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Y a t-il un avenir pour le heavy/speed mélodique ? Peut-on apporter du neuf dans un style déjà ancien ?
Jani Liimatainen a certainement dû se poser ces lancinantes questions en créant Cain's Offering. Jani Liimatainen ? Ah oui, pardon ! Les présentations d'abord : Le sieur dont je souhaite vous entretenir est guitariste de son état. Son plus glorieux fait d'armes fut d'être un des membres fondateurs de Sonata Arctica, groupe qu'il a quitté en 2007.
Pas découragé pour un sou, il décida de monter son propre groupe dans lequel il assure aussi l'écriture des musiques et des paroles ainsi que la production. On est jamais aussi bien servi que par soi-même. Pour l'aider dans cette belle entreprise, il rassembla donc quelques compères. Pour commencer, il alla chercher Mikko Härkin qui fut lui aussi membre de Sonata Arctica où il martyrisa les claviers de 2000 à 2002. Comme quoi, le monde est petit.
Il recruta aussi le bassiste Jukka Koskinen qui a sévi de Wintersun et Norther ainsi qu'un autre Jani, M. Hurula, qui prend place derrière les fûts.
Mais Jani, en fier finnois finaud, pensa que, si son groupe pouvait légitimement attirer les amateurs de Sonata, il lui fallait viser plus large. Du coup, il embaucha Timo Kotipelto, célèbre castrat cachetonnant dans Stratovarius, autre gloire de heavy speed finnois. Avec un tel musicien, nul doute que le buzz serait plus rapide.
Une fois la joyeuse équipe assemblée, il ne reste plus qu'à entrer en studio et pondre une œuvre à la hauteur des espérances. C'est ce Gather the Faithful dont il est question aujourd'hui.
Evidemment, avec un tel pedigree, Cain's Offering a de relents de "Sonata meets Stratovarius". Comment pourrait-il en être autrement ? On retrouve donc des éléments connus : une batterie véloce qui ne méprise pas quelques cavalcades salvatrices épaulée dans sa tâche par sa copine la basse, une guitare acérée ciselant des riffs efficaces quelquefois à la frontière du thrash et libérant quelques soli bien sentis. Pour être fidèle à la tradition du speed nordique, on ajoute le clavier qui prend ici une place prépondérante. Quelquefois, il est même limite omniprésent.
Afin de varier les plaisirs, on aère l'ensemble avec deux ballades : l'archi-classique « Into The Blue » et la dégoulinante de mièvrerie « Elegantly Broken ».
Enfin, Timo parachève le boulot en plaçant ses vocalises aiguës bien connues mais irréprochables, servant sur un plateau des mélodies imparables dont les formations de speed mélodique venues du froid ont le secret.
Les fondements de la musique s'appuie donc sur un classicisme respectueux mais non dénué de qualités. A titre d'exemple, on peut citer « Thorn In My Side » au refrain très stratovarien ou encore ce « Dawn Of Solace », bonne petite speederie des familles très traditionnelle dans l'esprit mais que rien ne distingue fondamentalement des 4 millions de titres speed mélodique composés à ce jour.
Mais Jani ne voulait pas pondre un énième ersatz du genre. Il sait que, s'il veut avoir une chance d'imposer son groupe sur le long terme, il ne peut pas se contenter de former le 14 824ème groupe de power mélodique. Un peu à la manière d'un Sonata nouvelle génération, lui et ses camarades de jeu souhaitent apporter un plus à leur copie. Oui, mais voilà, comment rajouter sa touche personnelle dans un style balayé en long, en large et en travers par tant d'autres, récuré jusque dans les moindres recoins ?
Simple : on parsème les morceaux de changements de rythme en veux-tu, en voilà, de breaks surprenants, d'effets sonores totalement inattendus, comme ce léger beat techno sur « Thorn In My Side ».
Cependant, la plupart de ces expérimentations issues de ce bouillonnant laboratoire à idées finnois donnent l'impression d'être avortées en cours de route. Jamais le groupe ne va au bout de son processus d'innovation. Il teste quelques secondes puis, sans doute de peur d'effrayer l'auditeur, reprend bien vite les voies bien balisées du power pour retenter un autre truc quelques secondes plus tard et revenir aussi sec dans le droit chemin. Jamais ces touches d'originalité ne sont assez fortes pour marquer de leur empreinte les titres qu'elles agrémentent et donc propulsent rarement la musique à un niveau supérieur. Prenons l'exemple de ce beat techno déjà cité : introduit presque en catimini, en arrière plan, il apparaît l'espace de quelques secondes et repart aussi vite pour renaître un peu plus tard.
Pire même, quelques uns de ces essais se révèlent incongrus, décalés voire joliment ratés. Alors quand ils se font trop présents dans un titre, ils plombent quelque peu ce dernier qui n'en demandait pas tant. On peut citer ces "hou hou hou" pathétiques qui terminent piteusement « More Than Friends », ce clavier disco/new wave en intro de « Oceans Of Regret », ces nappes de clavier limite New Age au beau milieu de « Gather the Faithfull », ces désagréables effets de reverb' eux aussi au milieu de « Stolen Waters ». Je vous fais grâce de la liste exhaustive. Elle est longue.
Cain's Offering louvoie en permanence entre tradition et expérimentations plus ou moins hasardeuses, plus ou moins finalisées. Entre deux directions, son cœur balance. Par la même occasion, le cœur de l'auditeur aussi. Ce dernier aura bien du mal à être pleinement convaincu par ce premier effort discographique et, de temps en temps, une étrange impression d'inachevé l'étreindra.
Cain's Offering vient de pondre un disque honorable qui devrait contenter son lot d'amateurs. Simplement, certaines idées sont encore bien mal maîtrisées. Il y a du potentiel mais il n'est pas encore totalement exploité. Allez, soyons bons princes, mettons cela sur le compte de la jeunesse du groupe, même si ses membres sont plus proches des vieux briscards que des néophytes.
Peut-on apporter du neuf avec un style déjà ancien ?
En tout cas, ce n'est pas avec ce disque que l'on aura une réponse définitive. Le combo y croit, alors j'ai bien envie d'y croire avec lui, même s'il y reste encore du boulot. Mais l'espoir est là et Cain's Offering pourrait fort bien l'incarner un jour.
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