L‘histoire débute durant la seconde partie des années 80’s dans la banlieue de Stockholm, autour de quelques formations comme
Nihilist, Treblinka (rapidement rebaptisé
Tiamat),
Therion,
Carnage ou
Grotesque, de jeunes protagonistes influencés par l’urgence du crust/HC d’Asocial ou d’Anti-Cimex, la violence débridée de
Repulsion, le grindcore indomptable de
Napalm Death ou les ambiances d’outre-tombe de Death et
Morbid Angel. Poussant la pédale
Boss à fond sur l’idée de Leif Cuzner, ayant toutefois rapidement quitté le groupe faute à son déménagement,
Nihilist se construit un son tronçonnant bien à lui. A grands renforts de démo-tapes, pour citer la redoutable
Only Shreds Remains de décembre 1988, le jeune quintet bénéficie par ailleurs toujours d’une longueur d’avance sur son entourage, grâce à la qualité de composition de son leader Nicke Andersson, et à une interprétation d’ensemble tout aussi remarquable.
Profitant de la venue de
Napalm Death à Stockholm en 1989,
Nihilist parvient à décrocher la première partie du concert et à se faire remarquer plus précisément par Dig Pearson (boss d’Earache) présent dans l’assistance, désormais bien décidé à ajouter la bande à son catalogue aux côtés de
Napalm Death,
Carcass,
Morbid Angel et
Bolt Thrower, au grand dam de Nuclearblast ayant lui aussi courtisé le jeune prodige suédois. Sur ces entre-faits, Nicke Andersson se débarrasse de son bassiste Johnny Hedlund, de quatre ans son aîné (s’en allant fonder
Unleashed), en annonçant par lâcheté la séparation du groupe
Nihilist, afin de mieux rebondir avec les mêmes interprètes, le growler LG Petrov et la paire de guitaristes Alex Hellid & Uffe Cederlung, sous le nouveau nom d’
Entombed.
Ayant recruté au passage David Blomqvist à la quatre cordes, le quintet se dirige en studio pour l'ultime démo
But Life Goes on avant l’enregistrement de son premier album, programmé en décembre 1989 aux Sunlight Studios sous la houlette de Tomas Skogsberg, lieux et ingénieur du son que la bande connaît bien depuis les sessions d’
Only Shreds Remains, et ayant par ailleurs déjà accueilli
Tiamat trois mois auparavant à l’occasion des sessions de Sumerian
Cry. Plus à l’aise à la guitare et ayant l’envie de rejouer rapidement avec son ami d’enfance Fred Estby, David Blomqvist quitte toutefois
Entombed pour rejoindre
Carnage juste avant l’enregistrement de l’album, plus par souci d’honnêteté, sans laisser par ailleurs ses acolytes dans la panade puisque Nicke et Uffe assureront haut la main les parties de basse durant les sessions.
Débarquant dans les bacs en juin 1990 avec sa magnifique illustration de DanSeagrave et son sceau Earache,
Left Hand Path emballe dès lors le rythme cardiaque du jeune deathster, pour lequel l’achat devient une question de vie ou de mort. Dès l'enfournement du disque dans la platine, c'est la révélation, l’auditeur est soufflé par ce deathmetal sombre, mais pas à la sauce death US made in Tampa d'
Obituary, Death et
Morbid Angel. L’ambiance générale y est terriblement glaciale, grâce au son particulier des guitares de Cederlung et Hellid accordées en si, renforcé par le chant guttural de LG Petrov surgissant d’outre-tombe.
Left Hand Path se joue ainsi dans un tourbillon de puissance et de profondeur, lâchant des titres possédant chacun leur singularité, depuis les breaks assassins de Life Has Ceased et Life Goes On jusqu'aux riffs incisifs de
Drowned et
Morbid Devourment, en passant par les rythmes entrainants de l’incontournable Bitter Loss ou encore par les claviers et les guitares lancinantes du redoutable morceau éponyme, à l'atmosphère particulièrement lugubre. L’étonnante rapidité de
Left Hand Path ne tourne par ailleurs jamais en bouillie, grâce au jeu de batterie de Nicke Andersson, à la fois fluide et si entraînant, mais aussi grâce à la production de Tomas Skogsberg, dotant le tout d’une épaisseur et une clarté remarquables, et érigeant ce son si tronçonnant en véritable standard.
Non seulement
Entombed peut se vanter d’être à l’origine d’une des scènes les plus prolifiques de nos jours, mais il est aussi le géniteur de ce son froid & incisif si particulier. Sans occulter le thrashdeath de
The Awakening (
Merciless), le grindcore de Mean (Filthy Christians) et le darkdeath de Sumerian
Cry (
Tiamat) parus quelques mois auparavant,
Left Hand Path représente en effet la première réalisation deathmetal scandinave bénéficiant d’une couverture mondiale, mais aussi la meilleure à ce jour. Indétrônable, atemporel.
Fabien.