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Liste des groupes Heavy Metal Anvil Hard 'n' Heavy
CD, date de parution : 25 Mai 1981 - Attic Records (CAN)
Style: Heavy Metal

NOTE SOM : 17/20
Toutes les notes : 15/20 Vous devez être membre pour déposer une note
Tracklist
1. School Love
2. AC/DC
3. At the Apartment
4. I Want You Both (with Me)
5. Bedroom Game
6. Ooh Baby
7. Paint It Black
8. Oh Jane
9. Hot Child
10. Bondage

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29 avis 1 15/20
Chronique
17 / 20
    largod, Jeudi 13 Décembre 2012 parlez-en à vos amis  
Forgeron, sous ton marteau jaillira l’étincelle !

On dit souvent que les grands esprits se rencontrent. Les belles histoires sont la plupart du temps le fruit du hasard. Celle qui vit un jour de 1972 Steven Barry Kudlow croiser le chemin de Robb Reiner à Toronto, Canada, est un cas d’école. Le brin de folie et l’ambition du jeune Kudlow d’un côté, 16 années au compteur, guitariste-chanteur, et la solidité de doux rêveur de « Geza » Reiner de l’autre, derrière son kit de batterie. Pouvaient-ils se douter que 40 années plus tard ils formeraient toujours un « couple » d’amis, unis par un lien si fort qu’il leur aura permis de surmonter galères et oubli ? En ce qui les concerne, on peut parler de fusion d’âmes, guidées par un rapport amour/amitié, à la complémentarité singulière.

Mis en relation par un ami guitariste commun, Marty Hoffman, ils formèrent un premier groupe d’adolescents boutonneux appelé Gravestone, qui creusa, au propre comme au figuré, la tombe d’une collaboration plus longue et fructueuse entre les deux adeptes de Black Sabbath et le catalyseur sur deux jambes de leur rencontre initiale. Exit donc Marty après le premier gig de Gravestone et les deux bouillants musiciens continuent à composer et à se produire au Canada. Fin 1977, Steve et Robb stabilisent un premier line-up sérieux avec Ian « Dix » Dickson à la basse et Dave « Squirrely » Allison au poste de guitariste rythmique et de second chanteur avec le groupe Lips, dont le nom rend hommage au logo des Rolling Stones et au surnom désormais attribué au lead guitariste-chanteur dont les grimaces le rendent familier de la fratrie Young et de Mick Jagger.

Les démarches auprès des compagnies de disques entamées, le groupe se constituent une première base de compositions et décide d’autoproduire ce premier album « Hard ‘n’ Heavy » qu’ils sortiront sous le nom de Lips. Ils investirent donc, entre juillet et décembre 1980, le Quest Recording studio d’Oshawa avant qu’ils ne soient signés par Attic Records pour un contrat de 3 albums. Optant pour le nom d’Anvil, les 4 musiciens eurent le privilège de sortir une seconde fois ce premier album, produit par Dave, Robb et « Lips », le 25 mai 1981 sous ce prestigieux label et leur nouveau patronyme.

Prendre une enclume comme symbole est au demeurant à mes yeux aussi casse-gueule que de se la prendre sur les pieds. L’image du maitre des forges séduit immédiatement et l’on parvient sans difficulté à faire le lien avec une musique qui se veut lourde comme la frappe du maréchal-ferrant et chaude comme le feu portant la matière au niveau de température permettant son façonnage. Seul le respect de cette forme brute, dont le centre à la surface plane appelé « table » et les pointes appelées « bigornes » lui confèrent cette allure si originale, autorisera son propriétaire à la dompter. Travailler le métal date de sa découverte, soit 5.000 ans avant Jésus-Christ, et nécessite abnégation, savoir-faire et passion.

Au fil des années, Anvil a su répondre à ces exigences ancestrales et dès ce premier album on y retrouve les ingrédients qui permettront au groupe d’être au moins reconnu pour son identité propre.
Tout d’abord, le son de guitare de Lips sur ses leads et soli qui se rapproche de celui de la cornemuse du Bagad de Lann-Bihoué. Le chant, ensuite, qui parait énervé et aux confins de l’hystérie parfois, placé sur des paroles qui n’ont de cesse de parler des filles et de cul. Cerises sur le gâteau enfin et véritables chromosomes Anviliens, le jeu inspiré de Robb Reiner fait appel à un solide bagage technique et de feeling tout comme le riffing de base de la plupart des titres, inducteur naturel du style remue-toi-le croupion des mélodies du jeune quintette.

Nous sommes encore loin du métal en fusion et de l’œuvre achevée, fruit du martelage en règle de l’enclume et de l’expérience du vieux forgeron. Néanmoins, la trame de base mélangeant habilement la simplicité et la binarité de leurs glorieux ainés comme AC/DC et Status Quo se caractérise au final dans un hard-rock pêchu et aux sonorités heavy-rock modernes et enthousiasmantes d’un étudiant ayant bien appris sa leçon.

Une cloche tinte et libère les lions dans l’arène.
« School Love » déboule sur un rythme entraînant, à la pointe d’acidité et de rugosité bienvenue, accompagné d’un chant rock fort sympathique, abordant un thème récurrent pour Lips à savoir tout ce qui a le mérite de rester entre les genoux et le nombril. Pendant que Robb Reiner tartine sur ses fûts, Dave Allison assure d’une main droite précise et agile un riff robuste et mélodique tandis que Lips assène un solo accordé bien plus haut que ses compères. L’entame basse-batterie du titre « AC/DC » disparait sous une énorme attaque de riff des deux guitaristes. Ensuite, tout y passe : les interventions en lead solo de Lips « à l’Ecossaise », marque de fabrique du jeune Canadien, la ligne de basse plombée, le rythme somme toute gaillard et quelques vocalises inattendues. Bien que proche du style des célèbres kangourous, ce titre n’est pas qu’un hommage à la sève d’érable si l’on se réfère à son texte parfaitement explicite.

On passera assez vite sur le dispensable « I want you both », non pas parce qu’il donne l’occasion à Dave Allison d’y poser sa voix mais plutôt pour le côté assez plat voire insipide de ce morceau simple d’où surnage à peine le très ou trop, selon les goûts, long solo du soliste d’Anvil. Le second morceau chanté par Dave Allison « Oh Jane » n’essuie pas les mêmes critiques. La rythmique est assenée par un Robb qui cogne comme une mule et par le bulldozer Ian Dickson ayant revêtu les habits du terrassier Acadien. Le riff râpeux fend l’air et les intonations de Dave flirtent subtilement avec celles d’un King Diamond soudain atteint du syndrome du phoque en Alaska. Sur ce genre de morceau, on arrive bien mieux à se délecter des interventions insidieuses de Lips sur sa Gibson Flying V. Chapeau bas pour la reprise du « Paint it black » des Stones qu’Anvil balance sur un riffing monstrueux et un chant inspiré de Lips. Voilà une bien bonne surprise car s’attaquer à un mythe réserve des retours de flammes désastreux lorsque l’on a les yeux plus gros que le ventre. Le résultat est plutôt respectueux et « arrangé » à la sauce d’Anvil avec une petite pensée pour Charlie Watts qui doit bien se marrer d’entendre un jeune bucheron canadien exploser ses peaux sur un morceau qu’il survole du doigté de sa frappe.

Le presse-purée Reiner termine le travail sur un « Bondage », dont le titre laisserait à croire que la presse s’applique plutôt sur les parties les plus masculines du bas-ventre. Il envoie un jeu fait de variations carrées et autoritaires alors que Dave Allison nous gratifie d’un riff mid-tempo Status-Quosien. Une fois de plus Lips fait ses exercices d’arpège en solo en arrière-plan. L’archétype du style naissant d’Anvil s’identifie aussi dans « Bedroom game » par sa grosse attaque de riff et le jeu de Robb Reiner en quasi contretemps avec une solide assise sur sa double grosse-caisse. Bien entendu, les paroles sont typiquement orientées arrière-train et le solo de Lips lorgne astucieusement vers celui du Let There be Rock d’un certain diablotin en short. Les influences continuent à se faire sentir avec un « Ooh baby », sorte de rock kick-ass que Kiss aurait très bien pu composer. Un riff catchy et rythmé avec un refrain chanté par un Lips, dont le jeu de guitare atteint finalement les limites de la variété. Dave Allison, Ian Dickson et Robb Reiner se montrent à leur avantage avec toujours la pointe d’originalité dans leur jeu qui donne le peps de la plupart des titres.

Au final, on retiendra deux excellents morceaux qui attirent l’oreille sur ce premier opus.
Sur une ligne de basse que n’aurait pas reniée Michael Anthony de Van Halen et un coup de starter appuyé de Robb Reiner, le riff Malcolm Youngien de « At the Apartment » donne une teinte sombre, simple et mordante à ce morceau très heavy dont l’intensité monte crescendo. Anvil se complait d’ailleurs dans cette fausse lenteur et le toucher de Lips tangente par instant avec celui du second frère Young. Sur un jeu de tambour-major de Robb Reiner, le gros rock « Hot Child » balance la sauce sur un riff encore très entrainant et plein de malice. Nos jeunes Canadiens démontrent que les titres peuvent être puissants et énergiques sans pour autant lorgner sur le speed-metal quand un minimum de soin est apporté aux mélodies et accroches.

Voici donc des premiers pas prometteurs en cette année 1981. Même s’il faudra encore du temps aux jeunes forgerons pour s’acquitter convenablement de leur art, le propos du groupe témoigne déjà d’un minimum de talent et d’une correcte assimilation des fondements même du hard-rock.
Il faudra donc frapper sec et fort sur l’enclume. Inlassablement. Ensuite viendra la lourdeur. Hard et Heavy. Fort sur la masse en fusion, lourd sur la forme prenant vie. Inlassablement, lève encore ton marteau. Fais le chanter sur le metal rougeoyant. Sous ton marteau pourrait bientôt jaillir l’étincelle du succès.

Didier – Novembre 2012




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