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Cradle Of Filth The Principle of Evil Made Flesh
CD, date de parution : 24 Fevrier 1994 - The End Records / Cacophonous Records
Style: Black Gothique
1 2

NOTE SOM : 14/20
Toutes les notes : 16/20 Vous devez être membre pour déposer une note
Tracklist
1. Darkness Our Bride (Jugular Wedding) 02:00
2. The Principle of Evil Made Flesh 04:34
3. The Forest Whispers My Name 05:06
4. Iscariot 02:33
5. The Black Goddess Rises 06:48
6. One Final Graven Kiss 02:15
7. A Crescendo of Passion Bleeding 05:30
8. To Eve the Art of Witchcraft 05:28
9. Of Mist and Midnight Skies 08:10
10. In Secret Love We Drown 01:29
11. A Dream of Wolves in the Snow 02:10
12. Summer Dying Fast 05:39
13. Imperium Tenebrarum (Hidden Track) 00:49
Total playing time 52:34

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172 avis 4 16/20
Chronique
13 / 20
    Vinterdrom, Lundi 14 Septembre 2009 parlez-en à vos amis  
Toute culture se doit d'évoluer et se diversifier afin d'éviter une sclérose prématurée et ainsi perdurer à travers les âges. Ainsi est la règle, implacable, universelle, et le metal n'y échappe pas.
Les années 80 virent alors, parallèlement à la continuation des styles dits traditionnels tels que le heavy, l'émergence des scènes extrêmes doom, death et black, certaines formations musicales aventureuses cherchant un renouveau salvateur vers davantage de lenteur et de lourdeur, ou au contraire dans une course effrénée vers toujours plus de vitesse, toujours plus de brutalité, tout en restant fermement enracinées dans un terreau metal "traditionnel".
Dans les années 90, ces mêmes genres extrêmes furent le théâtre d'une révolution interne leur conférant un habillage esthétique, les éloignant ainsi plus ou moins de leur rudesse originelle, résultant en des orientations plus mélodiques, atmosphériques ou symphoniques (d'ici à ce qu'on puisse également les qualifier de plus accessibles, il n'y a qu'un pas qui est très souvent franchi), héritées de la muse de certains avant-gardistes n'hésitant pas à remplir leur puits d'inspiration artistique à la source de divers styles situés hors du microcosme metallique.
Ainsi, la base doom de Thergothon s'acoquina à l'ambiant pour créer la pierre angulaire du funeral doom ("Stream from the Heavens"), le doom/death de Paradise Lost se colora de manière très subliminale d'éléments darkwave pour jeter les bases du metal gothique ("Gothic"), et Emperor insuffla au black une dimension symphonique héritée du goût immodéré de Ihsahn pour la musique classique ("In the Nightside Eclipse"), pour citer non-exhaustivement quelques exemples historiques.

Dans ce constant renouveau qui permit au metal de bénéficier de toujours plus de richesse et de variété, les britanniques de Cradle Of Filth vont quant à eux proposer avec leur premier album "The Principle of Evil Made Flesh" une approche très personnelle, basée sur un mélange inédit de black metal et d'atmosphères gothiques (qui inspirera par la suite moult formations telles que Ancient Ceremony, Hecate Enthroned, Enslavement Of Beauty ou encore Agathodaimon), le terme "gothique" (revenant souvent au sujet de Cradle) ne provenant aucunement d'une quelconque affiliation directe avec la musique gothique (bien que certaines formations de darkwave telles que Untoten jouent ostensiblement sur les mêmes thèmes que Cradle), mais plutôt en référence aux ambiances de roman gothique que Cradle a la volonté d'insuffler dans sa musique, sous l'impulsion de son incontestable et incontesté leader et directeur conceptuel Daniel Lloyd Davey (alias Dani), un invétéré mordu de ce genre littéraire, de même que de tout ce qui est en rapport avec le mythe des vampires, le "Dracula" de Bram Stoker en tête.

Cette première œuvre sortie en 1994 et ornée d'une remarquable pochette esthétiquement crue représentant deux femmes dénudées s'enlaçant en une étreinte mortuaire, s'oriente donc sur une sorte de "black vampirique", qui, au sein de la seconde vague du black metal essentiellement localisée en terres scandinaves, se distingue nettement de l'expression symphonique et grandiloquente d'un Emperor ou de la stylisation atmosphérique et nostalgique d'un Dimmu Borgir (considérant leurs premiers albums respectifs, "In the Nightside Eclipse" et "For All Tid", publiés la même année), grâce à des harmonies et nappes de claviers vespérales, vecteurs de l'expression d'un romantisme sombre et de l'invocation des créatures de la nuit, délivrant leur plein pouvoir envoûtant lors des magnifiques instrumentaux que sont la cérémonie d'ouverture "Darkness Our Bride (Jugular Wedding)", le mystérieux et inquiétant "Iscariot", faisant naître l'image d'une antique bâtisse perdue aux confins d'une sinistre forêt labyrinthique, battue par la pluie, le vent et le tonnerre, et le poignant "One Final Graven Kiss" dépeignant l'incommensurable mélancolie d'une solitude éternelle.
Une atmosphère ténébreuse, aussi belle que menaçante, décuplée par l'usage appuyé d'un orgue tout en solennité et virtuosité ("To Eve the Art of Witchcraft", "Summer Dying Fast" ou encore "Of Mist and Midnight Skies" débutant sur le thème d'ouverture de la Toccata et fugue en ré mineur - œuvre attribuée à Jean-Sébastien Bach - en y superposant quelques discrets chœurs vespéraux du meilleur effet), et par les interventions d'attirants succubes personnifiés par de séduisantes voix féminines parlées ("The Principle of Evil Made Flesh", "The Black Goddess Rises", "To Eve the Art of Witchcraft").
Les "gothic vampyric overtures" (dixit le livret pour signaler les claviers, en une approche substitutive de la fonction des instruments qui deviendra un gimmick chez Cradle) de Benjamin Ryan, dont le magnétisme des arrangements n'a d'égal que leur raffinement, jouent un rôle prépondérant dans la création d'un univers surnaturel où se mêlent sans vergogne charme et épouvante, sexe et mort, mais leurs incursions dans les morceaux à base metal demeure bien timide (même si le break au piano adjoint d'un violoncelle sur "The Black Goddess Rises" demeure un exemple de jolie réussite), si bien que le concept vampirique reste encore sous-jacent au niveau musical, de même qu'inexistant au niveau visuel, les musiciens arborant vestes et pantalons en cuir, warpaints et autres cartouchières, bien loin des apparats de suceurs de sang qu'ils revêtiront dès leur second méfait "Vempire".

Fermement positionnés sur une assise metal, les morceaux non instrumentaux sont dominés par les "dark immortal screams" de Dani, au timbre grave et éraillé, ne réalisant que très parcimonieusement les cris suraigus qui feront sa réputation par la suite, le duo des Paul (Allender aux "despondent night chords" et Ryan au "satanic war noise") qui savent très bien souffler le chaud et le froid en délivrant tour à tour charges soudaines et apaisements mélodiques, soli endiablés ou plus éthérés, le solide "nocturnal pulse" de la basse de Robin "Graves" Eaglestone et les dévastateurs "winter evening storms" de Nick Barker qui apparaît déjà comme un batteur de haut niveau, capable d'enchaîner blasts énergiques, cavalcades accrocheuses, breaks vigoureux et jeu plus calme et posé, sans jamais perdre en impact ni en fluidité.
Encore teintés d'influences death (ultimes réminiscences du style pratiqué sur les premières démos de la formation du Suffolk), tout en s'ouvrant à des velléités heavy et ambiancées, "The Principle of Evil Made Flesh", "The Forest Whispers My Name" ou encore "A Crescendo of Passion Bleeding" sont autant de morceaux à double facette capables, au détour du moindre break, d'apparaître en voluptueuse créature ou se métamorphoser en monstre sanguinaire.

Le vampire Cradle cherche à charmer sa proie pour mieux l'attirer entre ses pognes griffues, mais les nombreuses maladresses et approximations de "Principle…" l'empêchent d'user de la technique de servitude à son plein potentiel, d'autant qu'il s'en retrouve avec les canines limées.
Premier défaut et pas des moindres : la production, avec un son aussi bas en volume que ce que les guitares manquent d'épaisseur. Pourtant assurée par l'expérimenté Mags (qui avait déjà enregistré un bon paquet de disques avec My Dying Bride et Anathema) dans son antre des suréquipés studios Academy, elle montre une fâcheuse tendance à l'hésitation, craignant de mettre en exergue la brutalité intrinsèque de la facette metal des compositions par rapport à leur bien timide habillage esthétique, si bien que la violence en ressort émasculée autant que les atmosphères diluées.
"Principle …" tombe également dans le piège du remplissage. Le très paisible instrumental "In Secret Love We Drown", où coule l'eau d'un ruisseau faisant miroiter la lueur cristalline de lucioles scintillantes sur fond d'un rythme hypnotique égrené à la cadence d'un métronome, aurait plutôt sa place sur une compilation du type "Musique & Nature". Pas que le morceau en lui-même soit mauvais ni que je critique la musique de relaxation (au contraire, j'en suis même un adepte), mais dans l'album qui nous intéresse, cet interlude est totalement hors-sujet.
De même que le dispensable "A Dream of Wolves in the Snow" que le suit directement et où la voix de Darren White (ex-batteur du groupe qui s'en ira pour un temps chanter chez Anathema), mi-rêveuse mi-pleurnicharde, ne convainc pas et se vautre complètement à côté de la plaque. Un morceau qui n'aura d'intérêt que par sa version remaniée servant d'ouverture à l'homérique et invincible "Queen of Winter, Throned" sur "Vempire".
Enfin, la louable volonté d'écrire des longues pièces musicales est présente ("The Black Goddess Rises", "Of Mist and Midnight Skies"), mais leur construction bancale coupe tout semblant de souffle épique, la première citée traînant en longueur tandis que la seconde souffre d'un ventre mou. Elles font pâle figure en comparaison des monuments que seront plus tard les "Queen of Winter, Throned", "The Rape and Ruin of Angels (Hosannas in Extremis)" et autres "A Gothic Romance". Le chemin jusqu'à l'excellence semble long, tortueux, et pourtant il sera franchi …
Bref, Cradle a les idées mais ne dispose pas encore, pour son premier essai, des moyens techniques et des aptitudes compositionnelles nécessaires à leur pleine expression.

Au-delà de l'aspect purement musical et conceptuel, "Principle…" est aussi le premier album sorti chez Cacophonous Records, dont le boss Frater Nihil reste dans les mémoires comme le plus fin limier des années 90 en termes de formations de metal extrême à la pointe de l'avant-gardisme et de l'excentricité (Sigh, Bal Sagoth, Ebonylake, …), de même que l'un des plus gros arnaqueurs de l'industrie underground : tous les groupes qui s'y sont frottés s'y sont piqués et ce n'est certainement pas Dani qui viendra dire le contraire.
Car question business, entre vols crapuleux des recettes des concerts et royalties sur les ventes de l'album non reversées, rien ne va plus pour Dani et sa bande qui entrent en conflit avec Cacophonous.
Coincé par un contrat qui va l'obliger à sortir un second disque au format full-length en urgence (d'autant que des écuries plus friquées voudraient bien avoir les vampires dans leur catalogue) et déjà en proie à d'importants changements de line-up (la moitié du sextet s'étant barrée), Cradle baigne dans une atmosphère délétère qui résultera pourtant en son œuvre la plus énorme à ce jour : j'ai nommé l'immense "Vempire" où l'association Cradle / Mags / Academy Studios fera, bien plus que des étincelles, une gigantesque fournaise explosant littéralement "Principle …" à tous les niveaux. Pour s'en rendre compte, il suffit d'écouter la reprise de "The Forest Whispers My Name" : dotée d'orchestrations et de chœurs opulents, ainsi que de riffs plus incisifs que jamais, cette version totalement transfigurée fait passer l'originale apparaissant sur "Principle…" pour une pauvre démo à trois sous cinquante.

Voilà bien le problème de "The Principle of Evil Made Flesh", manifeste d'un groupe qui se cherche encore : avec le recul, cet album souffre énormément de la comparaison avec ses successeurs directs. Un premier essai demeurant une ébauche du "black vampirique" qui atteindra son apogée sur l'excellent "Vempire" (où Cradle n'aura jamais été aussi mordant) et le très bon "Dusk … And Her Embrace" (un ton en-dessous à cause d'une production émoussée), une esquisse naviguant entre promesses hésitantes et maladresses de jeunesse, mais constituant néanmoins un morceau d'histoire que tout passionné de musique s'intéressant de près ou de loin au black metal se doit de connaître.




12 Commentaires

Chronique
    Lunuy, Samedi 07 Mai 2011 parlez-en à vos amis  
Lyrique, atmosphérique, épique, horrifique...

Cradle of Filth, chapitre I

En 1991, il y a maintenant deux décennies, naquit en Angleterre, dans le comté de Suffolk, un groupe de Metal aux influences textuelles gothiques qui allait, en quelques années, avoir un impact non négligeable sur la scène la plus extrême du moment. Son nom définitif : Cradle of Filth, « Berceau d’immondices ». Suite à quelques démos plutôt orientées Death Metal old school ou atmosphérique (Orgiastic Pleasures Foul, Invoking the Unclean, The Black Goddess Rises) le jeune groupe opte finalement pour le Black Metal avec Total Fucking Darkness. Cette dernière démo leur permet d'entrer chez le label Cacophonous Records et de produire en 1994 un premier full-length dont le nom (encore très) évocateur est The Principle of Evil Made Flesh.
Membres du sextet armés jusqu'aux canines pour cette première offrande : Paul Allender et Paul Ryan aux guitares, Robin Graves à la basse, Benjamin Ryan (frère du précédent) au clavier, Nicolas Howard Barker à la batterie et Daniel Lloyd Davey, alias Dani “ Filth ”, principal parolier, au chant. Session members en soutien : Soror Proselenos au violoncelle et Andrea Meyer (future Andrea “ Nebel ” Haugen), chargée des arrangements vocaux féminins. Chanteur secondaire en réserve : Darren White.

Et quoi de mieux pour une entrée fracassante qu'une attirante et inoubliable pochette sanguinolente ? Un peu dans le même esprit que celles de l’EP homonyme de Mercyful Fate (1982) ou du “ Burning the Witches ” de Warlock (1984), pour ne citer qu'elles. À croire que les tous premiers disques donnent à certains une envie sadique d’en faire un maximum pour interpeler l’auditeur potentiel, qu’il soit amateur de Metal ou non.
Je ne m’attarderai pas trop longtemps sur le contenu détaillé des paroles de ce disque. Juste pour dire qu’en plus d’être blasphématoires, hargneuses, antichrétiennes via des références mythiques, historiques et/ou païennes recyclées dans l’imagerie diabolique, etc. (bref typiquement Black Metal), la plupart d’entre elles ont une approche ouvertement érotique et vampirique ; au moins, la pochette de l’album n’est-elle pas mensongère. Le style est, quant à lui, très poétique.
Il faut dire que l’ancien étudiant en littérature classique et mordu de romantisme et de fantastique noirs qu’est Dani Filth n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure, constat qui se vérifiera encore et toujours dans la suite de sa carrière ? avec plus ou moins d’inspiration, de spontanéité ou de sérieux. Sinon, on peut dire que les paroles sont, par moments, délicates à comprendre pour des non-anglophones, en raison de leur caractère assez littéraire. La plupart des traducteurs francophones amateurs continuent encore à s’arracher les cheveux sur certains vers et s’en tiennent souvent aux traductions semi-automatiques (et donc mauvaises ou évasives, malheureusement) qui traînent sur le net. Ah ! Pauvres petits francophones que nous sommes, nous qui n’arrivons pas apprécier à sa juste valeur la langue de Shakespeare... ni celle de Molière, d'ailleurs !
Notons, toutefois, que parmi les multiples citations (semi-)historiques ou philosophiques que nous propose le livret, nous en avons une en français, attribuée à Leonora Galigaï, femme de chambre, amie intime et conseillère de la reine de France Marie de Médicis, dont l’influence sur la royauté à travers la régente et l’arrivisme de son mari Concino Concini, jeune noble florentin devenu favori de la reine, marquis et maréchal, la rendit très impopulaire au sein de la cour royale. Suspecté d’avoir commandité l’assassinat d’Henri IV (qui risquait de l'évincer et le bannir), détesté par les officiers royaux fidèles au jeune Louis XIII et jalousé par les Grands pour sa fortune et ses illustres titres, Concino Concini mourut assassiné par les gardes du roi en 1617 et sa femme fut arrêtée, accusée et reconnue coupable de sorcellerie et exécutée peu de temps après. Le livret de l’album nous donne : « Mon sortilège a été le pouvoir que doivent avoir les âmes fortes sur les esprits faibles. » Ce serait, en substance, les mots que Leonora Galigaï aurait lancés quelques instants avant sa mort au magistrat lui enjoignant d’avouer par quel mystérieux pouvoir cette roturière italienne se serait emparée de l’esprit de la reine.
Ouf ! Les ignares n’y connaissant rien à l’anglais littéraire peuvent donc avoir un élégant aperçu de l’un des thèmes majeurs du disque. Grâce en soit rendu aux six compères british pour cette si délicate attention !


Bon, allez, j’arrête de tourner autour du pot ! Passons plutôt aux choses sérieuses.


Musicalement, les influences death originelles du groupe se font encore sentir tandis que celui-ci croque à belles dents la tentation progressive ; il y a bien quelques refrains ou des couplets répétés sur la plupart des chansons, mais toutes sont construites autour de complexes compositions à tiroirs. À plusieurs reprises, le groupe adoucit sa dominance black metal avec des mélodies et soli de guitares très heavy traditionnel, une première dans ce genre de Metal, et saupoudre le tout d’un usage abondant des claviers, quand ceux-ci ne se sont pas utilisés comme principal instrument des pistes non chantées.

Outre cela, deux choses au moins frappent immédiatement l’oreille de l'auditeur.
Premièrement, le son : loin d’être désagréable, mais clairement lo-fi - fréquences graves ou aiguës indirectement accentuées par une diminution de l'intensité sonore des fréquences du milieu. Conséquences : un son plus râpeux que la normale, avec une basse audible mais assez sourde, des guitares en retrait, une batterie occupant tout l'espace sonore et quelques dissonances des claviers. Cependant, Cradle est loin du son « crasseux » (terme non péjoratif) des premières réalisations de groupes de Black Metal nordique comme Bathory, “ The TrueMayhem, Darkthrone et compagnie. Alors, est-ce une maladresse ou doit-on y voir une intention délibérée du groupe d’épaissir l’ambiance voulue que doit générer le disque par ce procédé ? Selon moi, la deuxième possibilité est plus probable que la première. Quand on voit ce qu’a pu produire le groupe deux ans plus tard, avec à peu près les mêmes moyens techniques (même studio d’enregistrement) et qui plus est dans l’urgence, avec l’EP/CD cultissime Vempire or Dark Faerytales in Phallustein, le brusque changement musical est assez suspect... Bon d’accord, je le reconnais, cet argument est à double tranchant. Cependant, il serait injuste de considérer la production comme ratée : elle donne un son typé underground unique à l’album.
Deuxièmement, le chant : bon, c’est un groupe estampillé Black Met... pardon, je veux dire, “ Supreme Vampiric Evil ” (Cradle of Filth dixit), bref, il est logique que les vocaux principaux soient éraillés. Ce qui est étonnant, en revanche, c’est leur multiplicité manifeste et, osons-le dire, leur originalité. Les fameux “ dark immortal screams ” de Dani Filth pavent pratiquement toutes les pistes chantées de l’album, introduisant ou terminant un morceau, ou accentuant à l’extrême, ici et là, un mot concluant une strophe ; en anglais, on pourrait le résumer en deux mots : “ extreme shriek ” ou “ pretentious shriek ”! - tout dépend si on le supporte ou pas. En mode pseudo-chant clair (altéré par la production), la voix demeure rauque ou torturée. Moins présents, les chuchotements typiquement death et les growls contribuent eux aussi à offrir une ambiance bien travaillée... mais quelle ambiance, au juste ?

Difficile de décrire celle-ci. Si elle se veut aussi horrifique qu’efficace, elle peine à convaincre sur certains morceaux. La faute sans doute au rendu général du son, qui a tendance à avoir plus d’inconvénients que d’avantages dans les mid-tempos... à moins que l’intention soit plus lyrique qu’épique ? Quand on voit les paroles de plus près, la polysémie apparaît dans plusieurs passages. Finalement, par son chant à multiples facettes, quels personnages Dani invoquent-ils ? Ceux-ci appellent-ils avec ferveur, rage ou passion les forces des ténèbres ou assistent-ils avec amertume à leur ascension avant d'en être irrésistiblement attirés jusqu'à devenir leurs fidèles et redoutables serviteurs ? Certains titres, tels “ A Crescendo of Passion Bleeding ”, “ Of Mist and Midnight Skies ” ou “ Summer Dying Fast ”, laissent un étrange goût Dark, voire Gothic, plutôt que Black atmo ? après, il se peut que je cherche midi à quatorze heures (ou minuit à deux heures, si vous préférez), que c’est plutôt le côté Death que l’on ressent à l’écoute, à moins que je me laisse fourvoyer par les sublimes passages des claviers, créateurs de sombres atmosphères très inspirées. Ah, tiens ! Je me suis attardée sur les paroles, alors que je vous avais promis que je ne le ferai pas. Mille excuses !

Quoiqu’il en soit, les atouts majeurs du vampire Cradle, en plus de l’"extreme shriek" de son frontman et des claviers, restent surtout sa grande variété de composition, aucun morceau ne ressemblant à un autre, et sa façon d’agencer avec finesse passages aériens, accélérations ou décélérations du tempo et assauts vocaux sans concession. Un détail important : alors que les albums suivants du groupe seront systématiquement assaisonnés de chœurs féminins, on ne compte ici que quatre pistes sur treize où l'envoûtante Andrea Meyer vient prêter ponctuellement sa délicieuse voix de succube ; un autre atout plus qu'appréciable.
Pour plus de détails sur les aspects techniques, je vous renvoie à la très complète analyse de notre ami Vinterdrom ci-dessus.

Voyons maintenant la tracklist plus en détails, en commençant par les instrumentales :

Le morceau d’ouverture “ Darkness Our Bride ” est à mettre parmi les meilleures intros qu’est produite Cradle avec “ Once Open Atrocity ” et “ At the Gates of Midian ” (albums Cruelty and the Beast et Midian) : une ouverture aussi entêtante qu’oppressante, terminée par un glas et une oraison chuchotée destinée à Satan... Brrr !
Les interludes imparables " Iscariot " et " One Final Graven Kiss " résument à eux seuls tout le talent de Benjamin Ryan pour produire des ambiances particulièrement angoissantes, d’une beauté vespérale et crépusculaire des plus glaciales.
La quatrième et dernière instrumentale " In Secret Love We Drown " n’est peut-être pas une intruse : par son métronome en arrière-plan couplé et ses sonorités d'eaux miroitantes, elle distille elle aussi un instant inquiétant, sinon troublant, mystérieux et triste...

Sur les pistes chantées, les choses sont beaucoup moins claires. Comme je l’ai dit plus haut, il est parfois difficile de saisir l’intention de départ sur certains titres. La production lo-fi et l’ambiguïté des paroles ne sont pas les seules fautives : les tortueuses compos ne sont pas toutes exemptes de défauts.

Analyse exhaustive :

“ The Forest Whispers My Name ”, en dépit d’une entrée en matière très violente et d’une accélération finale excellente (break à 03:59), prend trop de temps à démarrer et l'efficacité des breaks est handicapée par le son de la production. Dommage ! Beaucoup préfèreront l’auto-reprise de Cradle sur l’album suivant.
The Black Goddess Rises ” commence et se poursuit avec brio mais aurait dû s’arrêter entre la 5e et la 6e minute au lieu de revenir sur les premières strophes : ce retour coupe l’élan épique lancé à la fin de la 4e minute – je ne fais que confirmer ici la remarque donnée par Vinterdrom dans sa propre analyse.
Le court “ A Dream of Wolves in Snow ” est un peu le talon d’Achille de cet album : encore une fois de belles nappes de synthés et une batterie efficace, mais pour le reste... encore que l’enchaînement brutal avec le titre suivant montre une certaine utilité à ce morceau que je rangerai volontiers dans la sous-rubrique « interlude chanté à tendance Doom », étant donné sa lenteur et le chant gémissant de Darren White (perfectible, malheureusement), sa seule performance sur cet album.
La dernière chanson “ Summer Dying Fast ”, malgré un début rendu un peu brouillon à la sixième seconde (effet de la production) jusqu’au profond “ shriek ” de Dani (00:19), s'en sort bien en offrant un tir de barrage redoutable puis un sympathique solo de guitare (02:58) mais la conclusion (03:41 - end), quoique belle, est un tantinet répétitive. En fait, ce morceau est peut-être plus intéressant à écouter en live.
Le titre très progressif “ Of Mist and Midnight Skies ”, le plus long de l’album, résume l'ensemble des sonorités de celui-ci, même s'il est composé sur un tempo légèrement plus lent et ne comporte aucun chant féminin : introduction instrumentale somptueuse (quoique la référence soit manifeste) ; ouverture des hostilités de plus en plus lourde ; milieu (à partir de 02:56) manquant quant à lui de profondeur ou de rythme (pourquoi diable cette accélération à 04:15 n’arrive pas à faire décoller le morceau passée la cinquième minute et demie ? Encore une hésitation coupable de Cradle !) ; avant-dernière partie puissante et aérienne (06:20 à 07:30) mais tardive ; conclusion instrumentale très belle et efficace qui fait parfaitement écho au début et donne envie de repasser ce morceau en boucle malgré ses travers (si, si, je vous assure !).

En réalité, les véritables tueries sanguinaires de cet album sont le très épique titre éponyme, le terrifiant “ A Crescendo of Passion Bleeding ” et l’hypnotique et insidieux “ To Eve the Art of Witchcraft ” qui ont tous pour points communs : un début brutal et très speed ; des vocaux multiples, dont les variations arrivent au bon moment ; une absence de répit pour l’auditeur et une durée équilibrée, tous faisant environ 5 minutes et demie. Attention ! Je n’ai rien contre les morceaux excédants cette durée ou écrits dans un registre plus « calme », mais force est de constater que le groupe n’est pas encore suffisamment armé pour nous tenir en haleine avec des chansons fleuves. En tout cas, je persiste et signe : ces trois morceaux sont à mettre au panthéon des chefs-d’œuvre de Cradle. Ce n’est d’ailleurs pas étonnant si les titres “ The Principle of Evil... ” et “ To Eve the Art... ” ont été les morceaux les plus repris en live, même sans voix féminines, tout comme “ The Black Goddess Rises ” ou “ Summer Dying Fast ”.

Note subjective de mon âme adoratrice totalement séduite : 19/20 pour l’ambiance, la variété et l’enchaînement parfait entre les pistes ! Les petits défauts sont tout à fait pardonnables.
Note « objective » que me chuchote mon subconscient : 14/20 ! Réveille-toi Lunuy ! Ce disque ne mérite pas plus que cela. De bonnes choses, certes, mais peut mieux faire ! Trop de longueurs, trop d'imperfections et d'hésitations. Bon sang, s'ils pouvaient virer ce clavier là où il ne fait que du remplissage, qu'ils accentuent ses guitares et qu'ils se décident enfin avec leur Black atmo teinté de Death, de Thrash et de Heavy. Il pourrait aussi améliorer cette voix prometteuse... enfin, bref, qu'ils s'expriment un peu plus !

Moyenne : 16,5, arrondi à 17 parce que c'est un premier coup d'essai.

Certes, il est indéniable que ce premier méfait laisse souvent l’impression que la musique du jeune CoF souffre encore d’un style mal défini. Néanmoins, les compositions posent les premières pierres d’une fusion des genres tout simplement unique qui s’étoffera par la suite ; presque du Black mélodique ou Black/Gothic avant l’heure, en somme. En d'autres termes, ce debut-album sous-estimé a tout pour plaire aux amoureux (nostalgiques) de Dusk... and Her Embrace qui seraient passés à côté de cette galette et qui ne sont pas allergiques à la production lo-fi ou aux petites sonorités Death Metal. Pas de chœurs féminins de bout en bout ? Ce n'est pas un argument pour ne pas écouter cet album, qui n'est globalement pas si inférieur que cela par rapport aux suivants !
Ah, deux conseils pour finir : je vous enjoins à patienter à la fin de la 12e piste pour entendre l’outro cachée “ Imperium Tenebrarum ”. Enfin, un tel disque s’écoute mieux une fois plongé en pleine forêt dans la pénombre du crépuscule.

“ The Blood is the Life! ”




18 Commentaires
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16 / 20
    Kuroikarasu, Lundi 24 Novembre 2008 parlez-en à vos amis  
Voici l'album le plus brutal et le plus black de Cradle of Filth. Autant le dire tout de suite, on est très très loin de ce que Dani et sa bande font aujourd'hui. On a droit ici à un véritable black metal bien violent, blasphématoire, où les vocaux sont démoniaques. Les guitares sont saturées dans l'aigu, la batterie est très en avant et rapide, avec parfois une petite touche de clavier (plus rare que dans leurs compos actuelles). La production est relativement "cheap", donnant une ambiance bien glauque au tout. Le plus marquant ici, c'est la voix de Dani Filth, écorchée comme pas possible et bien loin de la voix qu'il a aujourd'hui (ou plutôt devrais-je dire de celle qu'il n'a malheureusement plus!!). J'avoue ne pas être très fan de COF mais cet album m'a vraiment surpris et cela d'une manière très agréable. Le plus drôle, c'est que cet album ne plaira probablement pas beaucoup aux fans des sorties actuelles du groupe, qui fait plus dans le gothic/dark commercial.
Un très bon album black en somme, avec des morceaux furieux comme "The Black Goddess Rises" ou "Darkness our bride".




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18 / 20
    Pentaclis, Lundi 24 Novembre 2008 parlez-en à vos amis  
En 1994, après plusieurs démos sonnants mi-death et mi-black, un nouveau groupe sort apparemment du lot et son album, The Principle of Evil Made Flesh, s'annonce très bon. J'en suis d'accord. Il est très bon, pour un début. Même que c'est une part de génie. Tout commence par une pochette relevant déjà le côté poétique et grotesque du groupe, faisant déjà allusion au lesbianisme vampirique de Elizabeth Bathory, l'album ne s'y dédiant par contre pas plus que ça.

En vérité et en affirmation, ce disque sonne comme un Black metal plus accessible que le Black de Burzum ou de Mayhem. Pour ce faire, Cradle Of Filth a ajouté des riffs Heavy très respectables, un clavier aux sons parfois lents, parfois rapides, jouant des mélodies diaboliques et digne d'une église inconfortable dû à la présence de Satan et pour embellir le tout, par total facteur exclusif, une voix narrative grave et parfois féminine (notamment dans To Eve The Art Of Witchcraft) rendant l'album étrange et tristement lyrique. Autre point remarquable : La batterie, contrairement aux albums à venir, varie entre le lent dépressif et le rapide violent, sans se répéter ignominieusement, rendant l'album palpitant et inlassable. Quant à la voix qui nous a tant déçu par le futur, elle est tout simplement jouissive ainsi qu'énormément diversifié, ne voulant pas toujours s'imposer et variant entre le grave où des cris plaintifs et martyrisant.

Album que j'ai réécouté plusieurs fois grâce à son talent et à ses paroles qui sont, elles aussi, très poétiques et très attirantes et que j'aimerais toujours. Entrée réussite !




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