Suite à son renvoi de
Metallica en 1983, dû à son caractère difficile et à des excès en tout genres, dont une forte consommation d'alcool et de drogues, Dave Mustaine décide de fonder
Megadeth (initialement nommé Fallen Angels) la même année, avec Dave Ellefson, après leur rencontre à Los Angeles, alors voisins. Ce dernier sera séduit à l'écoute des démos que Mustaine a enregistré avec
Metallica. Très vite rejoint par Lee Rausch aux fûts,
Megadeth enregistre sa première démo,
Last Rites en 1984. S’adjoignant même à cette époque les services temporaires de Kerry
King (
Slayer) pour les sessions live.
Stabilisant au cours de l'année son line-up, composé de Dave Mustaine, Dave Ellefson,
Chris Poland et l'excellent Gar Samuelson (rip), en remplacement de Lee Rausch et décrochant au passage un deal avec Combat, le groupe enregistre avec les 8000 dollars alloués par le label, de Décembre 1984 à Janvier 1985 (!), aux Indigo Ranch Studios de Malibu, son premier album,
Killing Is My Business...And Business Is Good! sous la direction initiale de Karat Faye, renvoyé peu de temps après, la faute à un budget devenu insuffisant, amputé de moitié avec l'achat de drogues et boissons, obligeant ainsi le jeune groupe à s'autoproduire (voire s'autodétruire).
Clairement décidé à affronter les four horsemen sur leur propre terrain, Mustaine compose ainsi des titres, qui, s'ils n'ont pas le caractère intemporel de ceux de
Kill'Em All, n'en restent pas moins des pièces importantes du speed/thrash de ce début des 80's. Excessifs, sombres et nerveux, ces morceaux n'ont cependant pas aussi bien résisté aux assauts du temps que Seek And Destroy ou
The Four Horsemen, que d'ailleurs Mustaine rebaptisera Mechanix sur son premier album, la faute à une production approximative et nécessairement DIY.
L'album débute avec
Last Rites/Loved To Death sur une somptueuse partie de piano inspirée de Bach, accompagnée de la basse charnue d'Ellefson, avant de rapidement s'emporter dans un déchaînement de soli et riffs techniques et tranchants. La virtuosité et le talent de composition de Mustaine n'étant plus à prouver depuis son passage chez
Metallica, en témoigne la traxtitle, alternant mid tempos et accélérations sournoises sur un riffing élaboré. Greffant sa voix teigneuse sur des compositions très rapides et agressives pour l'époque, Mustaine lâche quelques perles, dont l'infernale The
Skull Beneath The Skin aux nombreux solis et lignes de basse véloces ou encore la brutale
Rattlehead, sur laquelle Gar Samuelson multiplie à l'envie les breaks, plus inspirés les uns que les autres, auquel s'ajoute un double pédalage meurtrier.
La bande à Mustaine ralentit tout de même la cadence le temps de Looking
Down The
Cross, véritable bijou de noirceur avec ses leads obscurs et son parfum occulte, avant d’accélérer définitivement le tempo sur Mechanix, permettant à l'album d'atteindre un pic de violence, même si légèrement anachronique à côté d'un Ride The
Lightning, déjà sorti un an plus tôt. C'est aussi la première véritable apparition de leur mascotte, Vic
Rattlehead, dans une mise en scène assez cheap de Donald J. Munz ; l'artwork original de KIMB ayant été en effet égaré dans les locaux de Combat.
Influencé en partie par la furie de la scène punk/hardcore (dont Mustaine et Ellefson étaient fans), alors encore proche des groupes naissant de thrash metal,
Killing Is My Business...Reste un album destroy, indiscipliné et rageur, résultat du laisser-aller pendant les sessions d'enregistrement et de la haine de Dave Mustaine, qui malgré ses prouesses guitaristiques, n'efface pas totalement une production relativement faible, ne mettant pas suffisamment en relief des morceaux pourtant sacrément burnés, surtout au regard du premier album de
Metallica, dont la comparaison demeure inévitable.
Cela dit, cette première offrande, témoignage de l'urgence des débuts, contient déjà en elle les graines du futur
Megadeth avec cette profusion de soli tous azimuts et ce thrash ébouriffant de technicité, permettant aux californiens d'attendre un juste respect, aux côtés de leurs frères d'armes d'
Exodus,
Slayer,
Anthrax,
Metallica ou
Voivod, ravageant l'Amérique du Nord au Sud en ce début des 80's, à coups de
Bonded By Blood,
Hell Awaits, Spreading The Disease, Ride The
Lightning ou encore War And
Pain. En attendant le terrible Peace Sells qui fera entrer définitivement
Megadeth dans le carré très fermé du thrash metal américain.
Fuck yeah!