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Que les puristes se le disent : MySpace est devenu en très peu de temps un allié essentiel aux nouveaux groupes ayant peu de moyens. Pourquoi ? Parce que certains groupes ont su profiter de proposer une belle image via des pages web attrayantes, un son pas forcément disponible sur support CD mais mis directement en ligne et une vaste publicité de bouche à oreille. La nouvelle génération en somme …
« Ca ne durera pas », soutiennent certains. Qui sait ? Pour ma part, grâce à MySpace j’ai pu découvrir de très bons groupes et en particulier ce jeune groupe californien nommé I Built The Cross. Doués, prétentieux, à la renommée croissante et adeptes de la batterie virtuelle, ils m’ont scotché en assumant leurs défauts, voire en les exposant. Après avoir publié sur leur page web trois excellents titres ("Encouragement", "Heart of a Servant" et "Stand Together") qui ont bien fait parler d’eux, les IBTC se font remarquer, complètent leur line-up, signent chez Open Grave Records et enregistrent leur premier album dans la foulée. Un album très intéressant, qui regorge de qualités et des défauts à décortiquer de façon quasi-minutieuse.
Avant tout, le groupe se veut professionnel : il aime soigner son image, proposer une belle pochette visuellement attractive et des titres résolument accrocheurs, placer une intro bavarde et structurer son temps d’écoute de façon méthodique. Ainsi, on perçoit chez les p’tits jeunes une réelle volonté de s’imposer, au pire de rentrer dans les rangs des grands du genre. D’ailleurs, le groupe est très influencé par Decapitated pour le côté technique et Vital Remains pour le côté brutal, dont l’intro du CD commence de la même manière que Dechristianize ou encore Icons Of Evil. Tirée du jeu vidéo Killzone 2, "The Narration" est un discours du personnage Scolar Visari, racontant insanités et propagande, agréables pour débuter la tuerie. Finissant d’ailleurs de la manière que les Floridiens par une phrase scandée par le chanteur Gare McGeein : « WE'RE NOT GOING ANYWHERE !! »
Et c’est parti pour 36 minutes de furie non-stop ! Des riffs lourds, malsains, brutaux, des allers-retours en sweeping, du blast-beat et du beatdown en veux-tu en voilà, une voix tantôt gutturale, tantôt criarde, écorchée, gueulant haut et fort son message antichrétien de façon justifiée (pas de blasphèmes, juste une réflexion appuyée contre un mouvementent et une mentalité qu’ils essaient de dénoncer). I Built The Cross ne joue pas dans la dentelle, vous êtes prévenus. Car si le combo ne tape pas dans l’originalité, il sait envoyer comme il se doit du gros son, aux riffs bien accrocheurs. Efficace, certes. Bourrin, également. Variation des sonorités, monotonie absente : y’a donc du bon, impossible de s’endormir, impossible de se lasser.
Si I Built The Cross collectionnent les qualités comme de vrais pros, ils accumulent également quelques défauts desquels on ne peut passer à côté. Premièrement (et le plus flagrant), c’est le son. En effet, Bridging the Gap Between Heart and Mind possède un son très laid, trop étouffé pour être concrètement agréable, surtout au niveau des guitares. Lorsque l’on s’attaque à du death technique ou du moins du death metal avec des parties beaucoup plus élaborées, il faut avoir du bon son, un son net et précis, pour bien discerner ce que les doigts proposent de surprenant : l’effet « brouillon » devient alors vite alarmant. On n’en est pas là ici mais on s’en rapproche hélas … Il suffit d’ailleurs de comparer la première version démo de "Heart of a Servant" et de la nouvelle pour ressentir immédiatement la différence flagrante de qualité et de dextérité décroissante.
Ensuite, cette volonté de vouloir mélanger leurs styles de prédilection ne fait pas bon ménage. Car s’ils sont indéniablement fans de death brutal, influencés par Spawn Of Possession, Necrophagist ou encore Prostitute Disfigurement, ils aiment aussi le hardcore new-yorkais nos jeunes zicos de 18 piges ; et si certains morceaux en possèdent quelques touches bienvenues, d’autres n’ont hélas pas leur place dans l’album, des titres comme "Stand Together" (présent sur la précédente démo) ou "Head High Heavy Heart", aux influences très metalcore (beatdowns pesants, riffs en aller-retour très All Shall Perish sur les bords, refrain mélo-mécheux…). Bref, l’excitation du premier opus a fait main basse sur le style final de prédilection.
Autres défauts : petite production oblige, on ne peut pas toujours vérifier ou conseiller le groupe sur les morceaux sélectionnés (comme le font Yannick St-Amand, Jason Suecof et bien d’autres). On découvre ainsi des fausses notes sur "Borrowed Parts", des soli pas toujours carrés, un final acoustique bâclé et un son inégal d’une piste à l’autre. Un peu plus de temps et moins de précipitation auraient favorisé une meilleure production à mon goût.
Conclusion : entre la dextérité et l’imagination, l’originalité tranche la plupart du temps. Ce n’est hélas pas le cas ici, le groupe préférant ne pas prendre de risque et s’inspirer un peu trop de leurs modèles musicaux, quitte à y perdre en identité. Une identité d’autant plus obscurcie par un style encore indéfini, prônant un style, en jouant deux autres, mixant le tout de façon brouillonne quoiqu’assez convaincante. Bridging the Gap Between Heart and Mind est-il un mauvais album pour autant ? Je dirais avec incertitude que non. Des défauts excusables pour un premier album, le groupe se cherchant encore dans son propre style et la production n’étant pas grandiloquente. Peut-être réussiront-ils à vraiment nous étonner avec leur prochain disque. C’est du moins ce que je leur souhaite, parce que le potentiel est bel et bien présent !
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