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Liste des groupes Stoner Doom Electric Wizard Time to Die
Album, date de parution : 29 Septembre 2014 - Spinefarm Records
Style: Stoner Doom

NOTE SOM : 12/20
Toutes les notes : 15/20 Vous devez être membre pour déposer une note
Tracklist
1. Incense for the Damned
2. Time to Die
3. I Am Nothing
4. Destroy Those Who Love God
5. Funeral of Your Mind
6. We Love the Dead
7. SadioWitch
8. Lucifer's Slave
9. Saturn Dethroned

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13 avis 1 15/20
Chronique
12 / 20
    Luthor, Mardi 07 Octobre 2014 parlez-en à vos amis  
Oscillant entre le médiocre et le sublime, un album paresseux d'un groupe qui ne semble plus y croire

" Il arrive un temps parfois où les joyaux cessent de briller, où l'or perd tout son éclat, où la salle du trône devient une prison et où il ne reste plus que l'amour d'un père pour son enfant."

Lors de ma première écoute de l'album, je ne pouvais m'empêcher de me remémorer cette phrase qu'énonce Max Von Sydow incarnant le roi Osric, dans le classique cinématographique "Conan Le Barbare de John Milius. Car tout dans "Time to Die" renvoie à cette citation.

Remontons quatre ans en arrière : "Black Masses" parait et divise instantanément les hordes toujours plus grandissantes des fans du gang à Justin Oborn. On trouve d'un côté ceux qui apprécient de voir le groupe accélérer le tempo et incorporer des influences directement issues des groupes de rock psychédélique californiens de la seconde moitié des années 60 (on ressent clairement une filiation avec les Amboy Dukes ou Quicksilver Messenger Service, par exemple), et de l'autre ceux qui hurlent à la trahison et à la prostitution commerciale car le groupe abandonne presque intégralement les riffs lourds et les rythmiques pachydermiques qui avaient fait sa réputation (en apparté, on notera que c'est quasiment les mêmes arguments qui furent opposés à Moss lors de la sortie de "Horrible Night" à la suite de "Sub Templum"). Curieusement, on constate aussi que les premiers sont généralement dans une tranche d'âge plus élevée et suivent le groupe depuis plus longtemps que les seconds. En dehors des fans, la critique spécialisée n'est pas forcément tendre non plus et, sans non plus se prendre une méchante volée de bois vert, "Black Masses" se fait quand même bien fesser. Malgré cela, l'album se vend très bien, mais des dissensions couvent au sein du groupe.

On ne reviendra pas sur les raisons, réelles ou supposées, qui amèneront le bassiste Tas et le batteur Shaun Rutter à claquer la porte avec fracas. Qu'il suffise de savoir qu'elle ne sont pas si éloignées de celles qui avaient amenées le départ de Tim Bagshaw et Mark Greening juste après la sortie de "Let Us Prey", entraînant un split temporaire du groupe. Mais force est de constater que le départ de la section rythmique n'aida pas Electric Wizard, et ce n'est pas le pathétique 45 tours "Legalize Drugs And Murder", composé de restes de chansons non utilisées pour "Black Masses", qui pouvait permettre de croire que le groupe allait pouvoir se remettre sur pied correctement. L'annonce du divorce d'avec leur label historique Rise Above (dont il se murmure qu'il fût très loin d'être à l'amiable) n'aida pas les Moires à prédire autre chose que des malheurs pour le futur. Autant dire que "Time to Die" était scruté d'un oeil circonspect par toute la planète Doom avant même qu'il soit dans les bacs, et que les premiers retours étaient loin d'être forcément encourageants. Mais qu'en est-il en vrai?

Dès le titre d'ouverture "Incense For The Damned", on est en terrain connu. C'est lourd, c'est étouffant, cette voix ritualiste qu'on croit venir d'une autre dimension : clairement, le groupe a décidé de faire marche arrière et de revenir au style d'écriture qui avait fait sa gloire avec "Dopethrone" et "Witchcult Today". Sauf que là le son est crasseux, cru, sale au point qu'on pense à certains albums de Darkthrone ou même au "Fun House" des Stooges. On est dans une optique quasiment Punk du son, comme si le groupe avait décidé de se passer des artifices pour ne garder que la quintessence de leur musique. Et sur "Incense For The Damned", ça marche du tonnerre de Dieu et avec une force démentielle. Mais au fur et à mesure que les dix minutes du titre s'étalent, on se surprend à reconnaître des riffs ou des plans entiers entendu auparavant chez Electric Wizard... Voire ailleurs.

Quand démarre le titre éponyme, on pense immédiatement à Windhand; et c'est là que le bas blesse, quand le morceau d'un groupe inspirateur fait immédiatement penser à l'un des ses imitateurs les plus talentueux plutôt qu'à lui-même. Et rapidement, on commence à passer, de titres en titres, à une succession de chansons qui sonnent au mieux comme des copies appliquées d'autres groupes inspirés par Electric Wizard, au pire comme des propres parodies des thèmes chers au groupe : entre "Funeral Of Your Mind" repompant sans vergogne "Turn Off Your Mind" (mais avec ce qui reste indubitablement le riff le plus mémorable de l'album), "We Love The Dead" qui se contente d'étirer son refrain pourri volé à Alice Cooper pendant 9 minutes, "Destroy Those Who Love God" ressemblant à un pastiche forcé version Doom de certains groupes horribles de Drone ouzbèkes, "I Am Nothing" qui mérite affreusement bien son nom (une sorte de rehearsal foireuse finissant en bouillie sonore d'où n'émerge pas grand chose)... C'est peu dire que la déception est grande. Quand on rajoute à cela que chacun des morceaux se finit en une orgie de bruit blanc et de larsens, on se dit que le groupe a dû abuser fortement des drogues lors des sessions d'enregistrements; et que quelqu'un ferait bien de leur signaler que ce qui peut sonner cool et tripant en concert ne donne pas nécessairement le même rendu dans un studio.

Heureusement, tout n'est pas à jeter et c'est ce paradoxe qui en soi-même parvient à sauver l'album du naufrage. Car à côté de morceaux qu'on qualifiera pudiquement de médiocres, le groupe arrive encore à torcher des titres qui déclenchent immédiatement une énorme montée d'adrénaline et une crise de priapisme aigüe. Ainsi le single "Sadiowitch",petit bijou dans le genre, qui aligne tout ce qu'on aimait dans Electric Wizard auparavant en 4 minutes; ou encore la messe noire sous acides qu'est "Lucifer's Slaves", l'un des morceaux les plus délirants jamais écrits par le groupe. Ces morceaux, ainsi que "Incense for The Damned" et "Funeral Of Your Mind", démontrent que Electric Wizard en a encore dans le slip et que, si Oborn le voulait, il pourrait se sortir les doigts du cul et nous pondre un album entier du niveau de ces chansons.

Mais non.
Présenté comme l'album le plus colérique, le plus sale du groupe, "Time to Die" n'est finalement que sale. Et très paresseux. Victime du même syndrome que celui qui frappa My Dying Bride après l'échec commercial de "34.788%... Complete" (et qui vit ensuite le groupe s'auto-parodier pendant une décennie entière par crainte de décevoir les fans), Electric Wizard se contente donc de ressortir un album qui singe "Witchcult Today" sans aucune inventivité mais avec un son dégueulasse. Parce que c'est ce que la majeure partie de leurs nouveaux fans veulent entendre. Les mêmes pour qui toute interview d'Oborn est parole d'évangile, et pour qui un album entier de bruit blanc serait une douce mélodie s'il s'avérait que leur idole l'avait composé et interprété.

Du pain, des jeux, Lucifer, du cul et de la drogue.

On ne pourra pas reprocher au groupe de donner à la masse ce qu'elle réclame. Tout juste pourra-t-on lui reprocher d'avoir littéralement perdu ses couilles en choisissant la solution de facilité.
Et garder l'espoir, aussi faible soit-il, d'entendre à nouveau quelque chose qui vaille la peine de redonner sa confiance au groupe.

Mais quand on aime le Doom, l'espoir fait partie de ces choses que l'on a appris à abandonner depuis longtemps.





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