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Difficile épreuve que de parler intelligemment d’une œuvre aussi massive que la comédie musicale Aina, auteur d’un unique album en 2004 nommé "Days of Rising Doom". Enormément de choses rentrent en compte et je prends donc le droit de diviser cette chronique en plusieurs parties.
Commençons par présenter les intéressés. Aina est le projet de quatre individualités bien connus de fans de heavy allemand, avec le légendaire Sascha Paeth (producteur de Shaman, Edguy, Avantasia, Rhapsody, Epica…), Michael Rodenberg (dit Miro), la choriste Amanda Sommerville prenant ici une tout autre dimension et le multi-instrumentiste Robert Hunecke-Rizzo, autant batteur que guitariste ou bassiste. Voilà donc la charnière compositrice, que de nombreux amis auront accompagnés pour donner vie à un concept ambitieux. Entres autres Tobias Sammet (Edguy, Avantasia), Andre Matos (ex-Angra, ex-Shaman), Simone Simmons (Epica), Marco Hietala (Nigthwish), Candice Night, Michael Kiske (ex-Helloween), Thomas Rettke ou encore le légendaire Glenn Hughes. Et ce uniquement pour les vocaux. Car côté musicien, c’est également un véritable défilé avec Jens Johansson (Stratovarius), Emppu Vuorinen (Nightwish), Thomas Youngblood (Kamelot) ou encore ce formidable bassiste qu’est T.M Stevens. On peut dire que côté "people", ils y ont mis les moyens pour créer une œuvre plus qu’un album.
Attaquons nous maintenant au concept (la musique ensuite, le meilleur pour la fin !). Il sera dans la droite lignée de son comparable et parallèle projet, Avantasia. Une contrée paisible menacée par les forces du mal, un héros malgré lui, une histoire de corruption et de pouvoir, mais également une profondeur dans la psychologie des personnages (le titre "Talon’s Last Hope" où le roi voit tous ses espoirs disparaitre et ses terres avec !). De plus, la bande à Sascha aura poussée le vice plus loin en allant jusqu’à créer une langue utilisé dans les dialogues et sur un morceau en entier ("Lalae Amêr"). Une langue sombre et renforçant la noirceur de ceux qui l’utilisent (d’horribles créatures démoniaques !). Et tout cela est présenté dans un digibook des plus sublimes, incorporant deux cd et un dvd. L’album en premier lieu, puis un disque de rareté, de versions coupées et surtout un monumental titre épique et orchestral de quinze minutes totalement instrumentale (il y une version narrative mais elle est relativement ennuyeuse). Quand au livret, il est simplement magnifique, les illustrations sont splendides, très inspirées par le travail de Tolkien cela va de soi mais posséder un si bel objet relève d’une certaine fierté. Chaque morceau possède un dessin propre et il y a le détail de tous les intervenants du disque chacun présenté dans un petit cadre. Un très gros travail de ce point de vue.
Venons en à la musique, ce que vous attendez tous (je sais, le reste est un peu lourd mais néanmoins nécessaire à mes yeux…il suffira de le zapper !). Et bien quand je vous parlais d’Avantasia, c’est la forme qui évoque le projet de Tobias Sammet mais la musique se veut très différente, à mi chemin entre le métal et le folk et inspiré d’une grande nostalgie 70’, faisant que l’album se veut relativement difficile d’accès. Il y a des jours où son écoute n’est qu’une invitation à la rêverie et des jours où ça ne passe pas car il faut réellement s’imprégner de cette atmosphère "vintage".
Ce n’est pourtant pas probant sur "Aina Ouverture". Un speed très mélodique rehaussé par un déluge d’orchestrations à cordes, très surprenant si l’on s’attend à un départ sous forme de montée en puissance. Là ça tape directement et vite…pour se calmer dès le début du second morceau, le magnifique "Revelations", ouvrant le voile sur l’intrigue par la narration de M.Kiske, toujours aussi sensible. Une mélodie vocale chantée par une chorale d’enfants, très malsaine, laisse planer dans l’air une atmosphère suffocante et lourde, pleine de mystère et de tension. Mystère et tension disparaissant totalement sur "Silver Maiden", peut-être une des plus belles ballades qu’il m’a été donné d’entendre. Toujours avec l’ex chanteur des citrouilles, dégageant une émotion féerique et accompagné d’un piano sensible et splendide atteignant un paroxysme sur le refrain, que l’on pourrait repasser des heures durant tant il est beau.
Le speed mélodique revient à l’honneur sur "Flight of Torek" (Torek est le guerrier se battant contre les forces du mal) avec un riff et une rythmique très proche d’Edguy ou Angra, sur lequel notre cher Tobias (évidemment, il se taille le titre le plus rapide de l’album !) joue ses vocalises dont lui seul à le secret, et couple sa voix avec un Glenn Hughes chantant sur un break intense et avant de repartir de plus belles sur un refrain typiquement "Edgyien". "Naschtok Is Born" suit sans aucune interruption avec le merveilleux Thomas Rettke en scène. Ce chanteur est la preuve vivante du non-sens du business actuel ! Sa voix est personnelle et puissante et pourtant, personne ne veut de ses services et jamais il n’aura trouvé de label pour son projet solo (Tobias parlait d’ailleurs de lui pendant la promotion de "The Scarecrow" comme d’une injustice).
Après vient le passage d’anthologie du disque, celui qui démontre la qualité et donne la preuve que l’on dispose de grands compositeurs. Les géniaux "The Beast Within" et "The Siege Of Aina". Si j’avoue posséder une petite préférence pour les Avantasia, ces deux titres sont à tomber par terre. Le premier s’ouvre sur un riff d’ouverture à se détruire la mâchoire, précis, puissant, tranchant et accueille rapidement de nombreux chœurs bestiaux et sombres (les forces du mal !). Puis c’est l’attaque du monde d’Aina, les monstres ordonnent l’assaut. L’intro de "The Siege Of Aina" est sublime, pleine de finesse et de mélancolie dans ces arpèges, symbole d’un peuple vivant dans la peur et étant complètement désabusé. Les chœurs féminins enivrants entament une bataille contre les vocaux maléfiques et sombres (dans la langue inventé) alors que quatre chanteur conte la guerre, avec le guerrier Baktûk (Olaf Hayer- Luca Turilli, Dionysus) et en toile de fond l’histoire d’amour entre Oria (Candice Night) et Talon (Glenn Hughes). La rythmique se déchaine, l’orgue hammond se fait entendre, de nombreux solo de claviers, une atmosphère redéfinissant le terme « épique » par son côté filmique (les symphonies sont incroyables !).
Après ce déluge de musicalité et de violence (conceptuelle bien entendu), l’ambiance devient nettement plus feutrée sur les morceaux suivants, notamment "Talon’s Last Hope", le plus 70’ de tous, avec un Andre Matos transfiguré en crooner et une émotion à fleur de peau, palpable. Et si "Son Of Sorvahr" reprend le flambeau d’un hard mélodique pendant plus de deux minutes, le ton reste à l’émotion avec la plus décevante et consensuelle "Serendity", un peu naïve à mon gout. Le glaçant "Lalae Amêr" me conviendra nettement plus, par son ambiance oppressante dans la beauté, très étrange sensation que laisse ce titre.
L’attaque néo classique de "Rebellion" évoquera le Nightwish des débuts (Emppu y fait d’ailleurs un solo tandis que le final "Oriana’s Wrath", plus proche de la décadence d’un Rhapsody (of fire, je m’y fais difficilement à celui-là !) avec une nouvelle fois quatre chanteur, dont l’agressivité de Marco Hietala dans un rôle ultra rapide (un couplet et youpla boom, c’est bouclé !!). Un titre parfait pour finir, très orchestré, splendide et extrêmement musical. L’outro "Restoration", tout en finesse (bruit d’animaux, de vents, de nature) nous laisse entre émerveillement et envoutement, tant par le concept que par la musique très particulière et mélancolique de ce qui se fait actuellement. Différent également des autres opera metal tel Avantasia ou Ayreon.
Une œuvre au finale colossale qui, de par son aspect ambitieux et les prouesses réalisées, se doit d’être dans la discothèque de toutes personnes se disant aimer la belle musique. Bonne écoute !
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