La Suisse n’est pas forcément réputée pour être un vivier de groupes extrêmes comme peuvent l’être les US ou la Norvège, cependant quelque combos de ce pays ont marqué à jamais la scène Metal mondiale, en particulier
Hellhammer /
Celtic Frost et
Coroner. Le combo de R.B. Brogi, seul rescapé du line-up d’origine, a donc traversé la deuxième partie des 80’s dans l’ombre de ces géants.
Alors que des groupes de Death commencent à apparaître partout dans le monde,
Messiah va métamorphoser son Thrash Metal venimeux en un Death / Thrash puissant aux compositions imparables. L’arrivée du nouveau vocaliste Andy Kaina y est pour beaucoup dans ce changement d’orientation musicale, son timbre gutturale tranchant avec le chant écorché de Reto Kühne le précédent bassiste / chanteur. Déjà palpable sur l’EP
Psychomorphia (leur première réalisation chez Noise),
Messiah confirme avec son troisième album
Choir of Horrors (1991), son rapprochement vers le Metal de la mort.
Sitôt la courte intro « chant grégorien » terminée, on se rend immédiatement compte sur le morceau titre que
Messiah emprunte ici le meilleur du Thrash avec ses riffs incisifs et compacts qui vous sautent à la gorge, ainsi que le meilleur du Death avec la bonne voix de Andy et ce feeling sombre si cher aux Deathsters. La production que Sven
Conquest a concocté au Sky Track Studio est limpide et incisive, même si on atteint pas la puissance que Scott Burns et son Morrisound ont offert à The 10 Commandments (
Malevolent Creation).
Tout au long du disque, le compositeur principal R.B. Brogi fait étalage de sa science de la composition : non content d’offrir un jouissif départ sur les chapeaux de roue avec Akasha-Chronicle, le bonhomme propose des enchaînements de rythmiques destructrices absolument renversantes, et que dire de Lycanthropus Erectus alternant riffs saccadés et accélérations frénétiques ? Rien, on écoute et on se régale c’est tout.
En plus de titres de très grande qualité,
Messiah distille une idéologie et une imagerie blasphématoire qui donne une dimension supplémentaire à ce disque, notamment grâce à la somptueuse peinture d’Andreas Marschall, incroyablement détaillée et dont l’aspect farouchement anti-chrétien surpasse largement nombres de pochettes Black Metal.
Que voulez-vous,
Messiah n’invente pourtant pas la poudre avec
Choir of Horrors, mais a un don inné pour provoquer à coup sûr un Headbang incontrôlé à chaque titres, et ce jusqu’à la dernière seconde de Weena et sa double pédale en abondance. Au passage une piste comme Münchhausen Syndrom fait également mouche grâce à quelques riffs entraînants et incisifs dont R.B. Brogi a le secret, et un refrain très Thrash Metal, avec les chœurs en fond. De plus les soli tout au long de l’album sont sobres et courts, judicieusement contrebalancés par quelques (rares) passages acoustiques comme celui qui termine Northern Command.
Des défauts ? Pas de majeur, un poil de puissance en plus dans la production, un chant légèrement plus en avant, mais c’est juste pour montrer que j’ai fais mon boulot hein…
Alors que la scène Black n’en est qu’à ses balbutiements et que leurs compatriotes de
Samael sortent cette année là leur première offrande appelée à devenir culte,
Messiah s’affirme dans le haut du panier des albums mélangeant Death et Thrash, avec Tortured
Existence (
Demolition Hammer) et The 10 Commandments (
Malevolent Creation). Ce disque sera logiquement bien accueilli à l’époque, mais à cause de la diarrhée de sorties Death dans les années à venir,
Messiah rentrera dans la rang, délaissé par les fans versatiles malgré un
Rotten Perish de qualité.
Choir of Horrors est la meilleure réalisation des suisses, qui parviendront avec ce disque à se faire une petite réputation malgré la concurrence redoutable en matière de Death Metal à cette période. Tous ceux qui apprécient les albums empruntant aux deux styles Thrash et Death, à la manière par exemple de
Incubus sur
Serpent Temptation, doivent se précipiter sur ce
Choir of Horrors…, s’ils arrivent à le trouver à un prix décent (il n’est pas rare de tomber sur des vendeurs qui proposent ce produit à 60 voire 94,5 euros record à battre), car il n’a jamais été réédité et la version d’origine est épuisée depuis longtemps, par conséquent si vous tombez sur ce disque et qu’il est proposé à 20-25 euros, ne discutez pas et foncez !
BG