S'il est un groupe qui porte bien son nom, entre tous, c'est Darkspace. Leur musique est obscure et glaciale comme doivent l'être les profondeurs cosmiques. Enfin, j'imagine. J'avais trouvé les deux premiers opus fantastiques, et somme toute plus accessibles que ce que fait Winther en solitaire, à savoir les démos de Paysage d'Hiver. Il est vrai que quand on écoute Darkspace, on sent bien le lien de parenté entre les deux projets : même inspiration, même souffle, même voyage au travers d'étendues aussi belles que dévastées par le froid et la mort.
S'il fallait résumer "Dark Space III" en quelques mots, je dirais que cet album relève purement et simplement du génie. En 79 minutes réellement inspirées, il réalise à tous les niveaux la synthèse parfaite de "Dark Space I" et "Dark Space II". S'il est musicalement plus proche du premier, déjà par la longueur des titres, il est, dans l'esprit, tout à fait dans la continuité du second. Voilà bien longtemps que je n'avais pas pris une claque aussi violente.
On retrouve donc, dans "Dark Space III", tous les éléments si caractéristiques du trio helvète. Des guitares reconnaissables entre mille, sur-saturées, avec un son monstrueux de lourdeur et de puissance. De véritables rouleaux compresseurs. Lentes et pesantes sur les intros et les breaks, et se déchainant au fil des morceaux en créant des sortes de nappes continues en parfaite osmose avec celles que produisent les claviers. Ces derniers sont quant à eux davantage mis en relief par rapport à Dark Space I, mais on n'a pas en revanche de parties purement ambient, comme sur Dark Space II (à part peut-être Dark 3.15). Leur présence est accentuée par une production plus "propre" que sur les précédentes galettes. La rythmique et les vocaux, en retrait, sont toujours aussi inhumains. On doit monter sur la plupart des titres à quelque chose comme 180 ou 190 bpm.
L'ambiance lourde devient, au fil de l'album, véritablement oppressante. Il est difficile de privilégier un titre plutôt qu'un autre tant l'ensemble est cohérent, à la fois simple et complexe. De "Dark 3.11" à "Dark 3.17", tout est parfait, magique. Il s'en dégage une atmosphère à la fois mystique, obsédante et hystérique. L'album s'apprécie en boucle, plusieurs fois de suite, sans aucune lassitude. Il devient même au fil des écoutes de plus en plus addictif et hypnotique. L'écoute au casque, à pleine puissance et dans le noir, se révèle particulièrement jouissive. Quelque chose comme un trip totalement planant à l'intérieur d'une chape de plomb. Je me comprends.
Pour conclure, je dirais que ce que pose Darkspace, album après album (et sur celui-ci encore plus que sur les autres), c'est un jalon définitif dans l'histoire du black-dark ambient. Ce qu'on fait de mieux et de plus abouti dans le genre. Et à ceux qui me trouveraient étrangement et excessivement élogieux, je n'ai qu'une réponse à donner : écoutez-le, vous comprendrez. Du génie, vous dis-je.
A noter que sur "Dark 3.16", on retrouve une séquence de dialogue du "Prince des ténèbres" de John Carpenter :
"Suppose what your faith has said is essentially correct. Suppose there is a universal mind controlling everything, a god willing the behaviour of every subatomic particle. Well, every particle has an anti-particle, its mirror image, its negative side. Maybe this universal mind resides in the mirror image instead of in our universe as we wanted to believe. Maybe he's anti-god, bringing darkness instead of light."
Tout est dit. Un 20/20, sans hésitation.
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