissant comme le coup froid mais si précis et tranchant d’une lame de rasoir pénétrant votre peau fragilisée par l’extrémisme de cette expérience dite musicale.
Car si l’on devait ne serait-ce qu’effleurer la notion de musicalité de cette œuvre, on ne pourrait qu’être incroyablement surpris par le niveau autant technique que lyrique. La production, si inaudible d’ordinaire apparait ici d’une clarté aussi malsaine que le propos abordé par la plume poétique de Feu Cruel, rédigeant vers en alexandrins d’une noirceur sans commune mesure, hérité du père fondateur de la poésie moderne Charles Baudelaire, dont le "Mort Joyeux" est un hommage. Ainsi, le titre "Spleen", aux élucubrations presque mélodiques défini de manière musicale ce que le poète aura tant défini lors de sa vie de libertin et de transgresseur. Une saveur crue, infiniment belle se détache de solos aux allures expérimentales et ondulantes.
La technique utilisée lors de déchirants solos apporte la lueur malsaine de la connaissance, la croyance futile d’un espoir bien trop lointain pour qu’il symbolise la fin de la souffrance actuelle.
De même, la douce mélancolie introduisant "Phalènes et Pestilence - Salvatrice Averse", est rapidement rattrapée par une saturation de l’atmosphère sonore et un chaos environnant vomissant une complainte emplie de déchéance et d’une violence aussi déchirante que nécessaire. Ce long titre, détruisant et ravageant l’esprit pendant plus de onze minutes, ponctué par des rythmes joués à l’orgue, apportant une dimension religieuse et si hypocrite à la démence humaine, ronge la peau, les muscles et annihile tout espoir, toute beauté pour ne laisser qu’un cadavre en putréfaction, un squelette décharné, une loque amère en proie à ses terreurs les plus profondes.
Le chant se fait prophétique, indéfinissable, infini. Il semble se détacher une aura de sa voix n’annonçant que le mal et le chaos, prenant vos tripes pour ne plus réussir à vous protéger des assauts sonores répétitifs du disque, tandis que les doux arpèges, disposés presque maladroitement en superposition des riffs ultra saturés, ne font que vous enfoncer dans une spirale infernale, laissant entrevoir un espoir de lumière pervertie la seconde d’après.
Ressortir indemne de cette écoute est absolument impossible, l’écoute du seul "Retour de Flamme" étant déjà une épreuve en soi. Au détour d’une rapidité d’expression supersonique et de vocaux lyriques hallucinés, de solos tranchant l’air de leur mesquinerie, d’un vocaliste tapissant une épouvante exacerbée dans notre crane dont se défaire devient une volonté de bien être, "Retour de Flamme" expose un catharsis semblant trop important pour un unique homme.
Un catharsis devenant autodestructeur sur l’étrange et mystique "Deuil Angoisseux", le vocaliste devant probablement autant souffrir que nous, le point de non retour étant cette fois atteint, cet homme ne pouvant continuer à vivre après pareille performance, animal, terrifiante et minablement humaine.
Et comment réagir à l’écoute du discours religieux, repris en fond par ce qui me semble être un lépreux ou un individu en fin de vie, nous obligeant à couper ce son insoutenable, simplement trop horrible et effrayant pour ne pas en pleurer.
Car une fois l’écoute terminée, une fois l’ultime "Des Médecins Malades et des Saints Séquestrés" écouté, que nous reste-t-il ? Ce dernier titre semble nous avoir ôté le peut qu’il nous restait encore, l’obstination aveugle d’un mensonge universel, devenant d’autant plus cruel que la véracité des textes nous est jetées en pleine gueule sans aucun ménagement, déployant le black metal underground le plus émotionnel jamais entendu.
Rien ne semble calculé, et si la musique souffre de très nombreux écarts et défauts, le but est bien loin d’être bassement esthétique, mais bel et bien émotionnel, dans sa définition la plus infecte et hideuse possible.
La lumière ! C’est elle que nous voulons voir à présent, en espérant le plus fort possible que la nuit ne soit pas encore tombée, que l’apocalypse n’est pas encore débuté, que le spectacle entendu ne sera pas la scène découverte…sous peine de l’irrémédiable.
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| Mini-Chronique |
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Le nouvel album de Peste Noire est sorti 3 ans après les premières démos déjà de très bonne qualité. Le nouvel album "La Sanie des siècle-Panégyrique de la dégénérescence" a été composé dans un nouveau studio et Famine a été cette fois-ci entouré de musiciens talentueux tels que Neige qui est devenu membre à part entière de la formation.
L'album commence par une intro avec un tempo froid et lent. La guitare lance quelques notes aigües et vicieuses tandis que l'ambiance est oppressante et prenante. Des morceaux ont été repris dans cette galette tels que "Spleen" ou "Le Mort Joyeux" mais qui ont, contrairement aux albums précédents, une production plus nette qui ajoute une dimension nouvelle à ceux-ci, cependant les riffs sont toujours aussi froids et les voix toujours aussi déroutantes.
Les autres morceaux sont d'autant plus intéressants notamment avec les diverses créations de Neige qui ajoute un réel plus à l'album. Certaines pistes sont froides et hargneuses tandis que d'autres sont plus posées mais avec une pointe de plénitude et de désespoir. Le nouveau morceau, le plus réussi, est pour moi sans conteste "Des médecins malades et des saints séquestrés" avec une intro assez psychédélique réalisée au tapping (cette formation aime beaucoup les tapping). Les vocaux quand à eux, sont haineux et vicieux et un orgue vient s'ajouter à tout cela pour ajouter une ambiance encore plus neurasthénique et mélancolique, pour finir avec une partie acoustique qui nuance avec la brutalité et qui est en somme plus calme et posée.
Peste noire reste donc avec le même esprit nostalgique et décadent mais avec une meilleure production et un line-up plus élaboré: un véritable chef d'oeuvre, un groupe français qui préserve la flamme noire.
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