Ghost

Paroles
Type Album
Date de parution 20 Juin 2011
Produit par Townsend Devin
Style MusicalMetal Progressif
Membres possèdant cet album132

Tracklist

DISC 1
1. Fly
2. Heart Baby
3. Feather
4. Kawaii
5. Ghost
6. Blackberry
7. Monsoon
8. Dark Matters
9. Texada
10. Seams
11. Infinite Ocean
12. As You Were
DISC 2
1. Radial Highway
2. Drench
3. Mend
4. Watch You
5. Fall
6. Late Summer
7. Moonshine
8. Perspective
9. Coming Home

Chronique @ elfiremi

25 Juin 2011

Un album différent, très différent...

17/20

Il est probable que ce que nous pouvons considérer comme un chef d'œuvre ait la propriété première d'être imprévisible, profondément inattendu. Ce qu'il y a de grand, ce qui bouleversera nos oreilles demain, nous ne pouvons l'anticiper: c'est un futur hors de portée. Il suffit qu'un artiste devienne prévisible pour que son œuvre disparaisse aussi rapidement que les rides qui courent à la surface de l'eau. Le problème, c'est que Devin Townsend a frappé déjà plusieurs fois assez fort, au point qu'il aurait été commode pour lui de se tenir bien tranquillement installé dans son concept, à l'abri des risques. Pourtant...

La quiétude incarnée par la seconde partie du double album Deconstruction / Ghost est proprement inattendue, et la première écoute peut déstabiliser même les plus fidèles de la chapelle Devin. Aussi ai-je crié, à la face de l'océan Atlantique, « Dieu, mais qu'est-ce? »! Aurait-on introduit par mégarde un disque de relaxation New-Age de Nature et Découverte dans mon lecteur ? Est-ce là l'œuvre écrite par David Karadine à l'époque de la série Kung-Fu ? Car cela est vrai, Ô chers amis, j'ai douté, douté tel Thomas dans l'Évangile, douté à propos de cette étrange retour d'un canadien auquel j'aurai pourtant acheté tout le sirop d'érable de la terre. Puis, après avoir ravalé le venin létal de mon extraordinaire sens critique, j'ai écouté... Et j'ai aimé!

Tout est travaillé dans ce deuxième volet, de telle sorte que Devin Townsend a taillé un pur diamant dans la roche brute. Chaque chose semble prodigieusement à sa place, à commencer par cette flûte traversière omniprésente dans l'album qui pourrait bien faire office de fil d'Ariane. Aussi tisse-t-elle un chemin éthéré qui fait de chaque piste une étape du voyage dans un concept-album doté d'une véritable unité. Majoritairement acoustique, il intègre cependant ces nappes si caractéristiques de Devin Townsend, qui nous projettent rapidement dans les grands espaces, parmi la nuit étoilée du morceau Ghost, ou les montagnes de Fly. Blackberry, avant l'introduction d'une partie Banjo jouée par Devin himself, nous propose même d'écouter le chant des grenouilles (remarquez, ce n'est pas la première fois, puisque hypergeek dans Synchestra exprimait déjà cette amphibiphilie)!

Quoiqu'il en soit, Devin Townsend se permet des choses, bouscule les lignes, en témoigne les influences parfois presque asiatiques de Monsoon (« mousson » en français) ou le doublet vocal planant de la chanson Ghost où une amie de Devin (qui ne se considère pourtant pas comme une véritable chanteuse!) assure le décollage de l'appareil. Car de toute évidence, l'album nous installe dans une paisible verticalité, qui nous permet de goûter l'espace d'un temps qui dépasse largement celui de l'album, à une douce paix intérieure par-delà le tumulte d'un quotidien affairé. Des morceaux comme Dark Matters ou Texada témoignent, à travers leur orfèvrerie de nappes, d'une démarche quasi-méditative, nous embarquant dans un crescendo complexe et sans turbulences. On peut même trouver un témoignage, dans l'introduction de Texada, qui évoque la parole donnée d'un chamane, ou encore planer au-dessus des remous océaniques d'Infinite Ocean.

Un album d'une richesse inépuisable donc, à l'abri de l'usure provoquée par les multiples écoutes, et un chant (tant de Devin que de son amie) délicat, subtil, qui semble revenir d'un ailleurs dont il témoigne. Le pianiste et compositeur français Erik Satie disait que sa musique aurait rendu poétique les scènes les plus banales du quotidien, à commencer peut-être même par le bruit des couverts. Il semble que Ghost soit de cette trempe, révélant à notre regard un monde inédit lorsque nous l'écoutons, faisant muter les jardins et les antennes paraboliques en promesse de tendre voyage. Cette pièce conjuguée à la force de Deconstruction sonne comme l'une des plus belles choses de Devin Townsend, si bien qu'il faudra réintégrer cela à la tétralogie, pour faussement espérer épuiser la plupart des pistes...

27 Commentaires

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glower - 04 Septembre 2011: ok je verrais ,j'écouterais ce soir :p merci
Cucrapok - 17 Mars 2012: Aucun doute possible à la lecture: cet album est d'un ennui mortel!
VVolf - 01 Mai 2013: GHOST est un abus de guimauve. Devin veut se la jouer cool mais j'ai beau avoir donné de nombreuses chances à cet album, ça ne passe vraiment pas. Tout les instruments sont perdus/noyés dans de la reverb et cette flûte de pan holala, rarement entendu plus niais. Je trouve KI bien plus chouette, avec ses brins de folies comme Trainfire
CrashingComet - 08 Fevrier 2015: Album que j'écoute intégralement pour la première fois en ce jour, et quelle claque. C'est beau, c'est apaisé, et tout sauf niais je trouve. Devin est un homme serein à présent, n'en déplaise aux nostalgiques de Strapping Young Lad.

En tous cas, sacrée idée que de faire se terminer la tétralogie comme elle avait commencé: les arpèges que l'on entend au début et à la fin de As You Were (dernier morceau de Ghost) sont les mêmes que ceux de A Monday (premier morceau de Ki). Simple, mais il fallait y penser...
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Chronique @ =XGV=

01 Juin 2014

Ghost, malgré ses défauts, renferme des passages envoûtants qui sauront charmer les amateurs d’ambiances méditatives

Comme vous le savez sans doute, Devin Townsend est un artiste à part, avec sa propre patte, qui aura su sortir des albums de Metal mémorables du plus rageur (City, avec Strapping Young Lad) au plus apaisant quoique mélancolique (Ocean Machine). Ces deux œuvres en particulier ont véritablement marqué de nombreux esprits et expliquent le statut culte du personnage, voire même pour certains la qualification de génie. D’autres diront que ces termes sont largement exagérés, mais qu’importe ce débat car aujourd’hui, c’est Ghost, un album spécial du canadien que je vais vous présenter. Pourquoi spécial ? Parce qu’il fait partie de ceux où Devin s’écarte du Metal pour explorer d’autres contrées musicales.

Pour ceux qui ne connaissent guère le personnage, autant dire que ce n’est pas avec Ghost que vous découvrirez bien ce dont l’homme est capable. Avant toute chose, il convient de savoir qu’il fait partie d’une quadrilogie d’albums (Ki, Addicted, Deconstruction et Ghost) évoluant chacun dans un style différent sortis entre 2009 et 2011, sous le nom The Devin Townsend Project. Chacun de ces albums aura été enregistré avec un line-up différent.

Exit les guitares saturées. Ici, c’est un album tout en acoustique auquel nous avons droit. Mais pas avec simplement de la guitare acoustique, attention ! Cet album est plus qu’un simple portage de la musique de Devin Townsend en « Unplugged ». Musicalement, c’est à quelque chose de totalement nouveau que nous avons droit. Sur Ghost, Devin Townsend fait appel à des instruments divers et variés tels que de la flute (qui n’a rien de Folk, autant prévenir tout de suite), des claviers (beaucoup de claviers), du banjo, de la batterie (mais calme) et même du chant féminin de la part de Katrina Natale, qui accompagne Devin dans quelques duos… et encore, j’en laisse de côté !

La question que vous vous posez sans doute maintenant, c’est : mais comment mélange-t-il tous ces éléments en quelque chose de cohérent ? À quoi la musique ressemble-t-elle concrètement ? C’est très simple, puisqu’un mot décrit parfaitement Ghost : apaisé. L’album a souvent été qualifié d’Ambient ou de New Age, ce qui devrait vous donner une idée. Les nappes de clavier dominent clairement l’ensemble et le chant est très souvent éthéré, lointain, fantomatique. Écoutez par exemple Heart Baby, où Devin chante d’une voix douce, mais retirée, comme pour laisser place à la flute et aux quelques notes de guitare, le tout enrobé dans les nappes de claviers. L’album est lent, très posé et totalement axé sur l’ambiance. Si certains morceaux proposeront une mélodie et du chant très en avant, à l’image de Blackberry et son duo vocal masculin/féminin de qualité, nombre d’entre eux reposeront avant tout sur des nappes sonores directement issues du genre Ambient. Vous voilà prévenu : si vous voulez quelque chose qui bouge, Ghost n’est pas fait pour vous.

L’intérêt de l’album réside dans l’interprétation que l’on peut en faire. L’atmosphère dégagée est telle qu’on peut soit y trouver la paix ou alors se plonger dans la nostalgie, voire dans une certaine mélancolie. Certains morceaux évoquent quelque chose de précis, il est vrai, à l’image de Fly, où l’on se prend à rêver d’évasion. Mais que doit-on ressentir à l’écoute de Kawaii, dont il est difficile à dire s’il évoque la paix intérieure ou la mélancolie ? Chacun y verra ce qu’il voudra et c’est là une des forces de Ghost.

Cependant, tout n’est pas si bon que ça sur cet album et il possède de réelles faiblesses. Si le travail de production de Devin est irréprochable (comme à l’accoutumée) et parvient à réaliser des nappes riches et cohérentes, l’Ambient est un style difficile à maîtriser. Force est de reconnaître que les morceaux les plus réussis et les plus mémorables sont ceux qui reposent le plus sur le chant et la mélodie (Fly, Blackberry, l’enchaînement Kawaii/Ghost…). Plus on entre dans l’Ambient pur et dur (Infinite Ocean ou la deuxième partie de Feather, par exemple), plus l’ennui s’installe.

On ne peut pas dire que ces titres soient véritablement mauvais, ils sont mêmes plutôt bien composés, mais ils ont souvent le cul entre deux chaises. Placés au milieu de morceaux portés par le chant, ils font tache. De plus, si les nappes musicales sont intéressantes, elles ne semblent souvent aller nulle part. Entre le début et la fin du morceau, on a l’impression qu’il ne s’est rien passé (comme Infinite Ocean) et qu’on a plus ou moins tout entendu au bout d’une minute. Cependant, le plus gros problème vient selon moi de la longueur de l’album (une heure douze, quand même), qui rend l’ensemble difficilement digeste. Étant donné que les derniers morceaux sont souvent les plus Ambient, pour peu qu’on accroche que moyennement au ton de l’album, on en a rapidement marre et on ne retiendra que les morceaux les plus mélodiques.

Devin Townsend tente des choses avec Ghost et s’en sort en réalité assez bien. Le problème étant qu’au final, l’album est handicapé par sa longueur excessive, qui lassera une bonne partie de son public, peu porté sur une musique très calme et atmosphérique pas toujours maîtrisée sur le bout des doigts. C’est bien dommage parce qu’en retirant les quelques passage inutiles, on gagne facilement une demi-heure et l’album en serait ressorti plus digeste. Cependant, il serait dommage de passer sur Ghost, qui malgré ses défauts, renferme des passages véritablement envoûtants qui sauront charmer les amateurs d’ambiances méditatives.

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Arthron - 05 Juin 2014: Belle chro merci ! D'accord avec toi pour la longueur, même si pour moi c'est le seul véritable défaut de l'album. L’enchaînement des trois premiers titres est d'une puissance, d'une beauté... Un album qu'il faut écouter dans les bonnes conditions.
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