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| CD paru le 11 Novembre 2008 - The End Records / Gan-Shin |

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DISC 1
1. Sa Bir
2. Vinushka
3. Red Soil
4. Doukoku to Sarinu
5. Toguro
6. Glass Skin
7. Stuck Man
8. Reiketsu Nariseba
9. Ware, Yami Tote…
10. Bugaboo
11. Gaika, Chinmoku Ga Nemuru Koro
12. Dozing Green
13. Inconvenient Ideal
DISC 2
"Unplugged"
1. Ware Yami Tote
2. Incovenient Ideal
3. Red Soil
4. Dozing Green (Before construction)
5. Dozing Green (Remastered Version)
6. Glass Skin (Remastered Version) |
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| Chronique |
 19 / 20 |
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Uroboros, c'est un peu comme la voix de Dieu qui scande ses châtiments de destruction et ses vœux de renaissance à l'infini. Bien à l'image du symbole référent de l'album, l'OUroboros. Le titre s’intègre bien avec l’univers plutôt puissant de l’album. Uroboros n’est pas sphérique, mais a une image ovale. Dans Uroboros, il y a définitivement un sentiment de mouvement.
D'ailleurs en parlant de référence, la première chose que l'on notera c'est que là où The Marrow of a Bone était un clin d'œil à Amebix pour son album No Sanctuary au niveau de l'artwork, celui d'Uroboros lui est inspiré de la cover de l'album Lizard du groupe King Crimson (si on considère que l'OUroboros peut être représenté comme un dragon, ça nous fait une belle histoire de reptiles entre lézard et dragon...). On voit bien que DIR EN GREY a envie de mettre en avant ses références et n'a pas en rougir. Cependant, la ressemblance s'arrête juste à l'image car la musique est d'un tout autre registre.
Ce n'est pas une mince affaire que de chroniquer un album tel que celui-ci, tout d'abord car DIR EN GREY quoi qu'en pense a marqué de son son et de son attitude la décennie passée et risque fort de marquer celle future avec Uroboros.J'entends déjà hurler au scandale, que cet album est une merde et ne vaut pas les deux premiers, ce à quoi je répondrais : ' Va écouter ta J-pop à deux balles et ton brulo death powercore au moins t'auras pas de surprises ni de prises de risque".
Oui, en effet, DIR EN GREY a évolué, après avoir imposé un son plus alternatif et expérimental au rock industriel et gothique mondial avec Macabre et Kisou, après avoir allié métal et mélodies en tout genres avec son Vulgar et Withering To Death.,le quintet nippon s'attaque avec violence et sensibilité aux structures plus complexes, nouveau tournant artistique amorcé par l'incompris, glacial et lugubre The Marrow of a Bone qui se voit avoir, ici, une incroyable et époustouflante suite avec cet Uroboros qui fera peut-être entrer DIR EN GREY au panthéon des groupes intouchables.
Parlant tout d'abord du son, car DIR EN GREY est avant tout un son,une genèse acoustique des plus improbables il y a un peu plus de dix ans qui pourtant est dorénavant vomi par les colliers à clous (et autres mèches roses).
Et sur cet album le son est démentiel, massif. Le groupe ne veut pas réellement s'embarquer dans quelque chose de nouveau ou de très différent de ce qui a été fait précédemment mais est plutôt dans une optique d'acception de soi. DIR EN GREY reprend les ingrédients qui font son identité et va même rechercher des éléments des albums précédents, comme, ici, l'indépendance des instruments et l'omniprésence de la basse bien à Macabre, les sons électroniques de Kisou, les mélodies de Withering To Death., le rock agressif de Vulgar ainsi que l'ultra-violence et l'extrême noirceur de The Marrow of a Bone. Sur Uroboros, DIR EN GREY devient sa propre et principale influence avec cette exploitation de leur héritage musical acquis jusqu'à présent et veut lui faire hommage de la meilleure façon possible. Ce disque renferme donc à la fois le passé de DIR EN GREY, son présent mais également son futur.
L'aboutissement des instruments est exceptionnel, une parfaite concordance entre eux qui ne forment qu'un, qu'une seule et unique entité comme un puzzle géant où la suppression d'une seule pièce fait que le tout s'effondre.
La concordance des guitares de Kaoru et Die est remarquable et forme une symbiose sonore. Les deux guitaristes jouent dans plusieurs domaines, bien qu'avec une majorité en saturé, ils n'hésitent pas à passer dans le registre acoustique où les deux énergumènes grattent même une mandoline et un Sitar électrique. Le riffing électro-distordu est très heavy et varié, empruntant beaucoup au genre du thrash (Gaika, Chinmoku Ga Nemuru Koro) et du metalcore. Cette lourdeur et agressivité électrique arrive également à se faire légère avant de replonger dans les profondeurs tranchantes (Toguro). Un seul petit riff suffit à identifier le groupe, une intro de 5 secondes vous fera reconnaître instantanément le morceau (RED SOIL), ou bien encore à poser une ambiance dès les premiers grattements d'une corde (Inconvenient Ideal),c'est sûrement ce qu'on appelle le talent.
Toshiya et sa basse nous prouvent qu'il y'a une infinité de possibilités de faire sonner une basse par simple fortement de cordes ou en slapping (STUCK MAN), de créer sa propre ligne mélodique mais surtout de la rendre cohérente au milieu des autres instruments. La façon dont celle-ci est mise en avant ne gâche en rien le son, on est même surpris par l'aspect clean de chaque instrument qui sonne bien distinctement sans empiéter sur les autres et à aucune fois on entendra un son 'brouillon'.
Shinya, le drummer infernal du groupe impressionne encore en osant des rythmes non conventionnels, en changeant son approche de la batterie. 8 beats sont joués pour l’intro de BUGABOO, et à côté de ça, il y'a une construction anormale pour tous les autres morceaux. L’enchaînement dans RED SOIL n’avait jamais vraiment été fait jusque là, il y'a une combinaison de la charleston et la ride sur le pont de Glass Skin et Gaika, Chinmoku Ga Nemuru Koro a le tempo DPM228, le plus rapide que Shinya ait pu jouer jusqu'à présent. (Note : c’est un blast beat) Le tout n'est pris que d'une seule prise aussi incroyable que cela puisse paraître. La batterie est donc pas mal sollicitée, même quand la chanson est calme. On pourra également noter, grâce aux sieurs Shinya et Kaoru, la présence fréquente du piano dans les compositions renforçant la mélancolie de l'ambiance ou permettant à l'auditeur des envolées plus légères (Glass Skin, Dozing green) ainsi que d'autres effets d'orgues au milieu des lourdes guitares saturées (RED SOIL). Le batteur joue même du conga et des percussions (Ware Yami Tote, Reiketsu Nariseba) pour coller à l'ambiance. Ce sont d'ailleurs les deux seuls endroits de l'album où il fera de l'overdub.
Du côté du nain blond vorace, ses lignes de chant sont plus que doublées sur certains passages (n'hésitant pas à superposer une ligne de grunts avec une ligne de chant clair et inquiétant comme sur BUGABOO combinant de cette façon terrible horreur avec innocente sensibilité), les envolées lyriques à la manière d'une sirène se font de manière envoûtantes. L'apparition de grunts caverneux et gras se fait remarquer ainsi que celle des borborygmes témoignant de la folie de Kyô, prophète dénonciateur de notre malheur. Son chant se fait extrêmement diversifié, il dégaine vraiment tout ce qu'il a apprit autant son chant ultra clair que son chant grave, ses hurlements en tout genre allant du plus hystérique au plus caverneux, léger phrasé hip-hop à la manière d'un Zack de la Rocha qui mâche ses mots (STUCK MAN) et apparition de mélodies orientales bien plus prononcées qu'auparavant (c'est sans rappeler que l'expérimentation avait déjà été faite sur quelques titres de Kisou notamment sur GYAKUJOU TANNOU KELOID MILK). Il y'a beaucoup de personnages qui entrent en scène dans les chansons, certains sont doux, d'autres offensifs, Kyô se devait dont d'utiliser sa voix de façon judicieuse pour transmettre l’univers de des paroles. Il chante avec la voix qui correspond à la scène donnée par le morceau en cours.
Toujours du côté des musiciens mais cette fois-ci concernant le CD -unplugged- en bonus dans la version limitée, des invités se font remarquer dans les compositions et la musique. Invités tels que Jun Fukamachi au piano et à l'orgue sur Ware, Yami Tote... et sur INCONVENIENT IDEAL ainsi que TADASUKE au piano sur RED SOIL. (Petit point sympa à préciser)
Les 5 nippons ont, sur Uroboros, un souhait de mélodies orientales avec une expérimentation du son poussée très loin où divers sons acoustiques ou électroniques côtoient les chants sacrés et mystiques. DIR EN GREY essaye, ici, de faire ressortir au travers du disque, les humeurs et ambiances générales qui se dégagent lors des concerts. Les émotions ressenties dans un contexte live. Parallèlement, le groupe a également tenté de mettre en évidence des teintes et atmosphères religieuses sous un angle Japonais. Tout ceci se faisant en partie grâce à l'apport de nombreux samples, l'utilisation d'une mandoline, d'un Sitar électrique par les deux guitaristes qui ont également utilisés plusieurs objets divers pour gratter leurs cordes de guitares sur certains morceaux, on a le droit aux Congas de la part de Shinya (Ware Yami Tote...), les variations vocales de Kyô. Mélodies croisées au rock pur (Toguro), entrecoupant un morceau ultra-violent (Reiketsu Nariseba) ou encore avec une certaine omniprésence dans la balade Inconvenient Ideal avec un chant haut perché s'adressant directement aux divinités, souriant sadiquement aux anges et clamant haut fort "destruction, culpabilité et renaissance", puis viennent s'ajouter les chœurs d'une marche guerrière plantant définitivement le clou dans le mysticisme qu'incarne cet album.
Tous les titres font preuve d'un certain travail sur la musique,sur les sonorités, sur les mélodies surtout sur l'atmosphère et l'ambiance générale mais pour confirmer la marque de fabrique, comme à l'accoutumée chez eux, chaque titre, chaque riff, chaque intonation de voix est des plus personnelles au groupe. Le tout sonne tout simplement DIR EN GREY, cette fois-ci encore plus que sur tous les précédents opus. DIR EN GREY reprend vraiment tout ce qu'il sait,le mélange, le modernise et transforme le son du passé ainsi que le son du présent en son de l'avenir. On peut ainsi retrouver quelques clins d'œil volontaires à leurs anciennes œuvres comme la structure de Reiktesu Nariseba qui fait fortement penser à celle de HYDRA (Macabre), le pont électro-psychédélique et ambiant de STUCK MAN qui aurait pu trouver sa place dans Kisou, le début de Toguro provocant une petite réminiscence de 24 Cylinders cette fois-ci en plus lourd ou encore le phrasé typé indus/positive punk de Kyô dans RED SOIL pouvant rappeler Audrey sur Macabre. Là où le groupe sait créer des ambiances intimistes, il sait aussi ne livrer que sa hargne, ses reproches et martyriser son confident avec un condensé où le mal-être et la fureur harcèlent.. Le parfait compromis entre ultra-violence, ambiance et sensibilité, l'incarnation sonore de l'esprit de DIR EN GREY aussi profond, mystérieux, complexe et sombre soit-il. .
Sur les 13 titres, DIR EN GREY montre sa capacité et sa maîtrise de tous les éléments, violence ou calme, mélodie cristalline ou torturée, DIR EN GREY est à l'aise dans tout les cas et reste dans son ambiance unique. Le groupe crée une musique ici une musique à son image, entre rock et extrême moderne, une musique noire et puissante avec une ambiance sombre mystique, envoutante, hypnotique, hallucinogène et hallucinée,capable de transporter l'auditeur vers d'autres sphères. Sa bir ouvre sur un monde et nous fait plonger en profondeur, on se demande comment sera le prochain endroit qui va s’ouvrir à nous.
Palme d'or au titre progressif Vinushka le noyau de l’album, où sont digérées maîtrisées et croisées les influences de groupes tels qu'Opeth, Orphaned Land, Amaseffer, Dream Theater portant désormais le nom de DIR EN GREY, qui résume en 9 min 30 (!) l'esprit de l'album : Malsain, envoûtant, ambiant, violent et mélodique à la fois et bien entendu mystique. (Quasi) Toutes les nuances d'Uroboros ressortent dans ce titre.
Du côté des revendications, les morceaux ont eux même un fort univers, qu’il soit restreint ou alors très vaste. Uroboros apparaît une fois de plus comme le plus recherché par rapport aux précédents, là où The Marrow of a Bone était une violente insulte physique envers la société moderne, Uroboros traite, à son image, de sujets plus psychologiques, mystiques, tout en continuant d'être en rapport avec les horreurs humaines et le malêtre qu'impose la société moderne à l'homme. Les principaux thèmes abordés sont la culpabilité, la destruction, le rapport de l'humain à la haine et surtout la mort. Ou plutôt un certain nombre de questionnements sur "y'a-t-il une vie après la mort ou juste la mort après la vie ?". Chaque chanson a un message mais ce n’est pas un tout. Quand on a fini d’écouter les 13 chansons, les riffs qui ont marqués, la douleur et la lourdeur des sensations restent à l’esprit, mais ça ne se limite pas qu’à ça. On garde aussi une impression de douceur. On ressort d'Uroboros avec plusieurs sensations d'arrière-goût. C’est dans cet état d’esprit que, pour chaque paroles, est laissé un sentiment d’incomplétude, ou une difficulté à comprendre. Après, ceci est fait de telle sorte qu’à un seul moment dans la chanson, les paroles rentrent bien dans l’oreille. A part ça, elles ne sont pas mises en avant. Le nain Kyô écrit dans le but d’avoir une image qui arrive facilement à l’esprit, quand on a écouté la totalité de l’album. Les paroles ne contiennent que pas de la haine et que de la rancœur, elles montrent un monde qui s’est ouvert et qu’on observe des profondeurs. Le Kyô de DIR EN GREY a choisi de regarder le ciel des bas fonds et de laisser un sentiment d’arrière-goût. Les paroles contiennent du désespoir et de la colère, pourtant, quand on a tout écouté, bizarrement ce n’est pas le désespoir qui reste, on ressent une image de force et un grand désir d’aller de l’avant.
Une autre chose est notable, c'est ce désir par le groupe de se faire comprendre au-delà de toutes barrières, ce souhait de compréhension de tous vis à vis de leur message. C'est ainsi que le quintet fou n'hésite pas à surprendre en apportant des nouvelles versions de ses singles Dozing green et Glass Skin avec les lyrics en anglais cette fois-ci, les avis sont et seront divergents, il n'empêche que le dialecte anglais est relativement beau et doux, cela facilite bien plus la compréhension des chansons elles-mêmes, chose qui donne plus d'impact à ces morceaux. Par ailleurs on peut saluer la prestation de Kyô pour son anglais nettement amélioré et beaucoup moins incompréhensible. L'effort se doit d'être reconnu. Il arrive même que Kyô veuille faire passer un véritable message au travers de Ware Yami Tote..., chanson d'amour où l'on pourrait croire qu'il s'adresse à une personne en particuliers mais c’est une chanson destinée à ceux qui écoutent, ceux qui comprennent et ceux qui viennent aux concerts de DIR EN GREY.
Uroboros est donc un album aux tonalités bien différentes tout en restant dans la lignée du précédent, avec des sons bien rock, des spasmes de Crossover groovy (STUCK MAN), de rock industriel et progressif (RED SOIL), du post-rock taillé pour la scène (TOGURO, Dozing green), de l'horror-punk qui croise les chemins du grindcore (Reiketsu Nariseba), des violentes rafales de death métal typé indus, tantôt mêlé à des structures plus rock et à ambiance sombrement unique façon The Old Dead Tree (BUGABOO) ou encore une visite plus moderne du metalcore progressif digéré, maîtrisé (Gaika, Chinmoku Ga Nemuru Koro). Ceci formant un tout, une sphère mobile flirtant avec le gothique (Inconvenient Ideal -unplugged- avec son orgue, RED SOIL -unplugged- et Ware Yami Tote... -unplugged- avec l'accompagnement au piano inquiétant) et les atmosphères lugubres orientales sortis des temples nocturnes de la déesse Shiva à la manière de Rajna (l'introduction Sa Bir). Mais que serait DIR EN GREY sans ses éternels power ballades transperçantes ? A cette image, Inconvenient Ideal rempli bien son rôle en alternant et superposant mélodies vocales légères, guitares lourdes et chœurs guerriers plantant définitivement le clou dans le mysticisme que dégage ce disque.
Enfin bref vous l'aurez compris, cet album est extrêmement riche.
Le tout est un disque extrêmement noir et mystique qui dose intelligemment la violence avec la douceur (douleur ?). L'apogée de DIR EN GREY peut-être ? Pièce maîtresse de DIR EN GREY à ce jour, Uroboros est DIR EN GREY et DIR EN GREY est Uroboros.
Uroboros est une alliance parfaite de poésie intime et noire, de colère et de rock. Un aveu malsain où le pardon n'est pas demandé. L'excellente symbiose de la sensibilité, de l'émotion, et du gros son dans un tout agrémenté de mélancolie poignante.
La dureté déchirante, criante côtoie la sensibilité à fleur de peau.
Crachat de venin sanguinolent, charme morbide et dolent, les chansons douces et violentes laissent une saveur troublante. On s'y sent comme en plein rêve dans l'immensité noire. Le flot de cris ou de chuchotements accompagnés de notes par ses archets dessine un air fatal, une détresse, une ivresse. Fureur, bruit, déchirement, douceur,mélancolie s'entremêlent et se séparent merveilleusement nous détruisant et nous faisant renaître à l'infini.
Ce qui en ressort est une musique au tournoiement de couleurs sombres, de sons lugubres et prenants. Le halo d'instruments avec la poussière sonore étale la puissance, la vision d'Uroboros. Mystique, torturé, obscure, merveilleux, évasif, cet album hallucinogène transporte l'auditeur halluciné qui, par le biais de la musique, se voit avoir un tas de représentations en tête. Une véritable expérience synesthésique qu'est Uroboros.
Uroboros n'est en rien plus calme que The Marrow of a Bone, au contraire, les titres violents le sont bien plus que sur ce dernier, cependant Uroboros se fait plus poétique, la différence est là.
Emotionellement fort, prenant et sincère, riche dans la composition, dans son ambiance et surtout dans sa musicalité, DIR EN GREY nous livre sans conteste leur meilleur album, album qui est le fruit de 11 ans de travaux acharnés, de voyages autour du monde à la découverte de nouvelles cultures, de nouvelles façons d'aborder la musique elle-même et de la concevoir, résultat d'onze années d'exploration et d'expérimentations de l'art le plus vaste qui soit.
Uroboros boucle une boucle et en démarre une nouvelle, une nouvelle ère pour DIR EN GREY. Vivement les concerts pour voir ça et vivre ça de façon grandeur nature.
Uroboros ou l'étranglante caresse, nostalgie au suffocant soupir.
PS : Pour moi la claque de l'année 2008, album de l'année toutes catégories confondues et qui risque d'y être pour longtemps aux côtés de The Way of All Flesh de Gojira. Comme dit bien plus haut, DIR EN GREY va marquer l'avenir avec cet album.
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| Chronique |
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"Je n'ai pu aimer que là où la mort mêlait son souffle à celui de la beauté", cette citation justifie à elle seule la discographie d'un Dir En Grey, qui cherche dans la mort, dans l'horreur, son amour de la musique. 10 ans de recherche sans compromis, laissant de côté de nombreux fans des débuts, en gagnant d'autres, avec une qualité variant entre hauts et bas. Evolution d'un groupe sans concession, Uroboros représente un défi de taille pour le groupe après le controversé The Marrow of a Bone... Synthèse d'une carrière remplie ; la bande à Kyo livre avec cet album un joyau, un de ces disques qui feront date et qui s'avère, sans nul doute, la pépite de leur discographie. Evolution, remise en question, innovation, qui dans l'abnégation de repousser les limites, trouve enfin une porte de sortie pour un résultat somme toute fantastique.
Disons le clairement, Uroboros est l'album le plus sombre, le plus noir de toute la discographie de Dir En Grey. Les deux minutes d'introduction de Sa Bir annoncent la couleur, à la fois glaciales et minimalistes, où les vocalises de Kyo sonnent telle une bourrasque de vent froid. Tout est épuré, sombre, même les instrumentations orientales se font malsaines, avant de laisser place à la première piste de l'album, Vinushka. Débutant pratiquement a capella, cette piste résume à elle seule tout un album, du long de ses neuf minutes trente. Les longues vocalises laissent alors place, après un sombre pont, à un long couplet derrière lequel l'ambiance se fait trop calme, la noirceur du propos émanant principalement du chant... Le refrain laisse entrevoir l'espoir d'une accalmie avec le retour du chant clair. La piste monte alors crescendo dans la folie avant d'exploser avec violence ! Vinushka est tout simplement une des meilleures pistes composées par la formation et s'avère à l'image parfaite de l'album, entre violence et mélodie.
En effet, Dir En Grey continue à évoluer dans la ligne tracée par son précédent album. Mais là où The Marrow of a Bone était un disque spontané, brut de décoffrage dans son approche, Uroboros lui se pose, autant en terme technique que musical, comme l'album le plus réfléchi et le plus mature du groupe. Les chansons ne sont pas un assemblement de riffs sans saveur mais résultent d'un long processus de composition où le moindre pont, le moindre cri ou bien encore les multiples arrangements sonnent juste. La musique sur cet album sonne enfin comme un résultat unique, sans aucune comparaison possible, à la différence du précédent disque. Mais , malgré son statut de vilain petit canard,The Marrow of a Bone avait le mérite d'amener la formation vers de nouvelles terres, de changer encore le son de Dir En Grey, et permet de mieux comprendre et d'appréhender les sonorités d'Uroboros qui se pose comme l'apogée de cette évolution.
Plutôt que de faire fi de la brutalité tant reprochée sur leurs précédentes compositions, celle-ci se fait modulée, réfléchie pour mieux ressurgir dans le processus et le rendu émotionnel. Celui-ci n'en est que plus fort, se faisant à la fois terriblement intense et plus sombre, les plages violentes résonnant alors comme une violente attaque, terrassant l'auditeur avec d'autant plus de puissance. Tout comme, dès que l'accalmie se fait sentir, la mélancolie n'en est que plus forte, comme sur Ware Yami Tote, et ses sept magistrales minutes, ou encore Toguro et son chant sublime, où Kyo module sa voix au début tel un récital arabe. Avec cette subtile phrase, je veux en venir à l'un des points essentiels de ce nouvel album. Plus qu'un nom, Uroboros cache en fait un véritable album concept, aussi bien sur le plan des paroles que de la musique.
En effet, les compositions sont toutes axées autour des mêmes thèmes que ce soit la peur de la mort, ce qu'il y a après la vie, mais aussi de la haine et la violence de l'homme, et de l'éternel recommencement. Au niveau de l'écriture, Kyo s'est surpassé, s'écartant avec brio du précédent album et de ses FUCK FUCK FUCK à outrance, et cela va de pair avec sa remise à niveau vocale. Car si il y a un changement avec The Marrow of a Bone, il est bien à mettre à l'actif du chanteur, qui retrouve ici son niveau dans les voix claires, tout en expérimentant au maximum. Vous n'aviez pas apprécié les précédentes brutalités auditives d'un Kyo se faisant hurleur sur Agitated Screams Of Maggots ? Vous risquerez d'être encore plus troublés par ses cris dignes d'un Donald Duck rappeur sur la plupart des morceaux violents de cet album. Mais ici encore, tout semble réfléchi et les variations nombreuses ne font que rendre plus appréciable ses incartades vers la folie vocale. L'apport des Death-voices de la part des autres membres du groupe donne alors encore plus d'impact à la violence comme sur Reed Soil où la batterie de Shinya résonne durement, déchainée comme jamais.
Mais c'est surtout d'un point de vue musical tout autant que d'un point de vue conceptuel qu'Uroboros s'impose comme la pépite du groupe. Le symbole du serpent qui se mord la queue prend ainsi ses racines dans les cultures mésopotamiennes et sumériennes, au berceau de la Méditerranée et des cultures arabes. C'est donc logiquement que les sonorités de l'album elles aussi naissent et s'abreuvent de ces lieux. Autant au niveau des sonorités des guitares, que des ajouts d'instruments, tout est fait pour donner un maximum de cohérence musicale à ce nom d'album. Ainsi s'étonne-t-on d'entendre au détour des morceaux des mandolines, ou des violons, quand ce ne sont pas les guitares et les structures rythmiques qui empruntent aux musiques arabes. Et en les réadaptant à son rock, Dir En Grey, musicalement, frappe un coup énorme. Cette synthèse entre les thèmes et la musique explose sur Reiketsu Nariseba. Faisant penser à un croisement entre Melechesh et un Mr Bungle sous amphétamine, les vocalises totalement hallucinées de Kyo s'allient à la dansante et malsaine violence qui émane de ce morceau !
La musique de cet album en devient imprévisible, tout en étant cohérente. Les changements de genre, que ce soit entre les morceaux ou en leur sein même, se suivent tel un tout homogène avec ce fil directeur musical. Les deux singles étaient d'ailleurs de beaux leurres à ceux qui pensaient revoir le groupe des débuts. Oui, Dir En Grey a évolué, mais a enfin trouvé sa résultante et la conclusion aux recherches entamées sur Withering To Death. La technique des musiciens met d'ailleurs en exergue cette faculté à évoluer, à cette recherche du résultat parfait entre la mélodie et la violence du propos de la musique. Chose que recherche depuis ses débuts, quelque soit le style joué, Dir En Grey. Les guitares de Die et de Kaoru ne se contentent plus de simplement jouer des banals riffs à qui va le plus vite, mais livrent ici des plages monumentales voire parfois presque minimalistes. Le tout s'entrecroise avec la basse de Toshiya que l'on prend enfin plaisir à réentendre après un album passé en base rythmique continue. Celui-ci se fait d'ailleurs plaisir, livrant des lignes vraiment originales et puissantes, comme sur l'explosive et groovy Stuck Man où son slap fait des ravages. Mais la performance la plus impressionnante du point de vue des musiciens reste le jeu de Shinya sur cet album. Celui-ci livre une prestation totalement hallucinante, habité comme jamais et atteignant un niveau technique d'un très haut niveau. La double exulte, les cymbales explosent au rythme du jeu extrêmement varié du batteur, qui livre un véritable récital, tour à tour dansant, groovy, mais surtout, brutal!
On pourrait parler au niveau des défauts d'un point qui reviendra beaucoup pour certaines personnes, qui est la réécriture de Dozing green et Glass Skin en version anglaise, mais les chansons ne perdent aucunement leur impact émotionnel. Le rendu est juste légèrement différent et perd peut-être en intensité sur Glass Skin ce qu'il gagne en noirceur sur Dozing green. En bref, le passage à l'anglais est plus que correctement accompli pour ces morceaux qui laissent apprécier l'anglais toujours aussi approximatif de Kyo. L'album se conclut sur Inconvenient Ideal, morceau le plus mélancolique de l'album, certainement le plus doux aussi, conclusion sublime à un album d'une toute aussi grande qualité.
Uroboros est le Kashmir de Dir En Grey qui aurait bouffé du Death, du black et un brin de Mike Patton. De la folie, de l'imagination, de l'horreur, de la haine et de l'espoir, tel est cet album. Les 12 chansons telles les 12 fructifications de l'arbre de vie, telle l'horloge aux douze cadrans, semblent contenir le temps, le présent, le passé et l'hypothétique futur du groupe. Le serpent qui se mord la queue, représentant le cercle d'une vie, quel autre symbole aurait mieux sied à un groupe dont le principal reproche et la plus grande qualité à été de toujours évoluer en ne faisant totalement fi du passé, de sa noirceur et de ses thèmes. Cercle de dix années de vie musicale dans l'analyse et la mise en avant des bassesses de l'humain. Apogée d'un style, apogée d'un artiste pour lequel il sera difficile d'aller plus loin. Avec un tel nom, Dir En Grey veut-il indiquer qu'il arrive à la fin d'un cycle, à la fin de sa vie ? Ou tel l'Uroboros égyptien, celui-ci indique-t-il, plus qu'un retour et une prise de vue du passé, une renaissance artistique pour un futur glorieux ? Il ne reste plus qu'une chose à faire. Se délecter de cette merveille, et attendre.
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