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En réalité, Chaostar peut être considéré comme une émanation de SEPTIC FLESH, ou plutôt sa scission musicale. De fait, le groupe grec dans son entier participe à ce projet parallèle, puisque Sotiris Vayenas en a écrit les paroles, et que Natalie Rassoulis y chante les voix solistes féminines. Cet album de musique classique contemporaine constitue à l’origine le mémoire de fin d’étude de Christos Antoniou, étudiant au « London College of Music for Composition ». Il lui a valu le « First Composition Award of London College of Music ». Rien de moins. Il faut prévenir que cette musique classique, orchestrale, non électrique, est agrémentée et mélangée, en permanence ou presque, de samples des plus hétéroclites. Deux caractères stylistiques distinguent « Chaostar » des œuvres de ce style (ELEND, PAZUZU, etc.). Première analyse architecturale : la rhétorique de cette œuvre est au premier abord très classique dans son architecture harmonique, - je dirais de façon plus littéraire, dans sa syntaxe, son vocabulaire, sa grammaire, son orthographe. Et cependant, le compositeur unique s’autorise de manière impromptue, des écarts, des passages harmoniques inattendus, inouïs. Ainsi, de violoncelles (instruments très aigus et plus fins, plus fragiles que les violons) enchaînés ou mixés de cors et de tubas, cuivres des plus graves. Ainsi de harpes aux sons voilés par des hautbois, tous deux striés délicatement de flûtes et violons grinçants. Les tons se découvrent ainsi unis dans une anarchie apparente, dont l’Ordre général, le plan générique, le « logos » apparaît immédiatement. Nous sommes donc en présence d’un esprit qui nous invite à un regard supérieur, et étranger à l’action, - en spectateur éternel. La seconde caractéristique, que j’avais déjà signalée, et une fois pour toutes, dans ma chronique de « Mystic places of dawn » de SEPTIC FLESH, est l’influence de WAGNER sur l’ordonnance des mélodies. Je le répète ici. WAGNER est le musicien dont l’influence est la plus ostensible sur Chaostar. Ainsi de sa méthode des leitmotivs musicaux. De même que WAGNER, avant que le leitmotiv d’un personnage éclate dans toute sa précision, pur de tout alliage, avant que le personnage apparaisse, nous l’introduit musicalement, fondu dans d’autres leitmotivs ; de même, Chaostar avance une mélodie timide, la désharmonise en la rendant hésitante, hoquetante, la place sous le patronage d’autres notes plus sûres, enfin nous la découvre dans un refrain auguste, impérieux, mélodie épurée et brasiée de tous feux. Toutefois, il faut reconnaître que la maturité aidant, l’influence du compositeur allemand se fait plus allégée et subtile. Sept années ont passée depuis le premier SEPTIC FLESH. Toutefois, cette influence de la rhétorique wagnérienne disparaîtra complètement dans les albums suivants. Mais quel est le caractère propre, l’âme de Chaostar sur ce premier album ? Une musique étrangement limpide, mais très pudique, ne se dévoilant qu’avec peine ou regret. Comme si nous ne constituions que des visiteurs ou des témoins indiscrets. Une musique non pas noire, mais cyan, et d’un bleu très sombre. Avec de brusques éclats lactés qui respirent la fin de tout. Les envolées lyriques sont de l’ordre d’un chant religieux, très ancien, d’une tristesse majestueuse. Par là même, cette musique, très avant-gardiste dans son ton et sa structure, semble parfois si antique. Appartient-elle à une culture disparue, dont nous serions les descendants inconscients. Comme si notre sang, notre âme par lui constituée, découvrait sa substance…Étrange voyage ! Étrange musique, aussi. Composée d’instruments si puissants, si charnels, elle se révèle si éthérée. Les personnage, non racontés, mais invoqués par les chants, passent dans leur vérité, semblables à des hologrammes, des fantômes trop réels…Ectoplasmes inconnus et fascinants, un peu effrayants par leur irréalité trop matérielle. Ils nous hantent et glissent sur notre champ de vision…comme si nous ne les observions jamais que du coin de la prunelle. La scène est cosmologique. La fresque se déroule à travers l’univers. Une immensité noire sur fond d’étoile. Toute la symphonie possède la grandeur d’un univers. Pourtant, « le silence éternel de ces espaces infinis m’effraie » (Pascal). Est-il besoin de rappeler la voix doucement écorchée de Sotiris (chant clair), ou celle d’un guttural reptilien, « dragonnesque » de Spiros (voix death), ni celle d’une beauté cristalline, non pas angélique, mais archangélique, de Natalie Rassoulis, et de la gravité que cette soprano sait aussi amener par un chaud velouté ? La musique est en outre jouée par de véritables musiciens professionnels, tous grecs, d’orchestres classiques. Sans oublier quelques chœurs d’enfants, dont la voix hésite encore, par leur jeune âge, entre le féminin et le masculin. Splendeur asexuée des voix castrats. Les paroles sont anglaises et latines : la langue sacrée, la langue vulgaire. En conclusion, Chaostar rassemble et unit à travers son âme, la musique la plus moderne à la plus antique. Chaostar : l’Étoile du Chaos. Tous ces sons, ces mélodies, ne sont-ils pas en effet les débris de notre monde rassemblés dans une nébuleuse génésique ou génésiaque ! Une genèse à rebours. Car c’est à la naissance du divin que nous convie Chaostar. À un Big Bang gigantesque. La voix du Logos, de notre univers, de notre âme.
Chaostar est un album de type narratif. Il reprend en fait le principe d'une musique de film, variant constamment en fonction des situations que les chants développent tout au long des huit titres du CD. Les paroles mises bout à bout créent une petite nouvelle de science fiction très sympathique, mise en scène avec brio par le talent musical de Christos Antoniou. La première écoute laisse perplexe. Elle en dégoûtera même la plupart, tant la musique se fait imprévisible, refuse d'accepter le carcan d'une composition liénaire, et surprend à chaque détour. Beaucoup s'arrêteront là, mais pour tous ceux qui ont un tant soit peu d'intérêt pour la musique ambiante ou expérimentale, il faut réécouter. Pas une fois, mais deux, voire trois, le temps de comprendre la structure des morceaux, et de pouvoir apprécier la folie musicale qui émanent de ce space-opera au sens littéral du terme. Personnellement, j'ai failli jeter au loin à la première écoute, la deuxième m'a laissé perplexe, la troisième à commencé à me plaire, et à partir de la quatrième, le disque n'a plus quitté ma platine de la semaine. Le premier morceau commençe fort, prenant le pari risqué de mélanger des vocaux gutturaux à des choeurs clairs divins, allant parfois jusqu'à superposer trois pistes de chant en même temps. A la fois déstabilisant et d'une grande beauté. Vient ensuite An Electric Storm Of Thoughts, qui elle s'avère être l'un des titres les plus délirants de l'album. Parcourue d'un bout à l'autre par des hurlements chuchotés (sic!), accompagnés par un jeu de basse anorexique et une sorte de sifflement suraigu, le tout couvert par une voix grave des plus particulières, le morceau à commencé pour moi par être le plus inaudible de l'album, avant de devenir mon préféré. En effet, il s'en dégage une sorte d'alchimie malsaine des plus horrifiantes, ce qui en fait l'un des titres les plus noirs que j'aie entendu depuis un bon bout de temps. Et c'est BON! Suit ensuite No Gravity, le plus beau morceau de l'album, moins fou que le reste, pratiquement le seul abordable dès la première écoute. S'enchaîne avec The Field Of Ante Cun, qui commence lui aussi assez calme, avant de dégénérer peu à peu, pour débarquer sur la seconde claque musicale de l'album, The Accident In Ambere. La folie reprend, et pas qu'un peu, puisque la première minute de la chanson est peuplée uniquement de sons de cuivres et de violons-violoncelles secs et brefs qui se superposent, se dépassent, se chevauchent les uns les autres dans un capharnaüm organisé dantesque, bientôt rejoint par un chant qui sonne très opéra (je vous rassure, pas de vocalises stupides façon diva à deux balles, juste des choeurs et des solis de chants savamment mesurés). Le deuxième titre le plus déroutant, qui dans sa structure rappelle déjà un peu le type de musique mis en place sur The Scarlet Queen, quelques années plus tard. Nouveau changement complet dès le titre suivant, Time Was Running Out, qui de temps autres laisse la place à un chant clair masculin assez étonnant dans un album peuplé jusqu'alors de choeurs, de murmures et de chants gutturaux. Une fois le contraste absorbé, on remarque là aussi que le titre est d'une grande qualité (raaah, ils sont tous bons en fait...). Enfin, l'album se clôt sur une dernière expérience bizarre, avec The First meeting, qui semble anormalement calme pendant près de quatre minutes, avant de nous asséner un passage bien plus énervé, qui mélange à nouveau choeurs et une voix grave un peu aigre, le tout sur un rythme complètement fou qui détonne incroyablement avec le début de la chanson. Plus j'écris, plus je me rends compte que décrire la musique de Chaostar est extrèmement difficile. Lorsque vous avez fini cette chronique, vous devez penser que cet album est un bordel sans nom. Eh bien non, malgré sa construction à priori chaotique, l'ensemble est savamment construit et réfléchi, et possède une cohérence étonnante, qui fait que quelques réécoutes permettent d'en saisir toute la portée. Sans cette structure, nous aurions un un mélange sans queue ni tête d'expérimentations, et à la place nous nous retrouvons avec un petit chef d'oeuvre de musique décalée. A avoir entendu pour tout fan de musique ambiante ou décalée.
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