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Ce n’est pas une chose facile que de se pencher sur un disque qui aura changé à jamais la face d’un style que l’on idolâtre depuis notre plus grande jeunesse, et ça l’ai encore moins que de le juger. Car comment être objectif lorsque l’on connait l’impact de cette simple démo sur le monde du heavy metal, qui allait complètement se radicaliser ici et acquérir une agressivité, une technique et une noirceur bien loin des Iron Maiden et Judas Priest originaux. Une époque bénie ! Iron Maiden était alors en pleine tournée de son phénoménale et ambitieux World Slavery Tour suite à la sortie du légendaire "Powerslave", Metallica commençait à envahir le monde grâce à "Ride the Lightning", Judas Priest souffrait d’une légère baisse de régime avec "Defenders Of the Faith" tandis que Megadeth préparait dans l’ombre son invasion planétaire. Personne ne s’attendait donc à voir débarquer une bande d’allemands en grande majorité inspiré par Maiden révolutionner leur musique favorite, et pourtant, l’impact de ce cinq titres sur l’ensemble des nouveaux groupes de Power metal est parfaitement perceptible et se ramasse à la pelle (Stormwarrior, Hammerfall…), comme une légende qui aurait marquée de son empreinte à jamais un univers culturel ! Pourtant, les prémices de ce qui allait devenir considérable ne furent pas simple et semé d’embuches. Baptisé initialement Iron First et encore sous le joug de Piet Sielk à la guitare, le groupe n’attire aucunes convoitises ni envie. Leur style est alors trop agressif, trop rapide (Judas Priest était du mid tempo en comparaison !) et la connotation encore trop novatrice était rejetée en bloc en ce début des années folles du metal. Piet (qui fondera Iron Savior longtemps après !) dépité, quitte le groupe afin de se consacrer à une vision plus administrative de la musique et laisse seul un Kai Hansen qui décide seul de continuer l’aventure, avec déjà Markus Großkopf comme fidèle lieutenant au poste de bassiste. Puis le pavé dans la mare, les cinq morceaux tous aussi géniaux qui vont dévoiler une nouvelle facette du metal, la demo Helloween ! Si beaucoup pense que les deux "Keeper of the Seven Keys" sont à l’origine du plus grand chambardement du metal mélodique (notamment grâce à l’arrivée de Michael Kiske), je citerais plus volontiers ce premier essai, n’ayant strictement pas pris une ride. Les quelques minutes d’introduction du fantastique "Starlight" résonne dans nos têtes, un homme qui se réveille par les sons étranges de chants de Halloween…puis ce hurlement, ce cri suraigu jouissif mais terrorisant replacé dans son contexte. Une batterie blastant comme les maîtres n’avait encore jamais osé le faire, des riffs brutaux et directs et surtout ce Kai Hansen au chant, tel une bête sauvage éructant. La sauvagerie s’emparant de nous lors de l’écoute passionnée de ce morceau est égale au bonheur d’entendre quelque chose de grand, d’irrésistiblement unique. Cependant, dans cette incroyable violence anachronique, l’on dénote des riffs d’une indispensable mélodie, des solos d’une virtuosité effarante, presque insolents et symbolique d’une adolescence rebelle et révolutionnaire. Le riff d’entrée de "Murderer", ultra rapide rapidement suivi par un déchainement de caisse claire est à lui-seul synonyme d’une puissance recherchée, d’une rapidité se faisant démence et d’une agressivité devenant malsaine. Et toujours ses solos déchirants d’intensité et de fluidité, dont la production grésillant ne fait qu’assombrir encore plus profondément tout en accentuant la tonalité dérangeante du chant de Kai (les nombreux rires diaboliques sont là pour le prouver !). Mais évoquer Helloween sans parler de "Victim Of Fate" relèverait de l’hérésie la plus pure ! Nous tenons avec ces sept minutes l’essence la plus pure de Power métal germanique, dans toute sa grandeur, sa virtuosité, sa démesure et sa puissance. Une intro en twin guitars absolument superbe créant un entrelacement de riffs, un tempo très élevé, une partie vocale parfaite de bout en bout, une atmosphère malsaine planant sur le titre, un refrain rageur et belliqueux digne de vous arracher la tête et surtout ces riffs aussi démentiellement rapides qu’agressifs, tournoyant dans l’infini. Et ce break…où le plus grand break composé de tous les temps ! L’ambiance se fait suffocante et pesante, Kai susurre à nos oreilles avec une voix diabolique et folle (ce rire que Kiske massacrera par la suite !) pour trouver une apogée dans le hurlement final, aussi glaçant et terrifiant que beau et hypnotique. Mais le génie de ce titre n’a pas encore joué toutes ses cartes, en démontre le génial contretemps suivant pour nous assener une partie en tapping absolument…je n’ai plus les mots ! "Cry For Freedom", que l’on pense alors être la seule accalmie de cette petite demi-heure, débutant en acoustique (avec ce son grésillant si antique !) pour rapidement prendre de la hauteur par une splendide montée en puissance (une petite dizaine de descentes de toms toutes aussi originales les unes que les autres) qui propulsera le morceau le plus guerrier de ce ep (qu’Hammerfall plagiera par la suite !), notamment en raison des chœurs. Que dire de plus. C’est une page d’histoire qu’écrivait Kai Hansen avec toute l’innocence et la jeunesse nécessaire pour posséder tant de fougue, une page malheureusement trop souvent oublié au profit de ce fameux gardien des sept clés qui ne fera que suivre la voie royale tracée par ce ep de "Walls of Jericho". Une voix royale que jamais personne n’oubliera, jamais…
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