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| CD paru en1999 - Cacophonous Records |

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1. The Author of the Burning Flock
2. The Wanderings of Ophelia Through the Untamed Countryside
3. On the Eve of the Grimly Inventive
4. Within Deepest Red (The Opening of...)
5. An Autumn to Cripple Children
6. A Voice in the Piano
7. The Music and Woe Between Horse Thieves
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| Chronique |
 17 / 20 |
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Voilà le seul et unique CD d’un groupe qui aurait gagné à être connu : Ebonylake.
C’est une galette tout à fait particulière car c’est un mélange entre du gothic de haute volé et du black avant-gardiste.
Ils sont pas moins de 7 et aucuns d’entre eux ne s’est rallié a la cause d’un autre groupe. Deux d’entre s’occupent des clavier qui est probablement l’élément le plus déroutant du disque. En effet si les lignes de guitares ne sont pas les plus originales du monde, l’incursion des claviers (orgue + clavecin) se fait de façon tellement anarchique (c’est voulu je vous rassure) que cela crée une ambiance des plus malsaine.
Je dois vous faire part de mon étonnement quand j’ai vu le label du groupe : Cacophonous Records. J’avais été habitué à un son souvent pas à la hauteur du groupe mais la ça claque vraiment et le rendu est assez génial. Le chant black se mélange parfaitement avec le chant claire masculin et la voix féminine. Les titres sont tous relativement longtemps, ce qui produit un sentiment d’étouffement pesant.
Formidable CD, je le recommande vivement que l’on soit fan de black ou de gothic. C’est une petite merveille qui fera votre bonheur.
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| Chronique |
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« Ils sont fous ces anglais ! »
Voilà ce qu’on se dit en écoutant Ebonylake… à moins d’être aussi cinglé, ce qui tiendrait du ressort de l’internement.
Ebonylake est un groupe de Black Metal Horrifique, un peu dans la veine de Tartaros ou de Morgul. L’usage des claviers est chez eux aussi indispensable que chez un groupe comme Dimmu Borgir car à eux seuls ils donnent l’ambiance très particulière et complètement folle qui règne sur tout l’album.
Comme le dit Julien, la musique est « anarchique » : le jeu des guitares, la batterie et même les chants sont disposés d’une façon complètement ahurissante, totalement barjo, les uns par dessus les autres, se chevauchant, le coupant, reprenant le dessus etc. dans un méli-mélo indescriptible très compact et extrêmement complexe.
Le niveau technique des musiciens est lui aussi absolument dingue ! La rapidité des guitares et leur jeu ultra complexe, fait de breaks, d’accélérations et de changements de riffs en permanence donne matière à méditer pour pas mal de pseudo groupes de Black Metal et même de Death.
Les claviers, imitant pas mal d’instruments différents, du violon au piano en passant par le clavecin et encore moult autres choses viennent perturber l’écoute déjà difficile du jeu des guitares. La teinte horrifique qu’ils donnent au son général de l’album est assez poussée et les chants féminins fantomatiques renforcent encore davantage cette ambiance délirante de manoir anglais du XIXème, comme on peut les imaginer dans les ouvrages des écrivains romantiques.
Tous ces éléments mélangés (guitare hyper complexe, claviers déments, chants angoissants) font de cet album un vrai cauchemar auditif… aucun groupe de Black n’avait atteint un tel niveau avant eux et il y a fort à parier que depuis non plus.
L’ensemble ne s’apprécie pas forcément facilement, c’est évident, et il est assez difficile d’accrocher comme ça à la première écoute.
Toutefois, je pense qu’une fois un peu grisé par quelques bouteilles de vin, on peut aisément rentrer dans le trip et apprécier au moins le côté horrifique.
A écouter, à étudier… à apprécier pour les plus extrêmes !
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| Chronique |
 20 / 20 |
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Vous vous souvenez certainement du label britannique Cacophonous Records, très en vue à la fin des années 90, découvreur et formateur de talents hors-pair mais qui, tel notre Ligue 1 française, n'a jamais su les garder dans son giron. La faute à une politique essentiellement basée sur le profit et l'arnaque, considérant ses artistes comme des vaches à lait et qui a fini par lui causer sa perte. Malgré tout, son existence restera ancrée dans les mémoires, grâce en particulier à la sortie de ce qui est, à mon humble avis, les meilleurs albums de Cradle Of Filth et Dimmu Borgir ("Vempire" et "Størmblåst" respectivement), deux formations devenues à présent des superstars, mais pour lesquelles succès commercial ne rime plus avec qualité artistique, et ce depuis bien longtemps.
Dans l'ombre de ces groupes ayant bâti la réputation de Cacophonous Records se tapissaient de nombreuses autres formations très souvent caractérisées par un fort potentiel créatif et une personnalité très affirmée. Ebonylake, formation culte par excellence, en est le parfait exemple. Ebonylake, septet britannique n'ayant eu qu'une existence éphémère et n'ayant laissé à la postérité qu'un seul et unique album : "On the Eve of the Grimly Inventive", il y a déjà presque 10 ans de cela. Un seul album, mais quel album ! Impressionnant de maîtrise, de technicité, mais surtout d'originalité et d'inspiration. Une œuvre difficilement accessible, à la complexité purement horrifiante, qui laisse pantois à la première écoute. Une œuvre autant inspirée du metal extrême que de la musique contemporaine et de l'opéra. Présenté comme cela, rien de bien original apparemment, me rétorquerez-vous ? Sauf que Ebonylake se plait à brouiller les cartes et à créer un labyrinthe musical aussi effrayant que fascinant, et dont l'exploration de tous les méandres s'avère particulièrement ardue.
Il ne faut s'attendre à rien de conventionnel dans ce patchwork constitué de riffs de guitare très rapides, torturés et en perpétuelle métamorphose (les riffs redondants sont rares), de plans de batterie venus d'un autre monde, et de claviers orchestraux qui présentent un niveau de polyphonie rarement atteint dans l'histoire du metal. Denses (le line-up présente tout de même la bagatelle de trois claviéristes !), diversifiées mais également utilisées de manière peu habituelle, non pas comme des éléments mélodiques mais plutôt comme des éléments perturbateurs, obsédants et chaotiques (anti-harmonieux, oserais-je même dire), les très nombreuses orchestrations sont autant d'agressions directes et tranchantes. Les notes de piano et de clavecin, vives et dissonantes, sont comme des manifestations soudaines jouant avec nos nerfs, la harpe agite ses cordes spectrales, disparaissant aussi rapidement qu'elles surviennent, tandis que les archers de violon agissent comme autant de lames de rasoirs lacérant notre santé mentale.
Et ce serait une grave injustice que de ne pas mentionner l'extrême diversité du chant, grâce à un quatuor de voix étonnant, dont la dynamique et les placements sont structurés de la même manière que dans un opéra, avec une voix principale tout à fait originale, car il s'agit en fait d'une "double voix" superposant en simultané le chant d'une goule sanctifiée et celui d'un chant soprano, les deux composantes se détachant et se réassemblant au gré de leurs sautes d'humeur. Le résultat, hautement perturbant et dérangeant, donne l'impression d'avoir à faire à une entité et à son doppelgänger, sans que l'on sache réellement qui joue le rôle du double maléfique.
Imaginez tout cet ensemble mixé de manière énergique, avec des breaks toutes les trois secondes (je n'exagère pas !) et un niveau technique proprement ahurissant, que peu de musiciens sont capables d'atteindre, et vous aurez une idée de la complexité de cette œuvre véritablement hors-normes. Mais rien qu'une idée, car il faut l'entendre pour le croire.
Et fort heureusement, la production ne vient pas gâcher tout le travail effectué, bien au contraire, elle le met parfaitement en valeur grâce à une qualité sonore éclatante de puissance et de précision, tout en conférant une texture granuleuse non seulement aux guitares mais également aux orchestrations, que l'on croirait parfois sortir d'un vieux gramophone.
Si la forme est étonnante de par sa propension à ne jamais tenir en place, et si la débauche de moyens mis en œuvre est tout bonnement surhumaine, tous ces efforts n'auraient été que vains et stériles s'ils n'avaient été canalisés par la trame dramatique que constituent les textes. Car bien plus qu'un simple ornement, ils sont la solide charpente sur laquelle ont été bâties les pièces musicales. Une méthode que l'on retrouve habituellement dans les concept-albums, sauf que "On the Eve of the Grimly Inventive" n'en est pas un au sens strict du terme, chacun des textes contant une histoire différente, bien qu'ils restent liés entre eux par le thème des poltergeists qui en constitue le fil conducteur.
Des textes admirablement écrits sous une forme romancée, puisant leur inspiration dans la littérature fantastique ("The Author of the Burning Flock", basé sur le thème de le tragédie frappant éternellement la descendance d'une communauté maudite, rappelant fortement "Le Dragon Flottant" de Peter Straub) autant que dans des œuvres cinématographiques d'un autre âge ("The Wanderings of Ophelia through the Untamed Countryside" qui peut être vu comme une adaptation de "La Dame du Lac", film policier sorti dans les années 40 totalement tourné en vue subjective - rien à voir avec les légendes arthuriennes -, mais avec la patte Ebonylake, fantastique et surréaliste).
Des textes passionnants à un point que la lecture du livret (superbement illustré, soit dit en passant) donne l'impression d'être plongé dans un recueil de nouvelles dont les ambiances sont en parfaite symbiose avec la musique qui les accompagne. D'autant que Ebonylake est allé jusqu'au bout de sa démarche dans le sens où chaque phrase, parfois chaque mot, trouve son parfait contrepoint musical, ce qui d'une part explique la complexité des compositions, et d'autre part montre que l'agencement de toutes les pièces ne s'est pas fait au hasard. Bien que chaque facette texte/musique puisse se suffire à elle-même, l'effet recherché par Ebonylake ne peut être atteint que grâce à la combinaison des deux : la musique illustre les textes, tandis que les textes justifient la musique, pour un effet synergique rendant l'immersion totale. Car bien plus que des flashes, bien plus que des images, ce sont littéralement des court-métrages qui défilent dans notre tête, avec une précision diabolique.
La pièce "A Voice in the Piano" est de ce point de vue un modèle du genre. La perte d'un être cher, son corps s'enfonçant et disparaissant inexorablement dans les sombres profondeurs d'une mer tumultueuse. Tous les efforts pour l'arracher aux griffes d'une mort certaine … vains et désespérés. Le chagrin, poignant, la douleur, déchirante. La vie, devenant insupportable et inutile. L'appel irrésistible de la Faucheuse, sous les traits fantomatiques de l'être perdu. Son appel de l'au-delà, se manifestant au travers des notes d'un piano sinistre. Puis survient le suicide, soutenu par des attaques de cordes incisives, et le repos éternel, marquant l'un des rares moments d'accalmie où le piano se fait doux et mélodieux. Dénouement heureux ou fin malheureuse ? Nul ne saurait dire avec certitude, car l'ambiance de cet ultime mouvement clôturant la pièce, à la fois triste et romantique, très sombre et empreinte de sensations énigmatiques, laisse au spectateur que nous sommes tout un vaste champ d'interprétation.
Cette intensité dramatique et cette puissance hypnotique se retrouvent dans chacune des autres pièces qui constituent ce chef d'œuvre intemporel, dont le poids des années n'est aucunement parvenu à altérer l'éclat et la maestria.
Rarement un œuvre musicale n'aura été aussi riche et aboutie. Une œuvre qui, encore aujourd'hui même, n'a aucun équivalent. Tout juste pourrait-on se risquer à un parallèle avec Akercocke, de par le pays d'origine bien évidemment mais aussi par l'imagerie typée "aristocrate excentrique" et la volonté de ne pas s'imposer de limites artistiques, bien que la musique de Ebonylake soit infiniment plus complexe et largement plus ancrée dans le classique (ou plus exactement le contemporain).
Une œuvre habitée par la grâce, créée par des musiciens transcendés par le genre d'inspiration créative qui ne peut se trouver qu'une seule fois dans une existence d'artiste, le genre d'aspiration que l'on appelle communément le feu sacré. Recréer un tel exploit aurait été une quête désespérée et les britanniques l'ont bien compris, en préférant partir sur un coup d'éclat. Comportement hautement honorable, dont bon nombre de formations devraient prendre exemple, et qui n'en donne que davantage de cachet à ce chef d'œuvre qui, tel un lac d'ébène à la surface opaque et aux profondeurs insondables, n'est pas près d'avoir livré tous ses secrets.
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