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Et pourtant, malgré tout le talent de John Bush et la qualité –plutôt sous estimée- de 12012, Anthrax n’a pas réussi son pari, s’enlisant un peu plus dans la masse du tout venant, tout juste parvient-il à conserver un certain standing sur la base de son passé. Pourtant, Scott Ian n’est pas en reste, et toujours enclin à pratiquer une démarche volontariste, il se persuade que Stomp 442, son nouvel opus lancé courant 1995, sera l’album du renouveau et du retour d’Anthrax parmi les groupes les plus influents. Les intentions sont claires: rompre définitivement avec les racines thrash pour coller aux nouveaux canons du metal “moderne”, dont les prémices commencent à se faire sentir Outre-Atlantique, et profiter également du potentiel vocal de Bush pour donner du relief aux compositions. En pratique, cela passe d’abord par une volonté aussi farouche qu’aveugle de mettre la priorité sur la production. Et à ce titre, Anthrax tombe dans les mêmes travers que bon nombre de groupes émergents (du metal alternatif en passant par le neo ou le post-thrash), oubliant que l’épaisseur du son ne compense jamais une composition hératique. Comme un symbole prémonitoire, Dan Spitz quitte d’ailleurs le groupe peu avant la réalisation de l’album, ne partageant plus les orientations musicales du groupe. Et c’est le charismatique mais moins technique Scott Ian qui se retrouve seul (ou presque) en charge de la six cordes. Expliquant l’accueil plutôt favorable des critiques de l’époque et d’un bon contingent de metalleux, il faut avouer que la première écoute de Stomp 442 laisse plutôt une impression flatteuse. Les deux premiers morceaux, surtout le très compact Fueled et son riff musclé, font ainsi bonne figure, notamment en mettant en valeur un son d’une profondeur exemplaire. La puissance et l’énergie dégagées laissent augurer une suite alléchante. Alors certes, l’impact sonore continue de faire son effet, mais hélas les titres s’égrennent sans vraiment marquer le coup. Bien sûr, on parvient facilement à accrocher quelques refrains grâce à la prestation convaincante et enthousiaste de John Bush, qui semble avoir encore pris un peu plus ses marques par rapport à l'opus précédent (comme sur American Pompeii par exemple). Mais malgré des guest stars telles que Dimebag Darrell (au demeurant plutôt discret lors de ses interventions), une ballade plutôt fade (Bare), un final en faux Live (Tester), le contenu artistique se révèle extrêmement pauvre, mis à nu au fur et à mesure des écoutes. S’appuyant désespérement sur une construction classique, tempo moyen, riffs certes agréables mais trop peu inspirés et alternance couplets/refrains sans allant instrumental, Anthrax tombe dans un metal plutôt conventionnel, trop basique pour prétendre à l’étiquette heavy, suffisamment puissant pour éviter le cataloguage metal alternatif, pas assez novateur pour être associé au néo. Et le thrash dans tout cela ? A l’opposé du post-thrash destructeur d’un Machine Head, Stomp 442 ne recèle aucun morceau rapide. Une vague accélération sur In A Zone (le seul passage susceptible d’être considérée comme une mosh part, avec un peu de bonne volonté), et la messe est dite. Même quelques refrains volontaires (comme Drop The Ball) ne sont jamais parvenus à me faire hocher la caboche. Le naufrage artistique d’Anthrax se situe avant tout ici. A vouloir résolument tourner la page, le groupe se saborde. L’album révèle ainsi un Anthrax amputé de sa force et de son impact historiques. Et quand bien même John Bush déploie un talent évident, quand bien même la modernité et la puissance de la production font illusion quelques instants, quand bien même on peut relever bon nombre de passages accrocheurs et bien ficelés, Anthrax devient un groupe parmi d’autres, de ceux qui n’ont plus que le son et la puissance de leur label pour faire illusion. Sauf que là où tant de nouveaux groupes sans réel talent ont réussi à connaître un certain succès commercial par cette voie, Anthrax se suicide en voulant rompre avec son glorieux passé. Et son relatif succès aux yeux d’un nouveau public ne fera illusion qu’un temps. Décidemment, que ces années furent douloureuses pour les fans de thrash metal.
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