Venant de monter son propre label, Philippe Courtois de l’Argilière se lance dans le grand bain en signant les grecs de
Nightfall, dont le premier full lenght Parade Into Centuries sera le premier disque estampillé Holy Records. C’est donc fort logiquement que
Misanthrope, la formation du jeune guitariste chanteur entouré des frères Moréac (JJ à la basse et CH à la guitare) et de Ollivier Gaubert à la batterie, sort également son premier album par ce biais. Variations on
Inductive Theories (1993) ne s’annonce pas vraiment dans la lignée brutale et directe des cadors hexagonaux, mais plutôt dans un Death atmosphérique original dont l’avant-gardisme cantonnera à un relatif anonymat, malgré quelques réactions enthousiastes dans l’underground (et également des moqueries…).
Arborant fièrement des tee-shirts
The Gathering et
My Dying Bride, les musiciens de
Misanthrope marquent leur différence. Si le Death français connaît quelques heures de gloire avec
Loudblast,
Agressor,
No Return,
Mercyless ou
Massacra, il a raté le train du Death / Doom (comme celui du Thrash Metal quelques années plus tôt) emmené par
Paradise Lost et consorts. Les musiciens de Livry Gargan semblent vouloir réparer cette erreur, distillant dans leur Death Metal des touches atmosphériques et dépressives proches du Doom.
Aquarium propose un Death Metal étonnant, aux guitares enlevées et aux touches mélancoliques et plaintives. Mais l’univers du quatuor n’est pas aisément pénétrable, mélangeant parfois des plans progressifs complexes (pas toujours totalement maîtrisés) avec un Death Metal aux ambiances décadentes et plaintives, à ce titre Philippe utilise son chant de multiples façons, là encore pas toujours à la perfection : les voix claires de My Black Soul manquent de puissance et de justesse.
On précisera également qu’une production plus costaude aurait vraiment été souhaitable, l’enregistrement au Mélodie Studio de Dreux manquant un peu d’épaisseur.
Derrière les approximations, on perçoit pourtant un potentiel énorme, les plans guitares sont intéressants et variés (peut-être trop), JJ Moréac est déjà très adroit pour faire sonner ses quatre cordes, particulièrement sur Monolith in
Ruins, et surtout une ambiance assez unique émane de ce disque : perversion, mélancolie, colère sont ici mêlées dans un maelström musical avant-gardiste qui part dans tous les sens.
Cependant la mayonnaise parvient parfois à prendre, notamment sur La Démiurge, au début lourd et lent presque sabbathien, avant une glissée progressive vers un Doom / Death plaintif saupoudré de quelques passages de guitares appuyés.
Parmi les morceaux marquants, Monolith in
Ruins illustre bien la folie du combo. Il débute sur un étrange riff décalé, enchaîné par une accélération et un chant criard de Philippe. On notera aussi un solo de basse aérien de JJ.
Décriés par les uns, encensés par les autres, audace musicale insensée pour les adeptes, bordel incompréhensible pour d’autres, Variations on
Inductive Theories est un peu tout cela, mais reste surtout un OVNI, fruit de l’imagination débordante de ses géniteurs. Les principes et l’imagerie sont posés, pour les morceaux ou les disques qui tuent il faudra attendre un peu.
BG