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Liste des groupes Heavy Metal Anvil Forged in Fire
CD, date de parution : 1983 - Attic Records (CAN)
Style: Heavy Metal

NOTE SOM : 18/20
Toutes les notes : 16/20 Vous devez être membre pour déposer une note
Tracklist
1. Forged in Fire
2. Shadow Zone
3. Free As the Wind
4. Never Deceive Me
5. Butter - Bust Jerky
6. Future Wars
7. Hard Times - Fast Ladies
8. Make It Up to You
9. Motormount
10. Winged Assassins

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24 avis 1 16/20
Chronique
18 / 20
    largod, Mardi 17 Avril 2012 parlez-en à vos amis  
Le chant du marteau…

Juillet 1975, Corrèze. Un petit village de quelques dizaines d’âmes. Sur le côté de la maison de ma grand-mère se trouvait une remise à laquelle on accède par un petit escalier. Lorsqu’elle fait jouer la clef dans la serrure de la porte, je m’imagine enfin découvrir le quotidien de mon grand-père paternel, maréchal-ferrant de profession. Parti bien trop tôt, je n’eus pas la chance de le connaitre et je me rappelle encore cette émotion mêlée à une curiosité énorme lorsque je pénétrais dans l’antre du forgeron du village. La lumière parvenait à traverser les vitres malgré une couche de poussière et les toiles des araignées installées depuis un bon moment. Le temps s’était arrêté et il régnait une odeur de poussière et de soufre mêlés, de limaille de fer et d’humidité. Les outils posés sur les établis, les jougs pour animaux de trait pendus aux poutres en bois ainsi que les fers à chevaux et pièces de métal constituaient un joyeux et émouvant capharnaüm. Dans un silence de cathédrale, je la vis, proche du four ouvert où les cendres jonchaient encore l’âtre noirci par de nombreux et anciens feux. Tel un autel attendant les frappes en cadence de son propriétaire, l’enclume de mon grand-père, piquée de pointes de rouille, captura mon regard. Du fond de mes entrailles, j’eus l’impression d’entendre le chant du marteau, travaillant le métal en fusion, et mon regard s’illumina des étincelles arrachées de la masse prenant forme. Ou peut être, une larme se mit à couler.

Été 1983, France. Je découvre Anvil avec cet album forgé dans le feu. L’ami Zégut, tonton Zézé pour les intimes, nous avait déjà débouché les cages à miel avec les titres des deux premiers albums de ce groupe canadien créé en 1977. Néanmoins, ma première et profonde prise de contact avec Anvil au camping des flots bleus coïncide avec la sortie de ce troisième LP en une année 1983 où l’univers du Heavy-Metal pris un essor exponentiel et définitif. Et finalement, en première découverte approfondie, cet album offre d’ores et déjà l’éventail complet de ce que les deux co-fondateurs du groupe ont su insuffler en ce début de carrière puis tout au long de leur traversée du désert et au prix d’une persévérance proche des illuminés de la Foi. Ce disque porte la trace de l’ADN de la musique du plus cinglé des combos canadiens à savoir : variété des compositions, humour grivois et agressivité, le tout servi par des musiciens d’une technicité hors pair.
Commençons par Steve « Lips » Kudlow, chanteur, guitariste, compositeur et co-fondateur d’Anvil. Son talent de compositeur est indéniable et sa capacité de chants aussi différents les uns que les autres permet au groupe de s’aventurer dans des styles et atmosphères variés. A l’exclusion du chant sur « Never deceive me » confié au second guitariste Dave Allison, proche de celui d’un Stephen Pearcy ayant mué grave sous l’effet d’une overdose d’amphétamines, Lips alterne entre un chant bien posé (« Free as the wind », « Make It Up to You ») et un chant d’ahuri dément limite possédé par le démon (« Shadow zone », « Motormount », « Future wars », « Hard times – Fast ladies »). Son jeu de guitare n’est pas en reste et son association complémentaire avec Dave Allison l’autorise à se lâcher sur des parties de guitare en lead ou en solo, tout en arpège, parfois suraiguës, distorsion et shredding si besoin. On reconnait d’ailleurs une prestation et un toucher à la Gary Moore sur « Make It Up to You ».
Le second cador-taulier et co-fondateur d’Anvil est Robb Reiner, talentueux et monstrueux batteur du groupe. Véritable forgeron des fûts, il illumine cet album à la fois par sa technique et surtout l’ingéniosité d’une myriade de trouvailles et de petites interventions opportunes, qui indiquent à la fois que ce musicien n’est pas un fainéant mais aussi qu’il remet son jeu en perpétuel mouvement. Cette approche est plutôt courageuse, sachant combien d’illustres batteurs, doués eux aussi, se sont souvent réfugiés derrière une facilité et un train-train parfois ennuyeux.

« Forged in Fire » penche bien entendu vers le Heavy-Metal classique. Tout d’abord avec le titre éponyme, introduit par une frappe lourde sur les toms basse, le riff de Dave Allison et la guitare hystérique de Lips. Tempo heavy assuré par le lead de basse d’Ian Dickson et les guitares, au cours duquel les lignes de lead-solo du sieur Kudlow accrochent une teinte orientale à l’ensemble. Robb Reiner de son côté visite l’intégralité des toms et cymbales de son kit et commence à tricoter allègrement derrière son instrument de prédilection. Un second titre heavy avec « Free as the wind » et ses riffs envoyés à la Maiden. La technique du contretemps et l’utilisation à propos de la double de Robb Reiner forment une base idéale à un titre bien bâti avec une partie de guitare en écho et qui déboule en vrai déluge sur l’auditeur. « Future wars » est une longue cavalcade puis envolée de guitares suraiguës avec une grosse présence de la batterie en arrière plan. Le forgeron bat une mesure en roulements sourds de pachyderme pendant que Lips fait de l’œil au chanteur du Priest.
La partie speed est inaugurée par un sur vitaminé « Shadow zone » et une attaque coup de boule de Robb Reiner sur la double grosse caisse. Le chant hystérico-possédé de Lips sur les couplets enfante d’un refrain presque chantant, alors que le pont avant le refrain fait penser à du King Diamond en culottes courtes. Ce morceau déménage et cogne fort avec en conclusion une décélération d’école à la batterie. « Butter-Bust Jerky » est un morceau teinté de l’humour goy de Lips en matière d’attirance amoureuse pour le gras et le beurre. Son introduction tonitruante s’enchaine sur un riff de guêpe et un bourdonnement de guitares. Au final, un titre déjanté qui est familier au répertoire d’Anvil, soutenu par une solide ligne de basse et accompagné d’un solo de guitare qui ne fait pas dans la finesse. On part pied au plancher avec un « Motormount » d’anthologie et son ouverture guitare-batterie de folie. La rythmique est inouïe tout au long du morceau, tuerie de speed absolue ! Les arpèges de guitare font écho au chant d’halluciné de Lips et Robb Reiner assure encore un tempo de terrassier sur ses toms. Honneur à Ian Dickson et sa ligne de basse de bûcheron sur le dantesque « Winged assassin » qui met dans le mille au bout de quinze secondes. Propulsés par un chant de guerrier et d’ahuri sous extasi, la guitare et la ligne de batterie se mettent au diapason d’un bassiste métronome.
« Forged in Fire » comprend aussi quelques mid-tempo comme « Never deceive me ». Ce morceau, chanté par le second guitariste du groupe Dave Allison, est plutôt pop et chantant. Anvil assume le choix d’aborder des atmosphères plus commerciales dans leur répertoire. Néanmoins, le jeu de batterie est d’un niveau technique assez incroyable. Tout y passe, sans violence ni rapidité excessive, mais avec classe et savoir-faire. Belle partie de guitare co-assurée aussi par Dave Allison à qui Lips semble avoir confié les clefs du groupe sur ce titre pied-de-nez à l’industrie du disque et à leurs fans. « Hard times – Fast ladies » est un titre au refrain accrocheur et un chant un poil possédé. La batterie tricote toujours derrière un mur de guitares, écorchées à vif sur les soli, et des chœurs envoyés à la cantonade. A croire que Robb Reiner a peur de s’ennuyer sur les titres moins rapides et heavy, il étale à nouveau sur « Make It Up to You » l’étendue de son bagage technique avec beaucoup de maitrise. Son pote Lips, quant à lui, nous gratifie d’une touche très blues dans son jeu de guitare tout comme un chant particulièrement clair et frais.
Une troisième galette, produite à nouveau par Chris Tsangarides, qui confirme donc en quarante minutes tous les espoirs que l’on pouvait avoir envers ce combo canadien. Malgré un engagement permanent du groupe à jouer et tourner aux US voire en Europe, le management du Groupe et Attic records vont louper le virage du succès qu’Anvil aurait dû connaitre. La faute à une profusion de groupes nord-américains, tous aussi pionniers et bons les uns que les autres, la faute à un excès d’amateurisme et à des deals plutôt foireux. En attendant, la gloire ne sera que succès d’estime et la carrière d’Anvil jalonnée de hauts et de bas. Et puis, la lumière qui jaillit à nouveau à force d’obstination trente ans après la formation du groupe à l’occasion d’un documentaire sur leur histoire, produit par Sacha Gervasi, fan du groupe. L’effet boule de neige de ce film se transforme en une nouvelle opportunité que Lips et Robb, forgerons à l’enclume inaltérable, ne sont pas prêts de lâcher…

Été 1986, Cher. Un petit village de quelques dizaines d’âmes. La maison de mon oncle et de ma tante se situait à un endroit stratégique, à la sortie du bourg et en bordure du canal du Berry. La pompe à essence et l’atelier de mécanique générale constituaient l’un des commerces dont avait profité cette modeste commune. Désormais retiré des affaires, mon parrain continuait encore à « bricoler » à la demande de quelques paysans du coin ou connaissances de longue date. Lorsque je pénétrais à l’intérieur de l’atelier, je fus saisi une fois de plus par le silence et les différentes odeurs qui prirent d’assaut mes narines. Au fond du bâtiment central, il actionnait un soufflet de taille imposante qui portait la braise du bois au maximum de son intensité. Le fer était au feu. Mon parrain, taiseux parmi les taiseux et la gitane maïs vissée au coin des lèvres, avait le reflet des quelques flammes de la fournaise qui dansait dans ses yeux. Attendant le moment opportun, il posa la pièce de métal rougeoyante sur l’enclume et leva le marteau. La suite fut un chant qui jaillit enfin, une rythmique sourde et clinquante, martelée à la cadence nécessaire pour donner la forme à la masse en fusion, d’abord sur le métal incandescent puis plusieurs appuis sur l’enclume. Feu d’artifice d’étincelles jaillissant à chacune des frappes. Enfin libéré d’une image qui me hantait, je goutais avec délice au chant du marteau sur l’enclume.

En hommage aux maîtres des forges




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